» Carajuru « 

Carajuru de Sébastien Vidal  aux Éditions Lucien Souny 

 » –  Osveta est un ancien du 66e, il a quitté l’armée au printemps. Il devient célèbre en faisant échec à deux braqueurs à Brive, deux mecs du régiment. Et maintenant il meurt tué par balle. Il y a un morceau de l’histoire qui nous échappe ; « 

Nouvel avis de décès à Brive- la- Gaillarde, Walt va devoir se mettre au boulot, même si à priori ça ressemble à un suicide, certains détails sèment le doute. Il va falloir fouiller dans le passé de la victime pour éclaircir les zones d’ombre.

 » Ce qui m’intéresse c’est l’histoire depuis sa genèse.  » 

Walt était loin d’imaginer que cette situation allait réveiller ses cauchemars.

« Il se dit que les traumatismes étaient des rochers sous l’eau de la rivière : quand le niveau baissait, ils réapparaissaient. Et puis il y avait le facteur amour-propre. Pour un militaire, accepter de subir un traumatisme était en soi traumatisant. Walt se découvrait plus fragile qu’il ne le croyait. « 

Une vieille affaire l’obsède, perturbe sa vie, « La chose de mai 2005  » . Il n’a pas réglé cette mésaventure du passé qui semble étrangement liée au présent.

Walt et son équipe, à force de creuser dans les vieux souvenirs, vont exhumer de sales histoires et de pénibles secrets.

 » Décidément, nous allons de surprise en surprise avec cette enquête en habits de camouflage. « 

Et c’est dans une ambiance mortelle mais tout en poésie que l’enquête se poursuit.

 » Cela s’était fait dans une telle douceur qu’on ne pouvait dire si c’était la nuit qui s’était retirée ou le jour qui s’était imposé.  » 

 

Sébastien Vidal confirme son talent avec ce nouveau polar même si j’avoue avoir un peu paniqué au départ. À trop vouloir bien écrire, avec un vocabulaire alléchant, le langage peut devenir un peu pompeux pour le lecteur.

 » – (…) Comment tu sais tout ça ? 

– La lecture mon ami, la lecture ! Elle nous élève.  » 

Alors je me suis laissée porter par l’écriture façonnée, à travers cette nouvelle enquête policière où j’ai retrouvé Walt Brewski aussi doué dans son boulot que dans les bras de son amante.

 » Dans la pénombre profonde accompagné du craquement épais du cuir, deux corps s’épousaient et se reconnaissaient, deux âmes s’élevaient au-dessus de la mêlée.  » 

À la limite du thriller, beaucoup plus hard que Woorara ( Ma chronique ICI ) Carajuru nous réserve d’intenses émotions sous haute tension, la violence monte crescendo et n’empêche pas quelques sourires éclatants. Une récit très visuel qui donne de la puissance à notre imagination, toutes scènes confondues. C’est chaud, c’est fort, on en redemande. Tout comme pour «  La chose de mai 2005 »  où chaque regard a son importance, et même lorsque les nuages se pointent à l’horizon, ils sont prémices aux bonnes nouvelles, parole de Chef indien.

Alors, tout comme moi, laissez-vous élever par l’écriture de Sébastien Vidal, et vous verrez que ça vaut le coup d’œil. C’est surprenant, captivant, explosif, et érotique.

Carajuru à découvrir pour se faire balader via une histoire mortelle, le meilleur et la suite sont dans le livre…

Sébastien Vidal est née en Corrèze et vit à Saint Jal avec son épouse et ses deux enfants. Il a été gendarme pendant 25 ans dans diverses unités d’interventions. Passionné pour le rugby, il a écrit un magnifique roman où le ballon ovale est à l’honneur : Un ballon sur lecœur (ma chronique ICI). Il est également supporter du CAB, et ses gaillards.

En janvier 2017, parait Woorara (ma chronique ICI) son premier Polar, qui rencontre immédiatement un énorme succès. Il entame avec Woorara une trilogie des Sentiments Noirs (colère, haine, convoitise, jalousie, rancune, honte, qui génèrent la trahison, le mensonge, la vengeance) bref les sentiments qui nous entraînent du coté obscur … Suivra Carajuru en Novembre 2017 le second volet, il traite particulièrement de la honte et de la colère tandis que Woorara mettait en exergue la haine et la vengeance. Le troisième volet parlera particulièrement de la cupidité. Un dernier opus sur lequel il travaille actuellement.

Les trois histoires se déroulent en Corrèze, sa région, chère à son cœur.

La suite bientôt… en tout cas je l’espère.

Je remercie Lucien Souny pour ce polar à l’atmosphère aussi poétique qu’explosive.

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 » Woorara « 

Woorara de Sébastien Vidal aux Éditions Lucien Souny collection Plumes noires


« Leur sacerdoce était tel qu’ils devaient se cacher dans les replis de la terre pour trouver un peu de répit. Mais le hasard se moque bien du repos des hommes de loi. Il saupoudre l’humanité de sa main imprévisible et facétieuse, puis s’assoit sur le rebord du monde pour observer le résultat. » 

Pour rire un peu 


Pas de bol pour les képis qui pensaient se planquer un peu avant de finir leur service, ils vont même devoir faire des heures supplémentaires et ce sera le début d’une longue série pour certains.


Le plateau des Millevaches si reposant en temps normal va devenir un hameau dangereux. On y retrouve des morts étranges. Les képis vont mettre tout en œuvre pour retrouver l’assassin. L’adjudant Walter Brewski se verra confier l’enquête. Pilotée également par l’intraitable juge Lainé et le colonel Tognotti.


Pas simple cette enquête, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais c’est sans compter sur la  ténacité de l’équipe de gendarmes n’en déplaise à certains.

 » Les ronds-de cuir galonnés détestent les vagues parce que leur slip n’est pas imperméable. Ce n’est pas bon pour leur carrière . Les vagues amènent l’incertitude et un vent incontrôlable. « 

Le tueur rôde, il a soif de vengeance. Impossible de ne pas ressentir une once d’empathie pour ce tueur.

« Il fallait qu’il achève sa quête. Il devait le faire ; s’il espérait trouver la paix, il ne pouvait pas y échapper. Mais il était juché sur une balance instable. »

 » Quoi qu’il fasse, il avait l’impression d’être perdant. Restait-il un espoir pour quitter ce manteau de peine , de laisser glisser toute cette colère sans pour autant renoncer à siphonner le passé ?  Il se sentait proche de la réponse, à moins que ce soit de la fin. »

Le passé se mêle au présent dans ce polar « Niché dans un écrin de verdure ». Le plateau devient un personnage à part entière. Une enquête qui nous plonge une fois n’est pas coutume dans les secrets de la gendarmerie, avec une équipe de képis étonnante et attachante. L’auteur en profitera pour dénoncer mine de rien certains travers du système. Un écrivain rebelle mais non dépourvu d’humanité et de poésie. Il défend ce qu’il aime, ce qu’il respecte et magnifie ce qu’il adore. Pour un premier Polar il a déjà captivé ses premiers lecteurs, de part sa plume et son intrigue. Il est bon de découvrir autre chose que du déjà vu ou déjà lu. Et là un point de plus avec ses képis.

Vous l’aurez compris, ce polar m’a enflammé tout autant que certaines scènes très érotiques  » Walt avait envie de faire le tour du propriétaire. Il passa entre les draps et descendit en humant le parfum âcre et suave de l’épiderme de la panthère qui occupait son lit. Il dispensa des baisers de-ci de-là et parvint enfin devant la caverne des plaisirs. » La suite p137


Tous les ingrédients sont là pour vous emporter sur ce plateau des Millevaches à la poursuite de cet assassin insaisissable. C’est du Corrézien, déjà une appellation d’origine contrôlée, ( en tout cas pour moi ) bon cru, belle plume, belle intrigue , des frissons de peur et de plaisir, et des personnages attachants qu’on espère recroiser dans une prochaine aventure.

Et si je ne t’ai pas convaincu, je te laisse découvrir l’avis de Céline  corrézienne de souche ,une histoire qui l’a touché en plein cœur.

Son Avis :

Plateau de Millevaches , coin reculé du limousin , où beaucoup aimerait vivre , d’habitude , si calme et tranquille, des paysages magnifiques , que seule cette région est capable de nous livrer , ce plateau où l’on aime se ressourcer , se balader , au milieu des forets , des prés , des lacs ….Meymac, Chaveroche, St Setiers, Viam, Bugeat, des villages qui ont la part belle dans cette intrigue dont les noms ne vous diront peut être pas grand chose mais qui ont une résonance particulière quand on y est né , ce plateau qui sous la plume de Sébastien , va nous faire découvrir que sous une chaleur caniculaire , la haine, la colère , des meurtres , mais aussi la cupidité et l’amour peuvent transformer un endroit splendide en un terrain très mystérieux , mais toujours aussi somptueux , alors si un jour vous passez par la région , n’hésitez pas à venir découvrir cette campagne sublime et pourquoi pas imaginer peut être croiser Walter Brewski, au détour d’un chemin de terre !

Une fois n’est pas coutume, j’ai mis mon képi et j’ai posé quelques questions à l’auteur. Si ça vous dit , on continue l’aventure, histoire d’en savoir un peu plus sur Sébastien Vidal et WOORARA

Dealerdelignes : – Comment t’es venu l’idée d’écrire ce premier polar ? 

 Sébastien : – Mon ami Christian Laîné, qui est aussi auteur (et un bon), me disait depuis des années qu’il ne comprenait pas pourquoi je n’écrivais pas de polar . Je lui répondais que étant un gros lecteur de polars, j’étais conscient de la complexité de l’écriture d’un polar, avec les chausse-trappes, les rebondissements qui semblaient avoir été préparés dès la genèse du roman. Je ne me sentais pas capable de faire cela. Et puis l’idée a fait son chemin, j’ai commencé à y réfléchir, et puis il y avait l’essentiel, l’envie. Et puis j’avais ce projet d’écrire sur « Les sentiments noirs ». Dès les premières lignes, j’ai su que c’était mon univers, je me suis régalé dans l’écriture comme jamais auparavant. Tous les problèmes que l’on veut aborder, qu’ils soient de société ou de l’ordre de la pensée et des choses qui font tourner le monde, tout cela s’exploite bien mieux par le polar.

Pourquoi mettre en scène des gendarmes ? 

Sébastien : – Les gendarmes par souci d’apporter de l’originalité. Dans les polars, 99 fois sur 100, les enquêteurs sont des policiers, pourtant, 45% de la population et 95% du territoire sont sous la responsabilité et la compétence des gendarmes. Et puis cette institution (la gendarmerie), de nature très secrète et mutique, est un monde à part, qui à mon sens, méritait d’être mieux connue.

Le format poche, un choix par rapport à ta maison d’édition ? Pour moi il aurait mérité sa place en grand format

Sébastien : – Le choix du format poche est stratégique. L’éditeur a, à raison je pense, choisi de créer la collection « Plumes noires » en format poche pour une raison simple : la plupart des maisons d’édition, grandes ou petites, possèdent leur collection dédiée au noir. Lucien Souny était conscient d’arriver un peu « après la guerre ». Comme le projet de la collection était de promouvoir des auteurs inconnus, il fallait inciter les lecteurs à prendre un risque avec un polar d’un auteur dépourvu de notoriété, au prix du poche tu prends le risque d’acheter, pas au prix du grand format.

Une suite apparemment ? Avec la même équipe ? 

Sébastien: – Woorara s’intègre dans une trilogie, « La trilogie des sentiments noirs ». Avec cette trilogie, mon ambition est de traiter de ces sentiments qui nous entrainent par le fond, le côté obscur qui est en chacun de nous, bon et mauvais. Des sentiments comme la colère, la haine, la convoitise et la jalousie, la cupidité et la honte. Des sentiments néfastes qui engendrent la vengeance, la rancœur, l’amertume, la folie. Donc une matière très riche pour un romancier. Woorara s’attache à explorer le thème de la vengeance, même si au second plan beaucoup d’autres choses sombres sont approchées. Dans le second volet qui paraîtra à l’automne 2017, le thème principal sera la honte. Mais cette trilogie n’est pas contraignante, chaque roman se termine, le seul point commun est le thème et quelques personnages récurrents.

Pour finir mon interrogatoire, tu m’offres une dose d’encre, un son , une bobine chers à ton cœur. 

Sébastien : -Si je t’offre une dose d’encre ce sera sans hésiter « Terre des hommes » d’Antoine de Saint Exupéry. Il y a tout dedans, l’amitié, la poésie, l’aventure. Pour le son ce sera Bruce Springsteen, « The ghost of Tom Joad », ballade sublime avec une ouverture à l’harmonica lancinante. En plus Tom Joad est le personnage d’un roman que j’adore « Les raisins de la colère » de John Steinbeck, alors on reste en littérature. En ce qui concerne la bobine, choix difficile, il y en a tant. Après réflexion je dirais « Gran Torino » de Clint Eastwood, Heat de Mickael Mann et Serpico de Sydney Lumet. On est dans le noir. 

Merci Sébastien pour cet échange fort sympathique et ce polar vraiment génial.

Lisez WOORARAet n’hésitez pas à nous en parler .Vous pouvez également retrouver mon article sur son précédent roman Un Ballon sur le cœur en cliquant ici. 

Bonne lecture .