“ Je suis un guépard ”

Je suis un guépard de Philippe Hauret aux éditions Jigal

 » Lino se sentit minable de ne pas l’inviter à dormir, mais que dire de plus ? Son appart’ ressemblait à une boîte de conserve usagée et il ne pouvait décemment pas partager son canapé avec une inconnue.

Il referma la porte le plus doucement possible, comme en signe d’excuse. ”

Lino vit seul dans quelques mètres carrés. Ses journées se ressemblent, boulot, appartement, dodo. Une routine plutôt banale. Alors le jour où il rencontre cette fille sur son palier, il a tendance à rêver à un avenir meilleur.

(…) on t’a pas dit que la vie était courte, imprévisible et dangereuse ? Moi, je ne veux pas de ce type de contrat en bois. Tu saisis ? Je ne rentrerai jamais dans leur système. Je les emmerde. Je préfère la rue plutôt que de bosser pour une misère. (…) – qu’est-ce que tu proposes, braquer une banque ?

– Vivre différemment.

– J’ai pas la notice.

– À toi de l’écrire.

Lino cogite, noircit des pages blanches et se rêve écrivain.Jessica le bouscule. Leur vie prend un autre chemin, ensemble ils vont tenter le meilleur et éviter le pire. Jusqu’au jour où Melvin entre dans la danse. Sa fortune risque de faire tourner quelques têtes.

Deux mondes à part s’entrechoquent et réveillent la bête qui sommeille en eux.

Ce que j’en dis :

Toujours un plaisir de découvrir la plume d’un jeune écrivain.

À travers son troisième polar noir, l’auteur met en scène des personnages désœuvrés, assez révoltés et plutôt idéalistes qui se retrouvent face à un univers où l’argent et le paraître sont rois. Des classes sociales différentes, un véritable reflet de notre société, qui donnent une histoire réaliste qui pourrait bien finir dans la rubrique fait divers assez machiavélique d’un quotidien.

Une plume directe, dynamique d’où résulte un bon polar noir et sociétal bien agréable à lire, qui donne vie à des personnages enragés, prêts à tout pour illuminer leurs vies un peu trop sombre.

Les amoureux du polar urbain made in France vont se régaler.

Philippe Hauret est né à Chamalières, il passe son enfance sur la Côte d’Azur, entre Nice et Saint- Tropez. Sa scolarité est chaotique, seul le français et la littérature le passionnent. En autodidacte convaincu, il quitte l’école et vit de petits boulots, traîne la nuit dans les bars, et soigne ses gueules de bois en écrivant de la poésie et des bouts de romans. Il voyage ensuite en Europe, avant de trouver sa voie en entrant à l’université. Après avoir longtemps occupé la place de factotum, il est maintenant bibliothécaire. Quand il n’écrit pas, Philippe Hauret se replonge dans ses auteurs favoris, Fante, Carver, Bukowski, joue de la guitare, regarde des films ou des séries, noirs, de préférence.

Du même auteur chez le même éditeur : Je vis je meurs et Que Dieu me pardonne (Grand prix du jury du festival du polar de la pleine haute).

Je remercie les Éditions Jigal pour ce roman noir plutôt féroce.

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“ Les derniers mots ”

Les derniers mots de Tom Piccirilli aux éditions Gallimard

Traduit de l’américain par Etienne Menanteau

« – Votre frère sera exécuté dans onze jours. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous quelque chose à dire aux proches de victimes ?

– Et si vous me fichiez la paix, putain de merde !

Ça devrait le faire aux infos de dix-huit heures, même s’il coupent le « putain de merde ».

Terrier Rand est de retour dans le giron familial. Il s’en était éloigné depuis cinq ans, après un massacre perpétré par son frère Collie, lors duquel huit personnes ont été tuées sans aucune raison. Malgré tout, ce n’est pas parce qu’il est derrière les barreaux et que tout l’accuse que Collie est responsable de tout ces meurtres.

Lors d’une visite au pénitentier Collie se confie à son frère. Le doute envahit Terrier, il décide de mener une enquête.

«  Il ne vont pas me lâcher. Décontenancé je hoche la tête et maudis Collie en silence. Je me suis juré d’aller le voir encore une fois, mon frère, mais il faut d’abord que je sache ce qu’il attend de moi au juste. J’ai aussi envie de voir Kimmy, son enfant, et de la protéger de type comme Collie ou comme moi, mais j’ai laissé passer l’occasion. Je l’ai abandonné, ma copine, je ne me suis pas montré correct envers elle, ni envers moi-même. J’ai sacrifié mon bonheur sur l’autel des abîmes. Je ne suis pas encore prêt à redevenir un membre de la famille. Je sais bien ce qu’il en est. Je leur ai brisé le cœur. Je jette un coup d’œil à la porte d’entrée et constate que ma sœur est là, à me regarder m’enfuir de la maison une fois de plus.  »

Évoluant sur le fil du rasoir qui sépare la fraternité de la haine, la loyauté de la trahison, Terry va devoir explorer des secrets de famille profondément enfouis.

 » C’est ainsi que l’on procède tous quand on a vraiment envie de quelque chose ; on s’abandonne à l’irrationnel, à l’idée qu’il suffit d’y croire pour changer la situation, l’infléchir, l’amener à suivre un autre cours, puis revenir en arrière. C’est comme ça qu’un cambrioleur s’y prend dans l’obscurité, il s’efforce d’être invisible.  »

Ce que j’en dis :

Dans la famille Rand on est criminel de père en fils. Une belle bande de voleurs et d’arnaqueurs qui agit sans jamais faire couler le sang. Collie fut l’exception, pas étonnant qu’il soit le seul derrière les barreaux.

Si au départ je pensais découvrir les derniers jours d’un condamné à mort, très vite j’ai compris que je me retrouvais au cœur d’une intrigue plutôt originale. Un récit tout à fait stylé et captivant qui aborde le dur chemin de la rédemption mais également différents héritages génétiques. Le mal est ancré dans cette famille sous divers aspects.

Une histoire surprenante qui se poursuivra dans un second volet et pourra très certainement éclairer certaines zones d’ombres.

Les derniers mots, un excellent thriller plein de surprises que je vous invite fortement à découvrir.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Tom Piccirilli s’est notamment illustré dans le domaine du fantastique et de l’horreur. Avec les derniers mots, premier volet d’un diptyque à paraître à la Série Noire, il a confirmé qu’il excellait dans l’univers du thriller.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette surprenante lecture.

Une belle découverte à suivre…

Anguilles démoniaques

Anguilles démoniaques de Yû Takada aux Éditions De Saxus Traduit du japonais par Patrick Honoré et Ryoko Sekiguchi » Masaru ne savait pour ainsi dire rien de cette boîte. Chiwaki Enterprise. Quand le patron l’avait ramassé par la peau du coup, il lui avait donné pour seule consigne : « Tu feras ce que je te dis de faire.» Il avait ajouté : « Et rien d’autre. Pense pas. Réfléchis pas. Te pose pas de questions. Cherche pas à en savoir plus. À compter d’aujourd’hui, tu es mon chien. Je t’ai ramassé, je te nourris, donc je suis ton maître. » Masaru, un jeune homme qui croule sous les dettes se voit effacer son ardoise par un usurier peu scrupuleux. Pour le rembourser il devra dorénavant bosser pour lui. Après s’être accommodé de son nouveau look de brute épaisse, il va découvrir un monde empli de violence et de perversité. ” Mazaru ne savait pas quoi dire. Il se sentait comme souillé par l’âme du lieu, imbibé d’une force gigantesque et sinistre. Les grondements venant des entrailles de la terre n’avaient pas cessé.  » Une nouvelle livraison l’attend et sa curiosité le titille.  » Qu’est-ce que c’était de cette boîte ? Il n’en avait aucune idée.  » Sa curiosité va le conduire tout droit en enfer… » Il fut saisi d’un frisson. Il lui semblait avoir aperçu la tête d’un démon dans les ténèbres. Un démon qui l’attrapait par la peau livide, le dévorait, déchirait jusqu’à son futur. Il se mordit les lèvres, ouvrit les yeux. Il sentait le regard perçant du démon posé sur lui. Le démon, c’était lui-même. C’était son visage dans le rétroviseur intérieur, blême au fond des ténèbres. Il referma les yeux devant l’horreur de cette vision. ” Ce que j’en dis : Pour être tout à fait honnête dès le départ j’ai du m’accrocher pour poursuivre ma lecture. L’écriture plutôt simpliste ne me captivait pas du tout, elle manquait de style. Malgré tout j’ai eu envie de découvrir dans quelle galère Masaru s’était fourré une fois encore. Là je n’ai pas été déçu par l’histoire en elle-même et l’univers assez glauque dépeint par l’auteur. J’ai exploré la part d’ombre de Tokyo, cette ville tentaculaire où la criminalité de toute sorte fait rage. C’est pas la came que je préfère mais il devrait ravir tous les amoureux du genre.Yû Takada est un auteur de best-seller japonais, maître du thriller noir au Japon. Anguilles Démoniaques est son premier roman traduit en langue française. Plusieurs de ses œuvres ont déjà été adaptées en mangas, en séries télévisées et au cinéma. Je remercie les éditions De Saxus pour cette virée dans l’enfer de Tokyo.

“ Les fantôme de Manhattan ”

Les fantômes de Manhattan de R.J.Ellory aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli

À Manhattan, près du croisement de Duke Ellington et de la 107° Rue Ouest se cache une petite librairie, du nom de Reader’s Rest. C’est ici que l’on peut rencontrer Annie O’Neill une jeune libraire.

Elle les accueillait, tous autant qu’ils étaient, parce qu’il lui restait assez d’idéalisme pour croire qu’un livre avait le pouvoir de changer une vie. “

Un matin, un vieil homme prénommé Forrester, se présente comme étant un très bon ami de ses parents. Il a dans ses mains un manuscrit.

” En toute honnêteté, je suis ici pour faire revivre le passé.

De retour à son appartement, elle partage cette venue avec son voisin, et ils décident d’un commun accord de lire cet étrange feuillet, que Forrester lui a laissé.

” Sacrée histoire, hein ? Qui part de la Pologne, passe par la libération de Dachau pour arriver aux Affranchis de Scorsese. “

C’est ainsi qu’ Annie fait la connaissance de l’imbattable Harry Rose et de son ami Redbird, deux hommes qui faisaient partie des grandes figures du banditisme new-yorkais. Mais quel rapport y a-t-il entre cette histoire et sa famille. Il lui faudra attendre sa prochaine rencontre avec Forrester, à condition qu’il accepte de lui dévoiler la suite de cette histoire qui cache sûrement toute la vérité.

Il y a des livres qui peuvent changer une vie mais également certaines rencontres. Quand les destins s’entrechoquent pour n’en faire plus qu’un, laissant place à un nouvel avenir.

Ce que j’en dis : Voilà un roman que j’attendais depuis une rencontre avec l’auteur en 2016, où il nous avait fait quelques confidences en aparté.

Un roman absolument surprenant de par sa construction qui nous offre en faite deux histoires et nous font voyager entre passé et présent.

Les fantômes rôdent à travers ces pages et s’immiscent petit à petit dans l’intimité d’Annie. Sa solitude se retrouve bousculée et va être remise en question.

Même si j’avoue, avoir vu venir certains pans de l’histoire, j’ai vraiment apprécié cette lecture, seul bémol, à un moment les pleurnicheries d’Annie qui s’éternisaient un peu trop à mon goût, de quoi plomber l’ambiance finale de cette intrigue.

R.J Ellory est toujours aussi brillant et réussi à chaque fois à nous captiver en nous embarquant dans une mécanique infernale pleine de noirceur.

Un roman palpitant où le passé fait voler en éclat le présent et laisse les fantômes prendre enfin leurs envols. Un beau moment de lecture au cœur de Manhattan.

Retrouvez ma chronique de son précédent roman Un cœur sombre ICI

R. J. Ellory est né en 1965 à Birmingham. Orphelin très jeune, il est élevé par sa grand-mère qui meurt alors qu’il est adolescent. Il est envoyé en pensionnat et c’est à cette période qu’il se découvre une véritable passion : la lecture. En dehors des périodes scolaires, il est livré à lui-même et se livre à de petits délits dont le braconnage, ce qui lui vaudra un séjour en prison. Cherchant une façon de s’exprimer artistiquement, R.J. Ellory monte d’abord un groupe de blues avant de se lancer dans la photographie.Son goût pour la lecture l’amène également à s’intéresser à l’alphabétisation et à faire du bénévolat dans ce domaine. Parallèlement et alors qu’il n’a que 22 ans, il commence à écrire. La vingtaine de romans qu’il écrit entre 1987 et 1993 ne trouvent, malgré ses tentatives acharnées, aucun éditeur des deux côtés de l’Atlantique. Il devra attendre 2003 pour que Papillon de nuit soit publié par Orion.Le succès est quasiment immédiat. Il obtient le prix Nouvel Obs/BibliObs du roman noir 2009 pour Seul le silence son premier roman publié en France qui devient rapidement un best seller. À travers toute son œuvre, Roger Jon Ellory met en en scène dans de sombres fresques une Amérique meurtrière et rongée par la culpabilité, loin de l’Angleterre qui l’a vu naître.Je remercie les éditions Sonatine pour cette intrigue new-yorkaise pleine de surprises.

“ Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique ”

Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique de Balli Kaur Jaswal Aux éditions Belfond Traduit de l’anglais (Syngapour) par Guillaume-Jean Milan

Elles’était déplacée personnellement pour informer les femmes, leur expliquant que les cours, gratuits, auraient lieu deux fois par semaine, avec une exigence d’assiduité. Ses cibles principales : les veuves âgées qui auraient ainsi un passe-temps plus utile que les commérages dans l’entrée du la garde. C’était les plus susceptibles de fréquenter les cours et d’en faire un succès. “

En allant à Southall déposer une annonce de demande de mariage pour sa sœur au temple, Nikki tomba sur une billet qui attira aussitôt son attention. On recherchait une animatrice pour donner des cours d’écriture à des femmes, pour l’association communautaire sikhe. Aucune qualification particulière n’était demandée, aucune expérience souhaitée. Une super aubaine pour Nikki qui recherchait désespérément un second petit boulot.

Nikki s’arrêta et regarda autour d’elle. Il n’y avait que des femmes, la tête couverte (…) chacune avait une histoire. Elle s’imaginait parler à une pièce pleine de femmes pendjabies. Ses sens étaient maintenant submergés par la couleur des kameez, les froufrous du tissu et les crayons qui tapotent, l’odeur de parfum et de curcuma mêlés. Et son but se révéla dans toute sa clarté. « Certaines personnes ne connaissent même pas l’existence de cet endroit, disait-elle. Il faut que ça change. » L’œil ardent, avec acharnement, elles écriraient leurs histoires pour que le monde entier les lise. “

Sa première rencontre avec les femmes qui se sont inscrites à ce cours va lui réserver quelques surprises. Elle qui pensait former de futures romancières se retrouve confrontée à une dizaine d’indiennes, de tous âges, la plupart veuves et qui plus est analphabètes. Un sacré challenge s’annonce mais c’est sans compter sur l’imagination très fertile de toutes ces femmes. Un florilège d’histoires très coquines et même plutôt osées se racontent dorénavant à chaque cours.

(…) Tant que les hommes n’ont pas vent de ces histoires, on ne risque rien. Nikki pensait au langar et à la frontière stricte qui courait comme un champ magnétique invisible entre hommes et femmes. « J’imagine que ce ne sera pas un problème, nota-t-elle. Aucune de vous ne bavarde vraiment avec les hommes n’est-ce pas ?- Bien sûr que non. On est des veuves. On n’a plus de contact avec les hommes. C’est interdit, dit Preetam. “

Ce qui au départ amusa plus Nikki que de l’effrayer, se révéla pour elle très vite l’occasion d’aider ces femmes de manière détournée. Car chaque histoires soulevaient de sérieux problèmes que les femmes rencontraient chaque jour face à la soumission aux hommes, mais aussi face à la solitude et même parfois à la violence. Nikki est une jeune femme émancipée qui se rebelle contre certaines traditions qui n’accordent aucune liberté aux femmes. C’est l’occasion pour elle de faire évoluer les choses et de tenter d’améliorer la condition des femmes. ”

– Ça va aller. C’est seulement que … ils disent des trucs terriblement insultants et j’en avais assez de fermer ma gueule. “

La fréquentation du club augmente de manière inattendue, et désormais Nikki souhaite plus que tout libérer la parole des femmes au delà de ces murs. Mais même si l’union fait la force, ce n’est jamais sans danger.

 » Les autres histoires sont aussi osées ? Demanda Olive.

– Plus ou moins.

– Espiègles et cochonnes ! Qui les lit, à part toi et les veuves ?

– Personne, pour l’instant. Mais ça pourrait bien changer…“

Ce que j’en dis : Voilà le genre de roman idéal pour la pause estivale. En plus de divertir, il enrichit notre culture. À travers une histoire pleine de rebondissements et remplie d’humour, on découvre la culture indienne et hélas ses travers. Tous les personnages ont leur importance, petit à petit une intrigue prend forme pour nous réserver de belles surprises. Grâce au courage de Nikki, à sa volonté de venir en aide à ses consœurs on découvre le combat quotidien de ces femmes soumises, et le choc des cultures. Une histoire croustillante, émouvante, qui soulève le problème des femmes occidentales qui doivent faire face aux traditions ancestrales malgré un immense désir de liberté. Un récit parsemé d’amour et d’humour, aussi épicé que les plats traditionnels, aussi coloré que les saris de leur pays. Une histoire qui allie modernité et traditions. Dépaysement garanti, un beau voyage en compagnie de femmes touchantes qui vont unir leurs forces pour atteindre leur but et résoudre une terrible affaire. Ne vous privez surtout pas de ce roman  » Bollywood ” qui risque d’en surprendre plus d’une. Née à Singapour, Balli Kaur Jaswal a passé sa vie entre le Japon, la Russie, les États-Unis et l’Europe. Premier de ses romans publié en France, le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, a rencontré un fort succès lors de sa publication internationale et a été sélectionné par Reese Witherspoon pour son fameux book club. Je remercie Carine du cercle des Éditions Belfond pour m’avoir fait voyager aux pays des mille et une nuit.

 » Dieu ne tue personne en Haïti ”

Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Renaud Morin

” Il existe un proverbe créole, « Pas gen mort Bon-Dieu nan Haïti », qui signifie littéralement : « Dieu ne tue personne en Haïti », et, métaphoriquement, que personne n’y meurt de mort naturelle. Quand la souffrance semble dénuée de cause évidente, ils en invente une, et la chose qui permet de passer de cause à l’effet est le surnaturel. Quand on raisonne de cette manière, chaque mort est un meurtre, chaque infortune un crime ; et le monde s’éclaire alors d’une sorte d’affreuse logique meurtrière.

C’est précisément le genre d’histoire que je vais vous raconter ici. “

Jérémie, une petite ville d’Haïti nommée « La cité des Poètes » en raison du nombre d’écrivains , de poètes et d’historiens qui y sont nés semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, qu’atterrit Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies.

 » Terry W . avait été shérif adjoint du conté deWatsonville, dans le nord de la Floride, non loin de la frontière avec la Géorgie, et rien dans son apparence ne démentait le stéréotype du policier sudiste : un bon mètre quatre-vingt, les épaules larges, la taille et les jambes épaisses, et de fortes mains de boxeur. “

Il s’intègre plutôt bien à la vie locale et découvre l’univers politique. Il sympathise avec Joël Célestin, un jeune juge, qu’il convainc de se présenter aux élections et de prendre la place de Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme irrésistible de Nadia, la femme du juge risque de le perturber méchamment …

 » Même si vous regardez, même si ça se passe sous votre nez, parfois vous ne voyez l’histoire. Et après vous vous demandez pourquoi vous êtes toujours surpris du cours des évènements. “

Ce que j’en dis :

Pas facile de parler d’un roman si dense qui m’a beaucoup plus dans l’ensemble pour sa richesse culturelle et cette multitude d’histoire dans l’histoire.

L’auteur nous dépeint Haïti, fort de son expérience, sa beauté mais aussi sa pauvreté qui ne fait que s’accentuer face à l’absence de route, un enjeu économique énorme dont cette petite ville est privée. À travers cette comédie satirique où derrière chaque pan du tissu social et culturel flotte le fantôme du vaudou, se prépare une campagne électorale.

Une pointe d’humour et de tragique , un portrait féroce du pouvoir, une histoire d’amour, une pincée de vaudou et voilà une incroyable histoire offerte par un conteur hors pair.

Une bien belle découverte.

Né à New York, Mischa Berlinski a été journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Le Crime de Martiya Van der Leun ( Albin Michel, 2010), finaliste du National Book Award, a été traduit dans une dizaine de langues et récompensé par le prestigieux Whiting Award. Entre 2007 et 2011, il a vécu en Haïti avec son épouse, alors membre du personnel civil de la Mission des Nations unies en Haïti ( MINUSTHA), une expérience qui a nourri son deuxième roman, Dieu ne tue personne en Haïti.

Il vit aujourd’hui à New York avec sa famille.

je remercie les Éditions Albin Michel pour ce beau voyage livresque en Haïti

Meurtres sur la Madison

Meurtres sur la Madison de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens

« C’est le guide de pêche connu sous le nom de Rainbow Sam qui découvrit le corps. Ou, plutôt, le client qui lançait depuis la proue de son bateau, travaillant une Girdle Bug devant un amas de rondins qui séparait en deux le courant de la Madison River. (…) Le corps immergé sous le bois flotté se libéra de son attache, remonta soudain à la surface et se mit à flotter à plat ventre, l’hameçon enfoncé dans l’entrejambe de ses waders. “

Ce jour-là, la Madison River, cette fameuse rivière très réputée du Montana, réserva une drôle de surprise aux pêcheurs. Pensant avoir réussi une belle prise, le pêcheur qui n’avait jusqu’à présent attrapé qu’une toute petite truite, rayonnait.

(…) Vous n’êtes peut-être pas béni des dieux pour ce qui est de la pêche à la truite, mais vous venez de vous offrir une sacrée histoire. “

La prise revient à l’intrépide shérif Martha Ettinger, l’homicide semblant évident.

C’est durant son enquête qu’elle va faire la connaissance de Sean Stranahan, lui-même pêcheur, peintre et ex- enquêteur privé qui s’est récemment installé dans les rocheuses à la suite d’une séparation douloureuse. Sean est également sur une affaire que lui a confié Velvet Lafayette, une femme troublante qui recherche son jeune frère disparu. Envoûté par cette sirène du Sud, il part à la recherche du garçon. Deux affaires qui semblent étrangement liées. C’est ensemble, que Martha et Sean vont remonter une piste glissante qui risque de faire de l’ombre au plus gros  » business  » du Montana : la pêche à la mouche.

 » Ce qu’il y a avec la pêche, c’est que ça donne de l’espoir. Chaque lancer apporte un peu d’espoir et si l’on peut se perdre dans cet espoir, alors les soucis et le chagrin s’évanouissent à l’arrière-plan. La tempête intérieure se calme pour un moment. « 

Ce que j’en dis :

Quand une nouvelle plume débarque chez Gallmeister, cela attise bien évidemment ma curiosité , et davantage quand elle est recommandée par le grand Craig Johnson.

Que l’on aime ou pas la pêche, cette histoire offre un dépaysement total. Pour ma part elle a ravivé quelques bons souvenirs notamment mes parties de pêche avec mon grand-père et également de belles scènes du film  » Et au milieu coule une rivière « , magnifique adaptation du roman de Norman Maclean.

Aux États-Unis, la pêche à la mouche est très réputée et attire un grand nombre de passionnés. Cette histoire nous la fait découvrir à travers une enquête passionnante. L’auteur nous insuffle tout son amour pour la nature, les rivières et rien de tel qu’un connaisseur pour donner vie avec justesse à une histoire.

Basé sur des faits réels, avec des personnages authentiques, ce récit a tout pour plaire.

Une aventure au grand air absolument magnifique.

Meurtre sur la Madison est le premier volet d’une série plantée au cœur de l’Ouest américain, à suivre absolument.

Keith McCafferty est le rédacteur en chef de Field & Stream, magazine consacré à la pêche, la chasse et la vie au grand air. Il a contribué à diverses publications, dont le Chicago Tribune, sur des sujets allant des moustiques aux loups, du mercenariat aux exorcismes, et à pas mal bourlingué à travers le monde. Il est lauréat de nombreux prix, dont le Robert Traver Awward (qui récompense de la littérature relative à la pêche).

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette pêche extraordinaire.

“ Fleurs de sang ”

Fleurs de sang de Jérôme Frioux -Troublant aux éditions De Saxus

 » Tous les voisins de « La Compagnie des orchidées » sont là, désemparés, les bras ballants, ne sachant que faire, que dire. Un silence de fin du monde s’est abattu sur le marché aux fleurs où, hier encore, une fébrilité joyeuse et naïve saluait le passage de la reine d’Angleterre.

Aujourd’hui, la fête est finie. La faucheuse est passée. ”

Franck, un fleuriste renommé du marché aux fleurs de Paris est retrouvé sans vie dans la serre de sa boutique. Tout porte à croire qu’il a été assassiné.

C’est le commissaire Durrieu qui se retrouve sur l’affaire. Un flic bourru et irascible qui tient sa brigade d’une poigne de fer.

Thom, l’ex-flic, ancien inspecteur prête main forte à son ex-patron. Suite à la mort de son jumeau pendant une arrestation, il avait quitté la police. Il se retrouve mêlé à l’affaire par l’amitié qu’il portait à Franck.

 » – Franck était un homme calme, discret. Gentil, prévenant. Mais quelque chose m’a toujours intrigué, chez lui…

– Tu peux expliquer ?

– Mon flair de super-flic, je suppose… J’ai toujours eu l’impression qu’il avait un secret, qu’il cachait quelque chose. Mais te dire quoi …

– T’as rien de plus précis ?

– En tout cas, c’était un solitaire. Il faisait fréquemment des voyages en Afrique du Nord et au Proche-Orient aussi, je crois. C’est un spécialiste des orchidées et des plantes tropicales.  »

Cet assassinat va mettre à jour un drôle de trafic…

Ce que j’en dis :

Quand on aime les polars sans hémoglobine à outrance ce roman est idéal. Une intrigue qui distille parcimonieusement les indices et offre une belle galerie de personnages qui intensifie le nombre de suspects. Il rend ce récit addictif et invite le lecteur à ne pas interrompre sa lecture pour connaître au plus vite le dénouement final. Il faut malgré tout être attentif, car la construction du récit passe parfois d’un moment à un autre sans toujours prévenir, un peu perturbant si l’on n’y prends pas garde. Une lecture malgré tout très agréable avec des personnages très attachants, et un final plein de surprise qui ravira tous les fans d’ Agatha Christie.

Pour un premier roman c’est réussi, une belle découverte.

Les auteurs :

Jérôme Frioux- Troublant vient du spectacle vivant. De mette en scène à régisseur, il est passé par tous les métiers du théâtre. Secrétaire général de  » La scène du balcon  » , association qui crée des spectacles et des festivals, il anime en parallèle des ateliers d’écriture intergénérationnels en partenariat avec la Ville de Paris. Fleurs de sang est son premier roman.

Bruno Leroy est fleuriste. Il a été le conseiller technique et botanique pour ce roman.

Je remercie les éditions De Saxus pour ce polar très fleuri.

Idaho

Idaho d’ Emily Ruskovich aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Simon Baril

” Wade a passé son bras autour de la taille d’Ann. Il y avait du désarroi dans son geste, de la tristesse dans son sourire, même dans son rire, et le sentiment partagé que tous deux n’étaient pas arrivés là par hasard, que cette histoire remontait loin.

Le jour où il n’aura plus cette conscience-là, elle le regrettera. Se penchant contre lui, elle a humé l’odeur du feu sur ses vêtements. Elle a regardé son beau visage tourné vers les flammes, puis elle a regardé les flammes elles-mêmes. L’air au dessus de la fumée brûlait imperceptiblement, miroitant tels des reflets sur l’eau, donnant l’impression que les montagnes au loin tremblaient sous le reflet de la chaleur.

– Nous y voilà, a-t-elle lâché sans savoir ce qu’elle voulait dire exactement.

– Nous y voilà, a-t-il approuvé avant de le serrer plus fort contre lui. “

Neuf années ont passé depuis le drame inimaginable que Wade a vécu, depuis ce fameux jours où sa famille fut détruite.

Désormais c’est auprès d’Ann qu’il partage sa vie au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais hélas ses souvenirs s’envolent, sa mémoire s’efface, jour après jour.

 » Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. La douleur est aussi présente dans son corps que sa signature l’est dans sa main. “

Plus la mémoire de Wade s’en va, plus Ann est hantée par son passé. Elle est déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a pourtant jamais connue. Elle s’efforce de lever le voile sur ce qui est arrivé ce terrible jour d’août.

 » C’est la texture des souvenirs, n’ont pas l’émotion, qui a disparu.  »

Ce que j’en dis :

Si hélas les souvenirs de Wade le quittent, les miens restent intacts sur cette lecture absolument magnifique. Décidément cette année les éditions Gallmeister nous ont gâté à chaque nouvelle parution.

À travers ce roman, qui débute sur un drame mais dont le mystère reste entier, nous allons partager la vie d’un couple aimant, confronté à la maladie d’Alzheimer. Quand la mémoire s’enfuit on pourrait penser que les douleurs du passé accompagnent cette fuite, mais pour Wade il n’en est rien, il sera heureusement soutenu par Ann.

En remontant le fil du temps l’auteure nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir. Une plume remarquable, touchante, pleine de poésie qui véhicule une multitude d’émotions.

Au cœur de l’ Idaho et d’une nature omniprésente, un décor majestueux pour le tourbillon de la vie qui défile sous nos yeux avec fulgurance.

Un premier roman troublant, magnétique, fascinant, envoûtant, un nouveau talent à découvrir absolument.

Un immense coup de cœur.

Emily Ruskovich a grandi dans les Hoodoo Mountain, dans le nord de l’Idaho. En 2015, elle a remporté un Oliver Henry Award, prestigieux prix qui récompense les meilleurs nouvelles américaines et canadiennes. Idaho est son premier roman.

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce roman brillant et captivant.

Nord-Michigan

Nord-Michigan de Jim Harrison aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sara Oudin

Quand Rosealee approcha, Joseph, d’habitude si réservé en public, fut saisi d’un élan d’affection. Il lui prit la main et l’embrassa. Elle en fut toute décontenancée et lui jeta un regard éperdu. Dire qu’il avait failli détruire leur amour, tel un fou qui mettrait le feu à sa propre grange ou qui abattrait son cheptel. S’il n’avait pas été là, assis sur sa pierre, il aurait été tenté de disparaître pour échapper à tous ses tourments. Mais il savait qu’une fuite aussi simple, à moins d’un suicide, n’était pas dans sa nature, et que l’année décisive qui avait débuté aussi facilement avec le charme d’octobre ne glisserait pas irrémédiablement dans le passé, comme tant de celles qui l’avaient précédé. “

Joseph est instituteur dans une bourgade rurale du Nord-Michigan. Il vit au côté de sa mère dans la ferme familiale.

Grand amoureux de la nature, il pratique la chasse et la pêche, et partage ses nuits avec Rosealee, son amie d’enfance. Quand survient une nouvelle élève de dix-sept ans, Catherine. Une fille très libérée qui va vite lui mettre la tête à l’envers mais pas que…

Il pensa avec tristesse qu’il avait davantage fait l’amour avec elle en un seul après-midi qu’il ne le faisait avec Rosealee en toute une semaine. Peut-être pour le décharger de toute culpabilité, Catherine lui avait assuré, en se rhabillant, qu’elle avait déjà eu des amants.(…) Assis sur son talus, il se sentait jeune et stupide. Et puis triste aussi de n’avoir pas su, jusqu’à cet après-midi-là, que la vie pouvait, en de très rares occasions, offrir des choses aussi absolues et aussi merveilleuses que celles qui naissent parfois de notre imagination. “

Lui qui n’a jamais fauté, et encore moins avec une de ses élèves n’a pas pu résister au fruit défendu.

L’interdit devient sa nouvelle passion, mais va le plonger dans la tourmente, mais peut-être est-il enfin temps de profiter de la vie…

Il s’arrêta à l’idée que la vie n’était qu’une danse de mort, qu’il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l’été et qu’il était déjà à mi-chemin de l’automne de sa vie. Il fallait vraiment qu’il s’en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l’hiver. “

Ce que j’en dis :

Lire les romans de ce grand écrivain laisse toujours présager de beaux moments de lectures. Une fois encore sa plume m’a transporté vers le Michigan qu’il aimait tant.

À travers ce roman d’amour, il nous offre le portrait d’un homme du milieu agricole du Michigan, dans les années 50. Un homme qui se retrouve perturbés par les démons de midi.

Au milieu d’une nature omniprésente, d’un décor bucolique et d’une plume lyrique, ce récit touche en plein cœur.

Un petit roman d’une densité incroyable, que je nuis pas prête d’oublier. Si le cœur de Joseph balance entre deux femmes, le mien palpite intensément pour l’écriture de Jim Harrison qui m’a subjugué une fois encore.

Un beau roman, de belles histoires d’amour à déguster sans modération.

Un véritable coup de cœur.

Né dans le Michigan, Jim Harrison est aujourd’hui considéré comme le chantre de la littérature américaine. Scénariste, critique gastronomique, journaliste sportif et automobile, il est l’auteur d’une œuvre considérable, parmi laquelle on compte de grands succès comme Légendes d’automne, Dalva, Un beau jour pour mourir. Il a publié une autobiographie, En marge, et de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont De Marquette à Veracruz, L’été où il failli mourir. Son dernier roman, Pêchés capitaux, a paru aux éditions Flammarion. Jim Harrison est décédé le 26 mars 2016 à l’âge de 78 ans.

Je remercie les Éditions 10/18 pour cette belle histoire d’amour.