“ La vie en chantier ”

La vie en chantier de Pete Fromm aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

” Taz ferme les yeux et reste rivé à sa chaise, comme si on l’y avait attaché avec des cordes. Des chaînes.

Il contemple ses mains. Rien que le faux cigare. Il a dû laisser le sac dans le pick-up. Les biberons. Les trois boîtes de lait premier âge fournies par l’hôpital, chose que Marnie avait juré qu’ils n’utiliseraient jamais. Il s’en souvient très bien. Pas de lait artificiel. Hors de question. Pas même pour rigoler. Et ce n’est pas une question d’argent, avait-elle précisé. Elle tirerait son lait pour que Taz puisse nourrir Midge et voir ce que ça faisait, puisque ses seins à lui étaient aussi inutiles que le sont les hommes en général. Revoyant son sourire à ce moment précis, Taz oublie de respirer. Comment respirer. “

Marnie et Taz sont amoureux, très amoureux. Ensemble, à Missoula, dans le Montana, il rénove une maison, leur nid d’amour. Rien n’est encore terminé, leurs moyens sont plutôt modestes, et voilà qu’ils apprennent qu’ils vont être parents. Un grand bouleversement se prépare, mais unis comme jamais ils sont prêts à relever ce nouveau challenge.

Mais hélas c’est sans Marnie que Taz rentrera de la maternité avec sa fille.

” Lorsque plus aucun son ne s’échappe du berceau ou de la chambre au bout du couloir, il pose ses coudes sur ses genoux et prends sa tête entre ses mains, trop perdu pour oser fermer les yeux, effrayé par ce qui l’attend dans l’obscurité, dans ses propres pensées. “

” Ici sur terre, sans elle. “

Anéanti par la perte de son amour, il n’en demeure pas moins un père exemplaire, partagé entre le doute, et les joies de la paternité. Au programme, insomnie, nouvelles responsabilités, nouveaux souvenirs, nouveaux bonheurs, la vie en chantier prends une nouvelle tournure et réserve malgré tout de belles surprises.

” Il lève les yeux et se met à contempler le ciel comme si c’était une manne providentielle. La pluie ne dure pas plus d’une minute ou deux, mais dans les montagnes, c’est de la neige qu’il doit tomber. Les feux vont peut-être finir par s’éteindre, et le monde paraîtra un peu moins apocalyptique, alors même que la fumée et le brouillard semblaient faire partie de leur quotidien. “

Ce que j’en dis :

C’est le cœur serré que je me suis aventurée entre ses pages, sachant pertinemment que dès le début des émotions intenses allaient m’envahir.

J’étais prête à faire un bout de chemin avec Marnie et Taz, ce jeune couple d’amoureux et vivre avec eux les plus beaux moments de leur vie. Alors quand tout s’est effondré, j’ai bien cru au désastre mais c’était sans compter sur le pouvoir de la plume de Pete Fromm capable de nous transporter au cœur des grands espaces et dans la vie intime de ses personnages en nous faisant rêver sans jamais perdre de vue l’espoir.

En créant de l’empathie envers ses personnages, Pete Fromm nous lie à jamais à eux.

Il nous offre cette fois un formidable portrait d’un jeune père confronté à une perte inestimable et qui pourtant ne rejettera jamais son enfant affrontant également, les difficultés face à la pénurie de travail dans cette région du Montana. Il pourra compter sur l’amitié indéfectible de son meilleur ami et sur tous les élans de générosité qui l’aideront à faire face à toute cette tragédie.

Un beau roman, une belle histoire sans pathos mais avec une pointe d’humour qui évite la sinistrose.

Un roman intimiste magnifique, une histoire d’amour, d’amitié, où l’éclaircie tant espérée surgira après la tempête.

Un gros coup de cœur.

Pour info :

Pete Fromm est né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin.

Peu intéressé par les études, c’est par hasard qu’il s’inscrit à l’université du Montana pour suivre un cursus de biologie animale. Il vient d’avoir vingt ans lorsque, fasciné par les récits des vies de trappeurs, il accepte un emploi consistant à passer l’hiver au cœur des montagnes de l’Idaho, à Indian Creek, pour surveiller la réimplantation d’œufs de saumons dans la rivière. Cette saison passée en solitaire au cœur de la nature sauvage bouleversera sa vie.

À son retour à l’université, il supporte mal sa vie d’étudiant et part barouder notamment en Australie. Poussé par ses parents à terminer ses études, il s’inscrit au cours de creative writing de Bill Kittredge, ce cours du soir étant le seul compatible avec l’emploi du temps qui lui permettrait d’achever son cursus au plus tôt. C’est dans ce cadre qu’il rédige sa première nouvelle et découvre sa vocation.

Son diplôme obtenu, il devient ranger et débute chaque jour par plusieurs heures d’écriture avant de décider de s’adonner à cette activité à plein temps. 

Pete Fromm a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont remporté de nombreux prix et ont été vivement salués par la critique. 

Indian Creek, récit autobiographique, a été son premier livre traduit en français. Il vit dans le Montana.

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce roman fabuleux ❤️

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“ Canyons ”

Canyons de Samuel Western aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

 » Il avait les idées merveilleusement claires, mais aucune trace du goût saumâtre qui l’envahissait chaque fois qu’il pensait à Ward. Soudain des événements anciens lui revinrent en mémoire : porter le cercueil de Gwen par une matinée d’octobre exceptionnellement froide et pluvieuse à Valentine ; traverser une forêt de stèles en marbre blanc d’un pas lourd, les chaussures trempées ; le bruit du train qui était passé pendant la cérémonie, noyant les paroles du pasteur de ses cliquetis et grondements ; le sang sur l’imperméable de son père qui , voulant regagner la voiture, s’était cogné le menton contre la portière, si violemment qu’il lui avait fallu des points de suture.

Une rage brûlante l’envahit, imprégnant ses muscles d’un feu glacé. “

Dans les années 70, en Idaho, Ward, Gwen sa petite amie, et Éric le frère jumeau de Gwen partagent une partie de chasse au cours d’une magnifique journée.

La vie semble sourire à ces trois jeunes adultes plutôt insouciants. Mais c’est sans compter sur le destin tragique que leur réserve cette journée.

Ward tue accidentellement Gwen en rangeant son fusil, anéantissant au passage leur avenir.

Vingt-cinq années passent, Ward et Éric ont survécu et construit leur vie du mieux qu’ils pouvaient, hantés par le douloureux souvenir. Eric est quasiment fauché malgré son immense talent de musicien, il n’a pas réussi à surmonter la perte de Gwen et Ward semble s’enfoncer chaque jour un peu plus dans une insurmontable dépression, pourtant bien entouré de sa femme et de ses enfants.

” Son cerveau était en proie à une douleur indescriptible, un genre de désespoir, une sensation qui l’avait saisi dès l’instant où il avait entendu rugir le fusil un quart de siècle plus tôt. “

C’est à l’occasion de retrouvailles improbables qu’Eric invite Ward dans son ranch pour une ultime partie de chasse. Peut-être, est enfin venu le moment de régler ses comptes ou de pardonner ?

Ce que j’en dis :

Dès le départ ça claque, à peine le temps de s’attacher aux personnages qu’un drame surgit, et c’est quelques années plus tard que l’on retrouve ceux qui restent.

Fracassés, chacun a tenté de survivre en dansant bien trop souvent au bord de l’abîme.

Malgré tout, une nouvelle partie de chasse est programmée et une certaine tension s’installe et laisse présager une rencontre sanglante sous le signe de la vengeance.

Et pourtant l’aventure prends des allures de rédemption et les deux hommes se retrouvent rattrapés par le destin et contre toute attente, apprivoisent la notion du pardon.

Un bon blues au cœur des rocheuses, sauvage, brutal, inquiétant, mais qui s’illuminera parfois, comme avec quelques notes d’espoir, tel un arc en ciel après l’orage.

Un roman aux beautés multiples, à savourer, accompagné d’un bon whisky, en se laissant porter par la plume touchante de l’auteur qui nous transporte dans ces vies tourmentées et ces paysages grandioses.

Pour info :

Samuel Western est né dans le Vermont et a servi dans la marine marchande suédoise, puis a travaillé comme bûcheron, pêcheur professionnel, docker et guide de chasse. Diplômé de l’Université de Virginie, il a enseigné l’anglais avant de s’installer à Sheridan, dans le Wyoming.

Canyons est son premier roman.

Je remercie les Éditions Gallmeister et les félicite pour réussir à toujours m’éblouir en me faisant découvrir de nouveau auteur de l’Ouest américain aussi talentueux.

“ Les morts de Bear Creek ”

Les morts de Bear Creek de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique-Jouin-de Laurens

” La femelle grizzly n’était pas difficile. Elle avait tenté de déterrer le corps humain plus tôt au cours du printemps, quand la surface de la terre à 2750 mètres d’altitude était aussi dure que l’ardoise d’une table de billard. Ses deux petits n’étaient à l’époque pas plus gros que des ballons de basket poilus. Désormais de la taille de border collies, débordant de la même énergie inépuisable, ils regardaient, le museau frémissant, leur mère extraire le corps décomposé de la terre. Même s’il fallait être généreux pour appeler ça de la chair, une seule bouchée putride valait une douzaine de campagnols montagnards et elle avait le grand avantage de rester immobile. Elle déchira goulûment les lambeaux de vêtements, mettant à nu la peau parcheminée et répugnante… “

Quand Katie Sparrow accompagnée de Lothar, son chien étaient partis à la recherche de Gordon Godfrey porté disparu, elle ne pensait pas tomber sur une tombe en pleine forêt. Cette macabre découverte, révélée grâce un grizzly affamé, va conduire les enquêteurs sur une histoire plutôt surprenante.

Le Shérif Martha Ettinger va demander de l’aide à Sean Stranahan un détective privé de la région. Déjà embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver de précieuses mouches de pêche disparues, Sean va vite s’apercevoir qu’il y a un lien entre les deux affaires, impliquant des personnes puissantes de la région.

” Il ne restait qu’à déchiffrer la piste. “

Ce que j’en dis :

Retrouver le Montana et les décors sublimes de l’Ouest américain pour une nouvelle aventure, en compagnie du shérif Martha Ettinger et du détective Sean Stranahan, découverts dans le premier volet : Meurtres sur la Madison (ma chronique ici), c’est comme retrouver une bande de potes pour des vacances pleines de belles surprises.

De nouvelles aventures palpitantes au rendez-vous qui ne manqueront ni d’humour, ni de suspens au cœur d’une nature luxuriante où la faune peut se révéler parfois dangereuse, il est donc fortement conseillé de ne pas oublier son spray au poivre.

Et pour profiter à fond des joies de la pêche toujours se munir d’une bonne canne et de quelques mouches, mais attention aux chasseurs et aux balles perdues.

Keith McCafferty nous fait cadeau d’un dépaysement extraordinaire grandeur nature à travers une histoire captivante et nous en mets plein les yeux avec le charme de cette région et des personnages fascinants.

On referme ce livre avec regret mais impatient de retrouver cet endroit et ses habitants pour une nouvelle aventure tout aussi divertissante.

Une fois encore l’auteur a fait mouche et m’a prise dans ses filets sans jamais me perdre en route, le livre dans une main et l’autre bien accrochée à un spray anti- grizzly, on ne sait jamais l’humour féroce peut parfois prendre une autre apparence…

Surtout n’hésitez pas à vous aventurer entre ses pages, merveilleusement distrayantes.

Pour info :

Keith McCafferty a grandi dans la region d’Amérique pauvre et peu peuplée des Appalaches, un pays de sombres vallons et de ténébreuses superstitions, avec la forêt qui poussait derrière sa maison. Sa première source de fascination fut les serpents, avec ou sans crochets, mais ce fut le projet de pêcher la truite qui l’emmena dans le Montana, dans les Rocheuses, où il devint le rédacteur du magazine de vie au grand air Field & Stream. L’une de ses missions consistait à passer deux nuits d’hiver en montagne, par très basse temperature, sans feu. Il survécut à la première en creusant le sol tel un ours, à la seconde en s’enveloppant dans une bâche. Répondant à un besoin naturel, il pissa malencontreusement sur la bâche et, allongé là, transi et miserable, se dit qu’il devait exister de meilleures façons de gagner sa vie, et que le moment était venu d’écrire ce roman qu’il avait toujours voulu écrire. C’était il y a sept hivers, et sept romans, dont la plupart se situent le long de la fameuse Madison River. Le Montana pouvant s’avérer un peu désert, il écrit souvent avec sur les genoux un chat nommé Rhett, ou au café, ou même dans un vieux truck garé près de la rivière, canne à pêche à portée de main. Les jours particulièrement froids, il suivrait bien les pas d’Ernest Hemingway (Keith pêchait souvent avec son fils Jack) pour écrire dans ces super cafés de Paris, remplaçant le chat par une de ces couvertures chaudes qu’on vous propose dans des endroits comme la Terrasse des Archives.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette aventure aussi dépaysante que palpitante.

“ Nuits Appalaches ”

Nuits Appalaches de Chris Offutt aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Tucker, encore dans l’Ohio, contempla les terres vertes et ondoyantes du Kentucky de l’autre côté du fleuve. Il était parti au début de l’été et revenait au printemps, un hiver de guerre entre les deux. (…) Sa solde de quatre cent quarante dollars était répartie en liasses compactes sur tout son corps dans chacune de ses poches. Les onze médailles qu’il avait reçues étaient au fond de son sac à dos. “

Tucker a tout juste dix-huit ans quand il rentre de la guerre de Corée, dans son Kentucky natal. À pied et en stop, il traverse les collines des Appalaches, qui ont un pouvoir apaisant sur ses souvenirs de guerre d’une grande violence.

Sur le chemin il rencontre Rhonda, une jeune fille de quinze ans, et c’est un véritable coup de foudre.

” Le corps tremblant de Rhonda et les battements de son cœur contre sa poitrine produisaient chez lui une série de sensations inconnues. Il avait subitement faim d’une sorte de nourriture dont il ignorait jusqu’alors l’existence. Il la tenait contre lui sans bouger. Ses bras et ses jambes picotaient comme si on y avait imprimé une légère décharge électrique. Il ne s’était jamais senti aussi calme. Il eut soudain envie que l’orage dure, qu’il gagne en intensité et qu’il prolonge cette nouvelle sensation en lui… “

Immédiatement amoureux, ils se marient, pour ne plus jamais se quitter.

C’est auprès d’un trafiquant d’alcool de la région que Tucker trouve un boulot qui lui permet de faire vivre sa famille. Malgré une grande précarité et une véritable malchance, leur foyer et leurs cinq enfants semblent heureux. Jusqu’au jour où les services sociaux interviennent et menace de séparer la famille si unie.

Tucker ne supportera pas la détresse de sa femme, et sera prêt à tout pour défendre les siens, mettant sa liberté en danger.

Ce que j’en dis :

Il aura fallu attendre 20 ans pour profiter du retour de la magnifique plume de Chris Offutt, qui écrivait pour les studios d’Hollywood et pour divers journaux.

À travers ce roman noir, se cache une merveilleuse histoire d’amour indestructible malgré toute la malchance qu’elle subit.

Dans un endroit très reculé où le paysage domine et le peuple s’autogére, ce jeune vétéran de guerre ne laissera jamais tomber sa femme et ses enfants.

Chris Offutt frappe fort avec ce roman déchirant, une histoire où la rédemption passe hélas par la vengeance mais où l’amour l’emporte sur la haine.

Un roman empli d’humanité porté par une plume lyrique maîtrisée au souffle envoûtant.

L’auteur nous offre pour son retour un récit puissant, noir, mordant qui nous brise le cœur.

Je ne suis pas prête d’oublier Tucker et toute sa famille.

Chris Offutt fait partie des auteurs qui mettent en lumière les oubliés de l’Amérique.

À découvrir également les magnifiques nouvelles publiées chez Gallmeister : Kentucky straight (retrouvez ma chronique ici) et son roman : Le Bon Frère.

Pour info :

Chris Offutt est né en 1958 et a grandi dans le Kentucky dans une ancienne communauté minière sur les contreforts des Appalaches. Issu d’une famille ouvrière, diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, puis un roman autobiographique. Le Bon Frère est son premier roman. Il est également l’auteur de chroniques pour le New York Times, Esquire et quelques autres revues et a été scénariste de plusieurs séries télévisées américaines parmi lesquelles True Blood et Weeds.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce roman noir extraordinaire.

“ Les poissons-chats du Mississippi ”

Les poissons-chats du Mississippi de Richard Grant aux Éditions Hoëbeke

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alexandra Maillard

” Lyndon Johnson a dit : « Il y a les États-Unis, il y a le Sud, et ensuite, il y a le Mississippi. » Ce à quoi Martha Foose a ajouté : « Et ensuite, il y a le delta. On ne sait jamais dans quoi on met les pieds, ici, et c’est justement ce qui rend ce coin si parfait. Je vais travailler papa pendant que tu t’occuperas de Mariah. Nous allons être voisins, et tu pourras même écrire un livre sur tout ça. » “

Après avoir descendu en radeau le fleuve Malagarasi en Tanzanie, puis avoir échappé à des bandits dans la Sierra Madre, l’écrivain Richard Grand décide sur un coup de tête de s’installer dans une vieille demeure d’une vieille plantation près de Pluto, au cœur du delta du Mississippi.

” Quel genre de crétin part pique-niquer pour se retrouver propriétaire d’une maison à la fin ? “

Il démarre alors avec sa compagne une nouvelle vie, qui va leur réserver de belles surprises mais aussi quelques déconvenues.

” – Je ne sais plus à quoi m’attendre, ici. C’est comme si chaque fois que je quittais la maison, quelque chose de bizarre ou de merveilleux se produisait. “

Ils s’immergent dans les sublimes paysages du delta, se lient d’amitié avec une multitude d’individus étonnants, allant de l’éleveur de poissons-chats, aux légendes du blues, en passant par des millionnaires excentriques, et même Morgan Freeman et sa bande de potes.

Un endroit vraiment surprenant où il va découvrir la corruption, le crime et les tensions raciales.

” « C’est une super journée pour être au Mississippi, a-t-il déclaré. Notre cuisine, notre musique… Blancs et noirs passent du bon temps, aujourd’hui. Le Mississippi a ses problèmes, mais putain, qu’est-ce qu’on sait vivre, mec ! On passe même un putain de bon moment. Je ne céderais ma place à personne.

– Moi non plus », ai-je dit avant de faire tinter ma bière contre la sienne. “

Ce qui au départ aurait pu être comparé à un caprice de star se révèlera une aventure humaine extraordinaire.

Au bout du compte, conclut Richard Grant, le Mississippi pourrait être « le secret le mieux gardé des États-Unis.

Ce que j’en dis :

Depuis toujours le Mississippi attira et engendra une multitude d’écrivains, grands raconteurs d’histoires pittoresques, tels que William Faulkner, Tennessee Williams, Shelby Foote, Richard Ford, Donna Tartt, John Grisham, Larry Brown, alors rien d’étonnant à ce que qu’un autre écrivain, portant une affection tenace pour le Mississippi ait envie d’en connaître davantage.

En partageant son expérience à travers ce récit, il nous offre une radiographie de l’état le plus conservateur du Sud.

” (…) Certains de ces individus étaient tellement racistes qu’ils ne s’en rendaient même pas compte. “

Des rencontres improbables, des anecdotes cocasses, des parties de chasses mémorables, des découvertes culinaires surprenantes, des parties de golf au coté d’une star du cinéma, une incursion à la prison de Parchman plutôt étonnante, une cohabitation animale piquante, chaque jour révèle son lot de surprises et d’histoires passionnantes.

” Quand les gens du Sud vous souhaitent de passer une bonne journée, cela peut parfois signifier aller vous faire foutre et bon vent en enfer. “

Une aventure extraordinaire autant pour l’écrivain que pour le lecteur qui osera s’aventurer entre ses pages, drôles, touchantes, qui m’a donné encore plus envie de parcourir cet état, et peut-être même pourquoi pas si la chance est au rendez-vous, trinquer avec Morgan Freeman.

Une magnifique découverte qui m’a fait rêver sans jamais me donner le blues pourtant bien présent au cœur du Mississippi.

Pas étonnant que ce récit ait été pendant des mois, un des best-sellers du New York Times, et le lauréat du Pat Conroy Prize.

Alors n’hésitez surtout pas à découvrir les mystères du Mississippi et de suivre les traces des plus illustres écrivains et des plus grands blues Man.

Pour info :

De « bonne famille » anglaise mais possédé par le désir de courir le monde, Richard Grant a beaucoup voyagé en Afrique et en Amérique latine.

Son premier livre, American Nomads, a été adapté à la télévision par la BBC. Crazy River, récit de sa désastreuse descente du fleuve Malagarasi, a reçu le prix du meilleur livre d’aventure du festival de Banff en 2012. God’s Middle Finger, récit de ses hallucinantes aventures dans la Sierra Madre, est aujourd’hui tenu pour un classique.

Je remercie Christelle et les éditions Hoëbeke pour cette aventure passionnante et savoureuse au cœur du Mississippi.

“ Les femmes de Heart Spring Mountain ”

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur aux éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par France Camus-Pichon

” Vale trinque, son verre à elle contre son bourbon à lui: « Ils s’en sortiront, là-haut », assure-t-elle. Elle vient du Vermont – d’un appartement aux murs bleus surplombant la rivière. Les ouragans ne montent pas jusque là. C’est l’un de ces lieux étrangement épargnés : par les araignées et les serpents venimeux, les tornades, les tremblements de terre, les glissements de terrain. Mais le plan suivant montre un mobile home – revêtement de plastique vert, volets noirsemporté par les flots. « Merde », murmure-t-elle (…) Bonnie, la mère de Vale, vit justement dans l’une de ces villes en bordures de rivière qui sont actuellement dévastées par les inondations…

En août 2011, un nouvel ouragan s’abat sur les État-Unis, le Vermont ne sera pas épargné, et offre à présent un triste spectacle de désolation.

Loin de là, à la NouvelleOrléans, Vale suit les informations avec intérêt, même si elle a quitté cette région depuis plusieurs années, et tourné le dos à sa famille. Sa mère y vit toujours, et elle vient d’apprendre sa disparition lors du passage de la tempête. Une inquiétude la gagne et ne lui laisse d’autres choix que de rentrer à Heart Spring Mountain, sa ville natale.

Elle adore cette ville – sa douce chaleur, sa musique, sa lumière. Et elle déteste sa ville natale – son silence, sa blancheur, ses nids-de-poule, les gens qu’elle y a laissés.

« Bonnie », murmure-y-elle.

Le lendemain matin, elle enfile ses bottes, mets quelques affaires dans son sac à dos, retire de l’argent et part à pied vers la gare routière de Loyola Avenue. “

Elle va y retrouver les femmes qui ont bercé son enfance, la vieille Hazel que la mémoire fuit et Deb, toujours fidèle à ses idéaux hippies.

Vale contemple par la vitre les champs, un silo gris, une grange rouge, le ruban étincelant de la Silver Creek qui leur fait des clins d’œil entre les arbres. Chaque centimètre est familier, mais dans chaque carré de paysage quelque chose a changé, est comme renversé ou sculpté différemment. À force de vivre à la Nouvelle-Orléans, on finit par s’habituer à la menace des ouragans, à l’affaissement mais indéniable des terres. À constater l’impermanence du sol, des arbres, des murs, de sa propre peau.

Mais ici ? Elle est habituée à ce que les choses soient immuables. “

Sa mère reste introuvable, mais jour après jour Vale découvre les secrets des générations de femmes qui l’ ont précédées et décèle un attachement féroce pour cette terre qu’elle a tant cherché à fuir.

” Une citation de No Word for Time lui vient alors à l’esprit, une phrase qu’elle a lue le matin même : « Peu importe le sol que vous foulez, il devrait être sacré, car la terre tout entière est sacrée. » Elle ferme les yeux. Sent la terre solide et fertile sous ses pieds, et entend résonner à ses oreilles l’eau qui court sur les galets de la rivière. “

Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. “

Ce que j’en dis :

Retrouver une auteure, découverte en 2017 à travers le plus merveilleux recueil de nouvelles de ma vie de lectrice, Le cœur sauvage, (retrouvez ma chronique ici) était prémisse d’un moment de lecture intensément délicieux, et je ne me suis pas trompée.

On retrouve le Vermont, état cher à l’auteur, réputé pour ses paysages naturels et ses nombreuses forêts. Le dernier ouragan ne l’a pas épargné, dévastant au passage certaines zones rurales et la vie des habitants déjà malmenée.

C’est ici, au cœur du désastre que l’on va découvrir trois générations de femmes, à travers un roman choral où le passé s’invite dans le présent et nous révèle certains secrets de famille. À travers ces flash-back, habités par certaines croyances, la vie de ces femmes prends forme et envahit Vale d’une douce nostalgie et l’aide à mieux comprendre sa mère dont elle s’était éloignée.

Robin MacArthur est une merveilleuse conteuse, sa plume est un enchantement. Elle dégage une musicalité particulière qui transporte et envoûte les lecteurs. Elle donne à ses personnages féminins une force sauvage et aux plus rebelles une belle âme. Même cabossées , les femmes demeurent de grandes battantes.

En deux livres, l’auteure s’impose remarquablement dans le paysage de la littérature américaine. Elle nous touche, nous bouleverse aux fils des pages avec autant d’émotions que ce soit dans ce roman où dans son recueil de nouvelles.

Cette femme du Vermont n’a pas fini de nous éblouir et je n’ai qu’une hâte, celle de la retrouver très vite.

Je salue au passage la très belle couverture et la magnifique traduction qui m’a permis ce nouveau voyage livresque dans le Vermont aux côtés de femmes admirables.

Un nouveau coup de cœur pour cette écrivaine talentueuse que je vous encourage à découvrir.

Pour info :

Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui.

Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires.

Régulièrement comparée à Annie Proulx et Anthony Doerr, elle s’impose en deux livres seulement comme un des jeunes écrivains les plus prometteurs de sa génération.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette sublime balade livresque dans le Vermont en compagnie de femmes comme j’aime.

“ L’habitude des bêtes ”

L’habitude des bêtes de Lise Tremblay aux éditions Delcourt

Juste avant que j’embarque dans l’avion, il m’avait mis un chiot dans les mains. C’était Dan. Je n’avais jamais eu de chien à moi. À la pourvoirie, les chiens, c’était l’affaire des guides. Je ne savais pas quoi faire, je ne pouvais pas le jeter sur la piste devant tout le monde. Le vol vers le sud a été mouvementé. J’avais peur que le chiot vomisse ou pisse sur moi. Ce n’est pas arrivé. J’ai gardé Dan. “

Benoît Lévesque rentre de Montréal. Il vient de quitter son grand appartement vide. Maintenant qu’on lui a confié ce chien, il sera mieux dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Dan pourra profiter pleinement.

” Dans ma vie, il y avait eu un avant-Dan et un après-Dan. Bien que ça puisse paraître loufoque, son arrivée avait été plus importante que mon divorce. “

Mais bien plus tard, à l’arrivée d’un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Dan a vieilli et ses jours semblent comptés.

« J’avais été heureux, comblé et odieux. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

Des loups ont été aperçu sur le territoire des chasseurs. De vieilles querelles de clans se réveillent, la tension monte au village.

Dans un décor grandiose, au-delà des rivalités c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée qu’ils devront tous faire face.

Ce que j’en dis :

Certains auteurs font le choix de nous offrir des textes courts et pourtant chacun de leur récit est d’une puissance extrême. Pour moi, ce n’est pas le nombre de mot ou de page qui définit un grand roman, mais l’intensité des émotions qu’il dégage.

Lise Tremblay fait partie de ceux là, petit mais costaud.

Ce roman absolument exquis m’a charmé autant par sa plume que par son histoire. Chaque mot, chaque phrase atteint son paroxysme de sentiment.

Ici la vie côtoie la mort à travers ce blues à l’accent canadien qui offre bien plus qu’un beau dépaysement.

Une ode à la nature et à l’amour des bêtes.

C’est un beau voyage livresque qu’il serait dommage de ne pas découvrir, une auteure pleine de grâce qui vous transportera au cœur de l’âme humaine où la blancheur des paysages côtoient la noirceur des hommes.

Un énorme coup de cœur pour cette auteure qui m’a donné envie de continuer l’exploration de son univers.

Pour info :

Lise Tremblay est née à Chicoutimi. En 1991, elle s’est vu décerner pour son roman L’Hiver de pluie le Prix de la découverte littéraire de l’année du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le prix Joseph-S.-Stuffer du Conseil des arts du Canada. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur général. Elle a également obtenu le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles La Héronnière. Elle a fait paraître trois romans au Boréal, La Sœur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bêtes (2018).

Je remercie Marie-Laure et les éditions Delcourt pour cette formidable découverte.

“ Au loin ”

Au loin d’ Hernan Diaz aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste

” Mon nom est Håkan (…) Håkan Söderström. Je n’ai jamais eu besoin de mon nom de famille. Personne ne me le demandait. Personne arrivait à prononcer mon prénom. Je parlais pas anglais. (…)

Håkan donnait l’impression de parler aux flammes mais de ne voir aucun inconvénient à ce que des oreilles l’écoutent. (…)

Il était toujours impossible de distinguer le ciel de la terre, mais l’un comme l’autre avaient viré au gris. Après avoir ravivé le feu, Håkan reprit la parole. En marquant de longues pauses, et d’une voix parfois presque inaudible, il parla jusqu’au levée du soleil, toujours en s’adressant au feu, comme si ses mots devaient se consumer sitôt prononcés. “

Lorsque Håkan , un jeune paysan suédois débarqua aux États-Unis, il était accompagné de son frère. Sur le quai, la foule très importante les sépara en un instant.

Ce qui aurait du être une découverte de l’Amérique va s’avérer une toute autre aventure.

Seul et sans un sou , il n’aura pourtant qu’un seul but : retrouver son frère Linus à New-York, même si pour cela, il devra traverser tout le pays à pied.

En remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest, il poursuit ses recherches semées d’embûches.

Bien trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer.

” Durant ces tempêtes, dont les hurlements oblitéraient tout autodérision lui, Håkan puisait son seul soulagement dans la quasi-certitude de ne croiser âme qui vive. Sa solitude était totale et, pour la première fois, depuis des mois, en dépit des grondements et des lacérations, il trouva la paix. “

Sur cette route, il va croiser des personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste très original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des indiens, des hommes de loi.

Au loin, l’Amérique se construit, et lui se forge une légende sans même s’en douter. Il devient un héros malgré lui.

Il se réfugie, loin des hommes, au cœur du désert, pour tenter de ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

” Håkan s’était flétri et ridé, la brûlure du soleil avait raviné ses joues et son front. Ses yeux restaient perpétuellement plissés, sans que cela ne résulte d’un froncement de sourcils délibéré. C’était juste là sa nouvelle physionomie – celle, continûment grimaçante, d’un jeune homme harcelé par une lumière aveuglante ou en butte à un problème insoluble. Sous le surplomb accidenté des sourcils désormais soudés, ses yeux, presque entièrement dissimulés au creu d’une étroite tranchée, ne brillait plus de crainte ou de curiosité mais d’une faim stoïque. Une faim de quoi– il n’aurait su dire. “

Ce que j’en dis :

Au loin de somptueux paysages, des grands espaces et une terre pillée petit à petit aux indiens par les pionniers chercheurs d’or. Au loin dans ce désert, un homme, seul, erre à la recherche de son frère.

Au hasard des pistes, tous vont se croiser et parfois faire un bout de chemin ensemble. Håkan va durant ce périple, découvrir la solitude et la dure réalité du rêve américain brisé par des conditions de survies si difficiles, en terre inconnue.

Hernán Díaz revisite à merveille  » le western nature writing” en nous offrant un roman d’une richesse aussi démesurée que les grands espaces qui l’accompagnent. À travers ce roman initiatique, autour d’un personnage central, il nous plonge dans la conquête de l’Ouest d’une manière moins conventionnelle, et toute aussi évocatrice pour nous faire voyager dans le passé, dans cette Amérique en passe de devenir.

Un magnifique roman d’aventure qui aborde le thème de l’immigration avec une grande lucidité.

Au loin m’a envoûté à travers ces paysages à couper le souffle. Au loin m’a charmé par sa plume évocatrice et sublime. Au loin m’a conquise à travers ce héros bouleversant et extraordinaire.

Un roman qui rejoint mon Panthéon d’auteurs inoubliables à découvrir et à suivre absolument.

Un magnifique écrin, une traduction soignée se rajoutent à ce bijou littéraire précieux.

J’ai adoré ce récit inoubliable à la plume aussi racée que les paysages qui l’accompagnent.

Pour tous les amoureux de la littérature américaine et des grands espaces qui inspirent à vivre une voyage lisvresque exceptionnelle.

Gros coup de cœur.

Hernán Díaz a surgi de nulle part. Sans agent, il envoie son manuscrit par la poste chez Coffee House Press, la maison d’édition de Mineapolis à but non lucratif. Et voilà que ce parfait inconnu devient finaliste du prix Pulitzer et figure dans la liste du PEN Faulkner Award.

« Un premier roman, un petit éditeur indépendant, un finaliste du Prix Pulitzer » titrait récemment le New York Times en s’étonnant d’être passé à côté du très beau roman d’ Hernán Díaz, à sa parution.

Né en Argentine, Hernan Diaz vit depuis 20 ans à New York. Il est aujourd’hui directeur adjoint de l’Institut Hispanique de l’université de Columbia. Finaliste du prix Pulitzer, Au loin est son premier roman.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les Éditions Delcourt de m’avoir offert cette découverte, une aventure livresque grandiose.

“ Terres Fauves ”

Terres Fauves de Patrice Gain aux Éditions Le Mot et Le Reste

” – J’en ai rien à foutre de ce que tu penses. Viens t’asseoir par là. Ne m’interromps pas et sers-nous un verre.

(…) Je ne savais pas ce qu’il espérait en m’obligeant à boire, mais la journée dans ce trou perdu et ses airs de vieux mercenaire suffisant et versatile m’avaient sévèrement déprimé, si bien que je n’avais pas eu à me forcer beaucoup pour m’anesthésier le cortex. “

David McCae écrivain new-yorkais débarque en Alaska. Quitter Brooklyn pour cette contrée sauvage est déjà une épreuve en soi pour ce citadin convaincu. En mal d’inspiration, il a accepté de terminer les mémoires du gouverneur Kearny. Il prête sa plume à ce politicien qui vise une réélection et tente d’étoffer ses mémoires d’un chapitre élogieux. Pour se faire, il va donc rencontrer le célèbre et très apprécié alpiniste Dick Carlson, ami de longue date du gouverneur qui aurait des souvenirs de leurs aventures à raconter.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, la rencontre avec cet homme se révèle tendue, mais l’alcool délie la langue de l’alpiniste qui va se dévoiler au cours de cette longue nuit et se confesser de manière inattendue.

Il ne faut pas s’attendrir sur soi-même. Chacun d’entre- nous est maître de son destin. Je chasse les fantômes comme je chasse l’ours, l’élan, ou les emmerdeurs : sans pitié. “

David en apprends beaucoup et même trop. Il devient un témoin gênant. Il va se retrouver face à la violence des hommes au milieu d’une nature hostile. En plein cœur de l’Alaska sauvage, sa résistance va être mise à rude épreuve. Il va tenter de survivre tout en combattant ses propres démons. Commence alors une course effrénée contre la mort…

J’ai fermé les yeux. Ce monde est vraiment étrange. Il cache sa violence derrière des scènes attendrissantes, des animaux à l’allure débonnaire et un calme apparent. C’est ce qui fait sa force. J’avais en tête : une nature traîtresse. Je me demandai combien de temps j’allais pouvoir tenir et quels types de combats j’allais devoir livrer. “

Ce que j’en dis :

Après avoir découvert l’année passée Denali, un fabuleux roman noir (retrouvez ma chronique ici), j’étais impatiente de retrouver cette plume qui m’avait tant charmée et envoûtée. Une petite appréhension m’accompagne, comme toujours à la lecture d’un nouveau roman d’un auteur que j’affectionne mais dès les premières pages la magie opère et elle s’envole. Je retrouve le style et la plume singulière de l’auteur que j’avais tant appréciés. Une fois encore, le bonheur est au rendez-vous.

Fan de littérature américaine, je retrouve tout ce que j’aime chez ce Frenchy qui s’approprie avec brio les codes du roman noir nature writing.

L’auteur dépeint à merveille ce territoire aussi magnifique que malveillant, et nous offre la possibilité de découvrir une intrigue surprenante en accompagnant David dans son combat empli de souffrances, pour survivre et échapper à toute cette violence à laquelle il se retrouve confronté, malgré lui.

Un récit immersif où la peur et l’angoisse ne nous quitte jamais.

Patrice Gain a l’art et la manière pour instaurer un climat terrifiant, pour rendre ses personnages attachants et nous offrir une histoire poignante dans un décor grandiose qui réserve des rencontres surprenantes, le tout sublimé par une écriture soignée, ciselée à la perfection.

Un livre dédié aux lecteurs amoureux du noir et des grands espaces, qui ne seront pas contre un voyage livresque aux nombreuses qualités.

Coup de foudre de cette rentrée littéraire. Un roman qui rejoint ceux que l’on oublie pas.

Patrice Gain est né à Nantes en 1961. Professionnel de la montagne, ingénieur en environnement, les territoires d’altitude et les grands espaces l’attirent depuis toujours. Il est déjà l’auteur de deux romans aux éditions Le mot et le reste : La Naufragée du lac des Dents Blanches (Prix du pays du Mont-Blanc et Prix « Récit de l’Ailleurs » des lycéens de Saint-Pierre et Miquelon) et Denali.

Je remercie l’auteur pour sa délicate attention et les Éditions Le Mot et Le Reste pour ce voyage aussi redoutable que merveilleux en Alaska.

“ Le miel du lion ”

Le miel du lion de Matthew Neill Null aux éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Bruno Boudard

Helena était un coin fiché dans une entaille perdue des montagnes septentrionales de Virginie-Occidentale. Un lieu constamment battu par les tempêtes, balayé par les vents, accablé par le soleil, fouetté par la grêle, enseveli sous la neige. (…) Une région rude, à laquelle les gens n’avaient jamais vraiment réussi à s’acclimater aux gens. ”

En 1904, en Virginie dans les Appalaches, les bûcherons que l’on surnomme : ” Les Loups de la forêt “, sont amenés par le train à Helena. Ils viennent dans cette ville afin de se reposer et prendre un peu de bon temps. Helena dépend entièrement de l’exploitation forestière.

À présent, c’était un lieu peuplé de gens de passage. Une dizaine venaient travailler toute la journée, une dizaine repartaient le lendemain – ce depuis que la voie ferrée était apparue pour emporter ailleurs bois et charbon. Le pays se fardait de boutiques, de tavernes et de bordels, telle une fille impudique qui essaie de se maquiller. “

Des milliers d’hectares de forêt détruits au profit d’une compagnie industrielle.

Dans un râle métallique, l’arbre vrilla et s’effondra – à la fois vite et comme au ralenti, dans une bruine de mélasse, ainsi qu’ils le font tous. Il fendit la forêt à la façon d’une lame ; le paysage tressauta et se brouilla sous le choc. Craquement de branches, éruption d’oiseaux. Comme le marteau de la justice qui s’abat sur le monde. “

Tous ces bûcherons venus des quatre coins du monde dans l’espoir d’une vie meilleure se retrouvent face à des conditions de travail pénibles et dangereuses. La dureté de leur quotidien, les amène à organiser clandestinement un syndicat. Une grève se prépare et pour certains c’est l’heure de faire des choix.

 » Un jour, un gars a oublié de crier : ” Attention ! “ et j’en ai vu un rouler sur quatre ritals. On n’aurait même pas rempli un seau avec ce qui restait d’eux. Ils les ont enterrés tous les quatre dans la même boîte et ce maudit arbre a été transformé en mille journaux. Des messieurs comme il faut les lisent en buvant leur café du matin, puis se torchent le trou du cul avec et les jettent dans leurs cabinets. Ces gens-là ont pas la moindre idée de ce qui s’est passé et il veulent pas le savoir. Surtout pas ! “

Ce que j’en dis :

Dès que se présente un nouveau roman dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, je fonce, curieuse et à la fois certaine de passer un moment particulier.

À travers une formidable galerie de personnages, l’auteur nous fait découvrir l’univers difficile des « Loups de la forêt », mais également l’impact désastreux sur l’environnement face à la déforestation intensive. Il nous offre un regard sur une société confrontée à la lutte des classes sociales, au racisme, au préjugé, à la cupidité, à la violence et à la misère. Une histoire du passé qui résonne étrangement dans le présent tant les thèmes abordés sont toujours d’actualité.

Une lecture qui demande une attention particulière, à la fois pour sa richesse d’informations foisonnantes mais surtout pour profiter de la plume lyrique et puissante de l’auteur.

Un roman noir, touchant, féroce et plein d’humanité qui révèle une nouvelle plume américaine absolument magnifique.

Un premier roman vraiment formidable, que je vous encourage à savourer.

Matthew Neill Null est un écrivain américain originaire de Virginie-Occidentale. Il a étudié le Creative Writing à l’Iowa Writers’ Workshop et ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs anthologies, dont la Pen/O. Henry Prize Stories. Le miel du lion, son premier roman, l’a imposé comme une nouvelle voix des plus prometteuses dans le paysage littéraire américain. Il est aussi l’auteur d’un recueil de nouvelles, Allegheny Front, qui paraîtra prochainement en français chez Albin Michel.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette lecture passionnante.