“ La route sauvage ”

La route sauvage de Willy Vlautin aux éditions Albin Michel

Traduit de l’ américain par Luc Baranger

Vers une heure du matin mon père est rentré. Il a allumé la radio dans la cuisine et j’ai entendu du bruit comme s’il se préparait quelque chose à manger. Je me suis assoupi et quand je me suis réveillé, on cognait à la porte en hurlant. À la seconde où j’ai ouvert les yeux. J’ai su que quelque chose n’allait pas. Je l’ai très bien senti. Il ne m’a fallu qu’un instant pour que la trouille m’envahisse. “

Charley, vient d’emménager à Portland dans l’Oregon avec son père. À peine installés, les ennuis commencent. Avec un père aussi insouciant, il ne peut en être autrement, et c’est Charley qui va trinquer.

C’est au champ de course du coin qu’il va trouver refuge. C’est là qu’il rencontrera Del.

” À ce moment-là, j’aurais mieux fait de me tirer mais j’étais fauché. “

Del est un homme antipathique, grincheux, radin et toujours d’humeur massacrante. Il exploite Charley aussi durement qu’il maltraite ses chevaux.

” – Quand Del est fauché, il a tendance à faire courir ses chevaux chaque semaine ou toutes les deux semaines. (…) Del mène la vie dure à ses chevaux, c’est une réalité. Mais il n’est pas le seul. Un conseil, ne t’attache pas à un cheval. Un cheval, c’est pas comme un chien. S’il ne court pas, il ne vaut rien. “

Pour sauver Lean On Pete de l’abattoir, il va s’enfuir avec lui vers le Wyoming, et tenter de retrouver sa tante, la seule famille qu’il lui reste.

À travers cette errance, ils veillent l’un sur l’autre. Le cheval devient le confident de l’adolescent, et une belle relation les unit . À se demander qui de l’animal ou du jeune homme sauvera l’autre.

Ce périple ne sera pas de tout repos, Charley va découvrir les laissés-pour-compte de l’Amérique profonde, leurs rêves fêlés et les destins malmenés. En un seul été, il vivra plus d’aventures que bien des hommes au cours de toute une vie.

J’ai continué à courir et à courir encore, jusqu’à l’épuisement. Je ne voulais plus penser à ce genre de choses. J’ai dû lutté longtemps. Ça prend toujours beaucoup de temps de combattre des pensées, mais à chaque fois on finit par gagner. “

J’ai découvert la plume de Willy Vlautin pour la première fois via Cheyenne en automne, aux éditions 13éme note paru en 2012. Une maison d’éditions qui a malheureusement disparu. Grâce aux éditions Albin Michel, nous avons la chance de retrouver ce roman sous le titre La route sauvage, revu et corrigé par un des précédents traducteurs, Luc Baranger.

Je retrouve avec plaisir cette plume épurée et incisive. Un fabuleux roman d’apprentissage qui pose un regard juste sur la solitude d’un adolescent. Un garçon sensible et tellement attachant. Avec une infinie délicatesse, inspiré de sa propre histoire, l’auteur nous offre une douce balade mélancolique, un récit à fleur de peau à la fois tragique et touchant. L’histoire d’une jeunesse foudroyée.

Willy Vlautin célèbre l’Amérique des grands espaces, les marginaux qui donnent à ses romans une résonance universelle.

J’ai hâte de le retrouver pour d’autres récits et j’espère cette fois ne pas rater son univers musical si l’occasion se représente, à Vincennes peut-être ?

En attendant je vous invite à lire ce roman initiatique bouleversant.

La route sauvage a été adapté à l’écran par le réalisateur britannique Andrew Haigh, il est en salle actuellement.

Willy Vlautin a grandi à Reno dans le Nevada. Il habite à Scappoose en Oregon. Ses deux premiers romans Motel life (2006) et Plein nord (2010) ont été publié chez Albin Michel. Suivi Cheyenne en automne (Lean on Pete en VO) (en 2012 chez 13 éme note) et Ballade pour Leroy (2016 chez Albin Michel) puis la réédition de La route sauvage (2018 chez Albin Michel) Il est aussi auteur-compositeur et chanteur depuis 1994 au sein du groupe Richmond Fontaine. C’est un fan inconditionnel des courses de chevaux.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette ballade au cœur de l’Amérique en si belle compagnie.

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Braconniers

Braconniers de Tom Franklin aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par François Lasquin

“ Désormais, quand je reviens ici, à Dickinson, je n’y suis plus vraiment chez moi. Après tout, j’ai quitté cet endroit, j’ai fait des études, il ne reste pas grand-chose de mon accent traînant, j’ai même épousé Une Yankee. Et lorsque j’y reviens, comme c’est le cas à présent, pour y chasser des détails qui enrichiront mes récits, j’ai l’impression de braconner sur des terres qui ne m’appartiennent plus. Mais j’ai toujours besoin de mon Alabama à moi, de le révéler tel qu’il est, vert, luxuriant, mortifère. Alors j’y reviens, avec le langage que j’ai acquis. Je retourne à ces lieux où la vie s’éteint à petit feu, et j’y braconne des histoires. ”

S’imaginer au coin d’un feu de cheminée dans une cabane de trappeurs et écouter ces nouvelles braconnées en Alabama, loin des lieux touristiques par un conteur, capable de plonger dans ses souvenirs pour nous offrir des histoires authentiques.

Le sud profond de cette région, un cadre parfait pour cette atmosphère sombre et violente, où l’on devient un homme après son baptême de chasse, si l’on a fait couler le sang.

 » Ce soir- là, assis sur mon flanc de colline, j’étais un homme, qui avait déjà versé le sang et ne demandait qu’à en verser encore.  »

Tel un braconnier, l’auteur vole ces fragments de vies à ces gens au plus profond de leur intimité, en passant par leurs secrets bien enfouis, leurs rêves inaboutis, inavouables, ravagés parfois par la drogue et l’alcool et subissant une pauvreté pas toujours méritée.

 » La pauvreté, je vais vous dire ce que c’est. C’est quand on se fait plaquer par sa femme parce qu’on n’a pas été foutu de dégoter un boulot vu que du boulot y’en a nulle part.  »

Entre ces lignes circulent des armes à feu, de la violence, des âmes perdues, des corps blessés en mal d’amour, des chasseurs, des pêcheurs, des animaux, des glandeurs, des ivrognes, des vivants, des morts, des pacifistes et des criminels. Tous ont une histoire, leur histoire, même si elles finissent mal en général.

 » (…) redoutant – tout en l’espérant du fond du cœur.  »

En digne chasseur, Tom Franklin traque et reste à l’affût du moindre détail qui enrichit sa prose et la rends admirable. Une plume puissante qui fait rêver.

«  Ça serait facile d’oublier tout ce qu’on sait de la vie en contrebas, de s’imaginer qu’on est au fond de quelque abysse marin, un gouffre où des silhouettes noires se meuvent entre les colonnes, où des bancs de créatures indécises flottent comme des nuages.  »

Et finir en beauté, avec cette nouvelle «  braconniers  » qui à elle seule est un petit diamant noir. Une histoire tragique qui a obtenu une multitude de prix aux USA, et dont on rêve qu’elle grandisse et devienne un roman.

Des braconniers dont il faut pourtant se méfier…

 » Ils ont besoin que d’une chose, c’est qu’on leur foute la paix. Dans la forêt, ils sont chez eux. Les gens devraient savoir qu’il faut pas venir leur chercher d’emmerdes.  »

Déjà conquise par son magnifique roman Dans la colère du fleuve, co-écrit avec sa femme, Beth Ann Fennelly, une histoire passionnante de bootleggers, j’ai été ravie de retrouver la plume talentueuse de Tom Franklin. Un auteur qui rejoint mon palmarès des grands noms de la littérature américaine, et qui me donne envie de poursuivre ma traque en terres d’Amérique à travers cette prodigieuse collection des éditions Albin Michel.

Si ça ce n’est pas de bonnes nouvelles !

Tom Franklin est élevé dans la région rurale de Clarke County, au sud-ouest de l’Alabama, non loin du cadre où se dérouleront la plupart de ses romans. Il s’inscrit à l’Université de l’Alabama à Huntsville, puis à l’Université de l’Arkansas.

Sa carrière littéraire, influencée par les œuvres sudistes de Cormac McCarthy et Flannery O’Connor, s’amorce avec la publication en 1999 de Braconniers (Poachers), un recueil de nouvelles.

En 2001, il obtient une bourse Guggenheim.

Son premier roman, paru en 2003, La Culasse de l’enfer (Hell at the Breech), dont le récit est fondé sur des faits historiques, se déroule en 1890 quand Macy Burke, un adolescent blanc miséreux, tire accidentellement sur le riche commerçant Arch Bedsole.

Tom Franklin obtient le Los Angeles Times Book Prize, dans la catégorie romans policier/thriller, en 2010 et le Gold Dagger Award en 2011 pour Le Retour de Silas Jones (Crooked Letter, Crooked Letter) qui raconte l’amitié entre deux adolescents que la classe sociale et la couleur de la peau devraient séparer, dans le milieu étouffant et tendu d’une petite ville du Mississippi des années 70.

Il est le mari de la poétesse Beth Ann Fennelly avec qui il écrit et publie, en 2013, Dans la colère du fleuve (The Tilted World), roman qui a pour toile de fond la crue du Mississippi de 1927.

Tom Franklin est professeur à l’université du Mississippi.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ces bonnes nouvelles d’Amérique.

“ L’oiseau, le goudron et l’extase ”

L’oiseau, le goudron et l’extase d’ Alexander Maksik aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Sarah Tardy

“ Et puis un jour,comme ça, soudain, elle est entrée en moi. S’est posée. Une chose lourde comme du plomb, dont la forme et les contours varient constamment, aussi bien dans ses représentations passées que présentes. (…) Et puis quel que soit son nom, cette chose s’est emparée de moi : une sensation écœurante, paralysante, de poids terrible. Je ne sais pas comment appeler ça. Je n’ai jamais su. (…) Elle m’a fait tomber le livre des mains. Elle m’a fait fermer les yeux et c’est alors que là, dans le noir, j’ai vu s’infiltrer dans mon corps un épais goudron. ”

À travers cette attaque aussi surprenante qu’inattendue, la vie de Joseph sera à jamais vécue au bord d’un précipice. Et lorsqu’un été, sa mère va commettre l’indicible alors qu’il découvrait la passion amoureuse, sa vie sera pour toujours entachée de désespoir.

« Aujourd’hui encore, j’entends des sons que seuls ma mère et ces enfants ont pu entendre. Et peut-être, Strauss lui-même. Les deux clics métalliques des ceintures. Ses chaussures sur l’asphalte. Le métal dur qui entre en contact avec le crâne. J’ai fait des tests sur des os. Je me suis frappé l’arrière de la tête avec un marteau. J’ai essayé de savoir. Depuis presque vingt ans, j’entends ces bruits. Du métal qui casse l’os. « 

Sa mère finira derrière les barreaux, et pourtant c’est Joe qui est emprisonné dans sa vie malgré tout l’amour qui le lie à Tess, tout comme son père.

 » Être près d’elle me rendait heureux. C’est aussi simple que ça. Avec elle j’avais presque l’impression d’être trop stable. Peut-être était-elle mon antidote. Peut-être avais-je guéri de cette chose étrange qui vivait en moi quelle qu’elle soit. »

À travers ce roman bouleversant, on voyage tantôt dans le passé et tantôt dans le présent. Joseph se livre, se délivre du poids qui encombre sa vie entre amour et tragédie. C’est l’histoire d’un homme torturée par une douleur qui l’étouffe, le tétanise mais que la beauté de l’amour libère.

«  Écoute, j’essaie de survivre. »

« Peu importe la façon dont tu vis, il y a toujours des victimes. « 

En virtuose, Alexander Maksik entraîne le lecteur dans une tragédie contemporaine et aborde de nombreux thèmes tels que les violences conjugales, les traumatismes familiaux, la folie, l’univers carcéral féminin, la vengeance, le désespoir, la douleur des hommes, mais aussi l’amour, la liberté, la fidélité au cœur de la nature omniprésente. Une plume pleine de rage, écorchée qui te touche en plein cœur et au lyrisme qui te charme et t’enchante.

Un roman magnifique aussi mystérieux que douloureux, une écriture puissante aussi déchirante que délicate.

 » Les phrases des autres nous racontent tellement mieux.  »

Gros coup de cœur ❤️

Alexander Maksik vit à Hawaï. Il est diplômé de l’Iowa Writers’s Workshop et a été publié dans Harper’s, Tin House, Harvard Review et The New York Times Magazine. Indigne (Rivages, 2013), traduit en plus de douze langues est son premier roman, puis en 2014 Belfond publie La Mesure de la dérive, son deuxième roman traduit en français. Il fut finaliste du prix du Meilleur Livre étranger et traduit en une dizaine de langues. Sélectionné parmi les dix meilleurs livres de l’année du Guardian et du San Francisco Chronicle, L’oiseau, le goudron et l’extase est son troisième roman à paraître en France.

Avec la romancière Colombe Schneck il est co- directeur artistique d’une résidence d’écrivains, la Can Cab Literary Residence en Catalogne (Espagne).

Je remercie les éditions Belfond pour cette sublime lecture.

“ Midwinter ”

Mindwinter de Fiona Melrose au Éditions La Table Ronde

Traduit de l’anglais par Édith Soonckindt

 » J’étais là à éprouver le genre de tristesse qui se coince dans la gorge. Je ne pleurais pas et je n’avais toujours pas bougé de là où j’étais. (…) S’il me cherchait dans la nuit, je reviendrais lui dire qu’on oubliait tout, que je ne l’accusais de rien. Je voulais lui expliquer que Ma me manquait à moi aussi. « 

Landyn Midwinter et Vale son fils, sont agriculteurs dans le Suffolk. Ce sont des hommes du terroir. En ces temps difficiles, où ils doivent déjà faire face à la concurrence des grandes entreprises pour garder leur ferme, ils mènent un combat familial face à un drame survenu dans le passé.

«  Cette sensation maladive qui précède le moment d’ouvrir une porte et de voir ce qu’on ne peut plus esquiver, je l’avais déjà éprouvée, je l’avais déjà connue. ”

Vale avait dix ans quand il fut privé de sa mère à jamais. À l’époque ils étaient en Zambie où son père avait déjà tenté de sauver l’entreprise familiale.

“ Un arbre fort peut subir une mauvaise gelée ou perdre une branche entière dans une tempête, ce sont les racines qui le maintiennent droit. C’était le cas de Vale. ”

Lors d’un hiver particulièrement rigoureux, les douleurs de Landyn et Vale, se réveillent et mettent en péril l’équilibre familial déjà très malmené.

Vale se perd dans son désespoir tandis que son père se réfugie auprès de sa terre et de ses bêtes.

« Je sais pas quoi faire.

– Tu trouveras. Ouvre l’œil.

– Pourquoi ?

– Tu le sauras. Tu le sauras dans ton cœur.

– L’autre soir j’ai cru que ça pouvait bien être elle qui m’avait aider à trouver le rivage.

– J’en doute pas. Pas une seule seconde. Elle veille sans cesse sur nous tellement on est bon à rien. »

Chacun se raccroche à ce qu’il peut, rongé par la culpabilité et essaye de réparer ses erreurs.

“ (…) j’ai vu à travers la pluie, un grand panache roux bordé de blanc filer vers les buissons. Ma renarde. Elle était là. ”

Il affronte enfin le souvenir qui les hante, et mettent à l’épreuve le fragile tissu de leur relation.

 » Ce jour-là, ce vieil arbre m’a encouragé. Il était porteur d’une histoire et d’une guérison. Il y en avait un qui lui ressemblait dans notre ferme à Kabwe, un arbre du coin, je n’ai jamais su son nom mais je connaissais son cœur. Il y a comme ça des arbres qui vous offrent leur ombre un jour de grande chaleur. Et qui vous laissent vous asseoir très près avec tout votre être. ”

À travers ce roman sombre illuminé par une sublime plume lyrique, Fiona Melrose nous offre un premier roman absolument réussi.

Situé entre le Suffolk et la Zambie ce récit nous est conté en alternance par Vale et son père Landyn, deux hommes hantés par des souvenirs tragiques. Deux hommes qui se livrent et se délivrent chacun à sa manière à travers un va- et-vient temporel et géographique admirablement bien construit.

Une histoire d’hommes qui ont la rage de vivre, malgré tous les obstacles qui parsèment leurs vies.

Un roman naturaliste tout en poésie, qui dépeint à merveille la fragilité des relations, traite de la culpabilité qui ronge les cœurs, tout en gardant une lueur d’espoir.

Un roman sensible, qui réunit les hommes et les bêtes pour mieux les réconcilier et les aider à combattre leur chagrin. On rêve, on pleure, on espère, on s’émerveille à travers ce récit magistral plein d’humanité.

Un premier roman de toute beauté , une magnifique découverte, un voyage livresque enchanteur.

Née à Johannesburg, Fiona Melrose a eu plusieurs carrières, notamment dans l’analyse politique pour des ONG et le secteur privé. Elle a vécu à Londres et dans le Suffolk et continue de vivre entre l’Afrique du Sud et l’Angleterre. Mindwinter a été sélectionné pour le Baileys Women’s Prize for Fiction 2017. Johannesburg, son deuxième roman, vient de paraître en Angleterre.

Je remercie Anne-Lucie et les Éditions de la Table Ronde pour ce roman aussi touchant qu’époustouflant.

 » Courir au clair de lune avec un chien volé  » 

Courir au clair de lune avec un chien volé de Callan Wink aux Éditions Albin Michel 

Traduit de l’américain par Michel Lederer


 » Je me suis glissé dans cette bouteille de whiskey et j’y suis resté. 

(…) Je n’avais encore jamais pensé ainsi au whiskey, mais c’est bien ce qu’on recherche – être suspendu dans cet éclat ambré. Ce qu’on recherche sans toujours y parvenir, parce que ce matin je n’en trouve pas le chemin.  » 

Rien de tel qu’un recueil de nouvelles pour révéler le talent d’un jeune écrivain. Dans l’Ouest américain, un décor grandiose où ses nouvelles prennent vie. Des lieux que l’auteur connait bien, et qu’il partage avec nous au travers de ses neuf nouvelles. Il nous fait découvrir à sa manière son univers via des histoires aussi sauvages que les grands espaces d’où se dégagent avec sincérité, de la mélancolie, de l’amour, un grand appétit de vivre et un élan de liberté.

 » J’ai plongé mes yeux dans les siens, et ce que j’y avais vu pendant des mois – de la colère, de la tristesse, de la sollicitude – avait disparu. Elle a simplement regardé à travers moi, dans un avenir où je n’existais pas. « 


Des nouvelles qui ont autant de corps qu’un bon shot de whisky, rudes, brûlantes, qui t’ennivrent et te bouleversent.

 » Ainsi les gens nous étonnent. Ils sont capable de se mentir les uns aux autres, comme la fait mon frère avec moi, et comme je lui ai menti ce soir de septembre, à Panther Creek. Or il apparaît désormais que ces deux mensonges ne pouvaient qu’aboutir à une impondérable vérité. « 

Il dépeint la fragilité de l’existence, de l’amour, du temps qui passe. Une fenêtre ouverte sur l’Amérique, terre des indiens auxquels il n’oublie pas de rendre hommage.

 

 » Trois événements, chacun à dix ans d’intervalle,  s’entremêlent. Coïncidence, ou avantage – le sang relié par le sang. « 

Des personnages tiraillés par le poids des responsabilités et qui rêvent en secret de liberté.




« C’était étrange, à la réflexion, mais seuls le jeune et le vieux semblent être à même de profiter des occasions offertes par la vie. C’est l’entre-deux qui est une belle vacherie. Le moment où on comprend pour la première fois qu’on ne peut pas faire, ni être tout ce qu’on désire être, mais où on s’accroche encore à l’espoir qu’en faisant les bons choix, tout finira par s’arranger.  » 

Ci-dessus un magnifique extrait qui fait penser aux moments que Callan Wink partageait avec Jim Harrison à travers de belles parties de pêche au cours des dernières années. Des moments rares, précieux, de beaux échanges dans le sud-ouest du Montana sur la Yellowstone River. Callan Wink a grandi dans le Michigan à moins d’une demi-heure de la ferme familiale des Harrison. Ils se rencontrèrent grâce à un ami commun, Dan Lahren, un guide de pêche réputé à Linvingston.

Et où qu’il soit désormais, Big Jim doit veiller sur ce jeune poulain fougueux et doué pour l’écriture.

J’espère sincèrement retrouver cette nouvelle plume drôle, âpre, vibrante d’intelligence et d’humanité qui mérite toute l’attention des lecteurs amoureux de la collection Terres D’Amérique. Une belle découverte que l’on doit à Francis Geffard.

Callan Wink est né dans le Michigan et vit aujourd’hui à Livingstone, dans le Montana. Il est écrivain et guide de pêche à la ligne sur Yellowstone River dans sa région. Il a fait sensation en 2011 en étant le plus jeune auteur à publier une nouvelle dans le New Yorker. D’autres textes y ont été publiés par la suite, ainsi que dans la revue britannique Granta et dans plusieurs anthologies. 

Son premier livre , Courir au clair de lune avec un chien volé, a été vendu aux enchères aux États-Unis, où il a reçu un accueil critique unanime, et les droits ont été cédés dans de nombreux pays. 


Je remercie les éditions Albin Michel pour cette découverte tonitruante. 

 » Denali « 

Denali de Patrice Gain aux Éditions Le mot et le reste 


« Jack avait raccroché. L’espace autour de moi s’était démesurément agrandi. Il était sans limite. Seul. Rien autour, rien à l’horizon et rien à attendre. Seul. Abominablement. La crainte d’un enfant abandonnique qui prend corps. J’aurais aimé pleurer. J’avais déjà tellement peur que je redoutais plus encore les heures à venir. Alors pleurer, c’était un stade déjà dépassé. J’étais retourné dehors et j’avais noyé mes angoisses dans mon livre. Me concentrer sur le texte. S’y fondre. Si j’avais su que Christopher McCandless devait mourir à la fin, j’aurais sûrement balancé le bouquin. Mais à cet instant, ma solitude avait trouvé un écho et cela m’avait été d’un grand réconfort. « 

Matt Weldon 14 ans vient de perdre son père. Sa mère anéantie par cette disparition s’éffondre et se retrouve placée en hôpital psychiatrique. À cela s’ajoute la fuite de Jack son frère aîné. Il refusait de partir avec lui chez leur grand-mère qui vit toujours dans le Montana, où son père a grandi.


 » Ma mère me manquait. Mon père me manquait. Jack me manquait aussi, mais à cet instant, je le détestais. Il était devenu imprévisible depuis l’internement de notre mère. Il avait agi en lui comme un électrochoc. Pas de ceux qui vous ramènent vers la réalité des choses et des sentiments. Non, de ceux qui vous enfoncent dans un tourment acide et violent, qui vous isole du monde.  » 


Il arrive chez sa grand-mère avec  » un passé douloureux et un futur incertain ». Livré à lui-même, il y découvre l’autre vie de son père, celle qu’ils n’avaient pas connue, ni lui ni Jack, et ce ne sera pas sans surprise. 

« Appréhender la douleur avant la mort c’est souffrir deux fois. Une fois par l’esprit et l’autre par la chair. Je voulais vivre et si possible qu’avec de rares et fugaces tourments. Gommer les derniers mois, les dernières heures et redessiner les jours heureux.  » 




Poursuivit par la malchance, sa quête interrompue par le retour innopiné de son frère habité par la rage, il sera confronté à une violence qui le mènera à commettre l’irréparable.

 » Ce serait rassurant, déculpabilisant, de pouvoir justifier chacun de nos actes par des influences passées, des éléments malveillants dont on n’a même pas idée, tapis au fond de notre subconscient et s’affranchir ainsi des plus sombres. » 

Denali

Denali est un roman noir nature-writing envoûtant aussi magnifique que les romans de Ron Rash ou David Vann pour ne citer qu’eux. Et pourtant Patrice Gain est une plume française.

Et quelle plume ! Si belle que je n’ai pas cessé de noircir mon carnet de toutes les belles citations que l’auteur nous offre dans ce roman.



 » Seul le présent compte… Quand on ne sait pas profiter de la vie aujourd’hui, il ne faut pas s’attendre à le faire demain.  » 

Dés le départ j’ai senti un attachement féroce pout Matt, confronté si jeune à tant de douleur. Impossible de lacher ce récit chargé de rage, de colère, de fureur mais aussi d’amour, de fraternité, d’amitié, où seule la communion avec la nature apportera un peu de plénitude et permettra aux  lecteurs un peu de répit dans la folie des hommes.

Un roman nerveux, puissant, vibrant, une écriture aussi belle que les paysages du Montana et qui dégage à elle seule une montagne d’émotions. Un formidable voyage dans les grands espaces américains en compagnie d’un jeune garçon en quête de réponse.

 » Un petit bonheur pour habiller une tranche de vie, pour exalter le présent.  » 

Immense coup de cœur.


Patrice Gain est né à Nantes en 1961 et habite un chalet dans la vallée du Giffre, en Haute-Savoie. Professionnel de la montagne, ingénieur en environnement, les territoires d’altitudes et les grands espaces l’attirent depuis toujours. Des voyages pour voir plus large. Du blues pour écrire, comme une béquille. Son précédent roman  » La naufragée du lac des dents blanches  » également aux Éditions Le mot et le reste vient de recevoir ( août 2027) le grand prix du pays du Mont-blanc. 



Un auteur à suivre absolument.
 

 

 » Le cœur sauvage « 

Le cœur sauvage de Robin Macarthur aux Éditions Albin Michel

Collection Terres D’Amérique


 » La longue route conduit vers la joie. « 

Comme j’aimerais me retrouver en Amérique sur la route 100 dans le fin fond du Vermont, vers Silver Creek, et connaître la suite de ces fragments de vie croisés au détour de ces Nouvelles à l’atmosphère si particulière.

 » Il se passe quoi, avec les champs ? Cette façon qu’ils ont de rendre possibles toutes les directions. D’ouvrir des perspectives aux maisons, aux terrasses, aux voix. Cette façon dont le mot même – « champ » – te donne l’impression d’être à la fois domestiquée et sauvage, mi-loup mi-humain, capable de t’avancer vers cette terrasse avec sa fumée et ses rires, ou bien vers les bois, où tu pourrais tranquillement, sans bruit, commencer à marcher. « 


Je pourrais avoir des nouvelles d’Ange, retrouver Sally au coeur de la forêt, regarder Katie prendre son envol , partager une bière avec Pete et l’écouter me conter les souvenirs de ses amours perdus . Puis monter avec Annie et Clare dans leur Karmann Ghia et foncer sur leur route imaginaire créée par leurs rêves d’adolescentes rebelles à l’heure des premières fois .Puis je m’arrêterais à la ferme de Cora et je goûterais une tartine de pain beurrée en compagnie de Kevin son petit- fils en caressant Tony son chat. Plus tard je passerais prendre Vale à sa caravane derrière chez sa grand – tante pour faire un tour à Marlboro, histoire d’y étrenner ses bottes de cow-boy la clope au bec, puis au retour tard dans la nuit, on attendrait Jimmy en écoutant hululer la chouette rayée.

« La chouette rayée Hulule à nouveau, et son cri vient mourrir entre mes jambes. Je me demande si Hazel l’entend là-haut sur la colline – Hazel qui m’a un jour raconté que les chouettes annoncent la mort de quelque-chose de vieux et le début de quelque-chose de neuf… »

Le lendemain j’irais à la rencontre de cet homme de retour dans la maison familiale dont il est le nouveau propriétaire. Je l’écouterais me conter ses souvenirs tellement chargés de regrets qu’ils l’empêchent d’aimer vraiment.

 » Et je leur envie leur liberté, à elle comme à eux, tout en me demandant qui je serais, et ce que je penserais du monde, si je n’étais pas d’ici. Je me demande également si cette liberté me rendrait plus jovial, plus insouciant, plus à même d’aimer.
Mais qui en a quoi que ce soit à foutre ? Je regarde ces deux malheureux rouges-gorges qui tentent de copuler, et je me dis qu’à tout prendre, je choisirais cet attachement, tout comme je choisirais d’aimer malgré les souffrances causées par l’amour. Et c’est lorsque j’ai ce genre de pensées – la plupart du temps, cela m’arrive loin de chez moi, après plusieurs verres de Malbec argentin ou de bourbon haut de gamme – que je suis victime des mensonges de la nostalgie, qu’ils s’insinuent au plus profond de moi et baignent mes souvenirs de cet endroit dans une jolie lumière gris perle. « 


 

En repartant je m’arrêterais au mobile- home d’Apple qui attend patiemment le retour de son fils Sparrow qui s’est engagé chez les marines. Mon voyage toucherait à sa fin , j’aurais eu encore la chance de croiser deux tourtereaux qui s’aimèrent pour le meilleur et pour le pire jusqu’à la mort et même au-delà. Ma route s’achéverait avec Joan et Hannah mère et fille à nouveau réuni pour s’aimer encore un peu avant le grand départ …

 » Il y a deux mondes auquels je n’appartiendrai jamais. Chez moi et ailleurs. »

J’ai pourtant l’impression de l’avoir fait ce voyage, de les avoir croisé ces taiseux, sauvages et énigmatiques. L’impression de les avoir entendu ces coyotes hurler sur la ligne de crête assise sur l’une de ces terrasses, une bière bien fraîche à la main en regardant le soleil se coucher derrière Whiskey Mountain. Cette Amérique que j’aime, où les cœurs sauvages battent à l’unisson, où les lucioles brillent de mille feux, après le coucher du soleil capturé par la terre et libéré chaque matin pour une nouvelle journée pleine d’espoir. Une balade chez les culs-terreux à Plouc-City dans l’Amérique profonde, loin des paillettes et des strass.

En effet, je l’ai fait ce voyage, à travers ce magnifique recueil de nouvelles qui les unes après les autres donnent naissance à un sublime roman. Un véritable chant d’Amour où bat « Le cœur sauvage » des âmes américaines. Un sentiment profond d’émerveillement m’a envahi et c’est avec regret que je referme ce livre en espérant retrouver très vite la plume de Robin Macarthur avec d’aussi excellentes nouvelles ou pourquoi pas un beau roman, une belle histoire.

Une nouvelle étoile Américaine, une nouvelle voix, un énorme coup de cœur.


Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui. Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires au cours des dernières années.

Je remercie Ophélie et les Éditions Albin Michel pour ce merveilleux voyage en Terres d’Amérique.

« Dans la forêt « 

Dans la forêt de Jean Hegland aux Éditions Gallmeister

 » Ces jours-ci, nos corps portent nos chagrins comme s’ils ètaient des bols remplis d’eau à ras bord. Nous devons être vigilants tout le temps ; au moindre sursaut ou mouvement inattendu, l’eau se renverse et se renverse et se renverse. »

Petit à petit le monde s’est mis à changer. L’électricité ne fonctionne plus, l’essence s’est raréfiée, le réseau téléphonique s’est éteint. Aucun véhicule roulant ou volant ne circule plus. Et quand tu vis à cinquante kilomètres de la ville la plus proche, l’isolement que ce père de famille a choisi au départ devient vite un problème quand l’essence déclare forfait. Difficile de garder contact avec la civilisation restante. La Dernière excursion en ville les laissera abasourdie. Avec quelques denrées épargnées ils retrouveront leur foyer dans la forêt et démmareront leur survie.

Nell et Eva , sont les deux filles de ce couple , dix sept ans pour l’une et dix huit ans pour l’autre .Très  proche l’une de l’autre même si la passion d’Eva pour la danse l’éloigne un peu de Nell.

Sous la forme d’un journal intime, Nell va nous conter leur histoire, un huis-clos en plein cœur de la forêt.

« Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non pas parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme Et les feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuance de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère. »

Rien ne leur sera épargné, elles vont acquérir en peu de temps par la force des choses une grande maturité. Elles vont découvrir en elle une force qu’elles ne soupçonnaient même pas , même si certains jours seront beaucoup plus durs que d’autres.

La forêt, mère nature déjà là avant l’arrivée du premier homme continuera à nourrir et protéger ces deux âmes livrées à elle-même.

Jean Hegland nous offre un magnifique roman apocalyptique, à l’esprit nature writing énormément chargé d’émotion à chaque page. La qualité de la narration est excellente et te bouleverse constamment. Le parcours de ces deux sœurs est remarquable. Chaque jour de plus est une  victoire vers le nouveau monde. Eva danse et Nell écrit , chacune aidé par sa passion dans sa survie.

Dans la forêt est un roman splendide, bouleversant, qui résonne en nous pendant longtemps. Une belle leçon de vie , de courage, un parcours exemplaire de deux jeunes  femmes qui luttent et gardent espoir avec tout l’amour fraternel qui les unit à tout jamais.
C’est beau, c’est puissant, c’est bouleversant, c’est plein d’amour et d’espoir , ça se passe  » Dans la forêt «  Et c’est un beau trésor de la littérature américaine à lire absolument.

Je remercie Marie Musy libraire en Suisse pour ce magnifique cadeau, Jean Hegland pour sa dédicace qui accompagne son splendide roman et les Editions Gallmeister qui nous permettent de lire ce roman écrit il y a 20 ans. Une maison d’édition qui ne cesse de nous offrir pour notre plus grand plaisir des pépites de la littérature américaine. Un pur bonheur.

Jean Hegland est née dans l’état de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur et se lance dans l’écriture. Son premier roman, Dans la forêt, paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au milieu des forêts de Caroline du Nord Et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

Dans la forêt, un roman inoubliable.

« Les animaux « 

Les animaux de Christian Kiefer aux Éditions Albin Michel



« Les lois que les hommes instauraient pour gouverner leurs vies n’étaient que des conjectures, propres à justifier le but qu’ils donnaient à leur existence. L’armoise et l’herbe de pauvreté. L’écureuil et l’antilope. Le grizlzli, le loup, le raton laveur. Tous destinés à remplir une certaine fonction. Mais l’univers dissimulait ses rouages, et l’homme ne tirant rien de ce grand vide, était forcé de créer dans le secret obscur de son cœur, les règles capables de diriger sa vie. Les nuages n’étaient qu’un amas de formes indistinctes, dénuées de signification et de finalité. La fonction – il n’y avait que cela. Et la sienne avait consisté à survive dans le monde qu’il s’était choisi. Il avait réussi : c’était la plus élémentaire de toutes les règles, et quand il se mit à pleurer, ses larmes ne coulaient que pour lui-même. « 



Dans l’Idaho Bill a trouvé refuge auprés d’animaux sauvages dont il s’occupe avec grand soin.Ce refuge lui est cher. On y recueille des animaux sauvages bléssés depuis des années. Il y a retrouvé Majer qu’il connait depuis son enfance . Un lien trés fort et particulier les unit.


Dans cette nature indomptée il mène une vie paisible et s’apprête même à sauter le pas avec la femme qui a su l’apprivoiser. Mais son passé le rattrape, une tempête de neige s’installe dans sa région et dans sa vie. La forêt jadis protectrice se fait de plus en plus menaçante.


 » Pour la première fois de ta vie, tu comprends que les tueurs sont partout. Ici dans la forêt, dans le désert d’où tu es venu – il se peut même que le monde ne soit qu’un vaste champ où l’on donne la mort, et où les chances de s’en sortir sont si minces qu’on ne peut même pas les évaluer. « 



En remontant le cours du passé, l’histoire de Bill se révele et met à jour  des secrets qu’il pensait bien enfouis.
Christian Kieffer nous offre un roman noir de toute beauté, une pépite américaine.


Dés le départ tu t’en doutais, la collection Terre d’Amérique d’Albin Michel te comble de bonheur à chaque parution. Tu ne t’attardes même pas sur la quatrième de couv’, tu sais que ton voyage livresque va être grandiose dans ces contrées d’Amérique qui te font tellement rêver. Et là dés les premières pages tu t’es sentie merveilleusement bien. La plume t’a émerveillée , envoûtée et tu t’es laissée porter par l’histoire page après page avec juste quelques pauses pour savourer pleinement ta lecture.
 » Par moments, tu as l’impression que cette histoire n’est pas la tienne, qu’il s’agit juste des séquences d’un film, et pourtant elle t’appartient bel et bien, dégorgeant de toi avec la force d’un torrent. » 

Tu ne peux qu’être admirative devant le travail colossal de l’auteur pour nous présenter un roman aussi abouti.
Une collision entre le monde humain et le monde animal sublimée par sa plume .
Une quête de rédemption avec pour décor les grands espaces, la nature , l’amour, l’amitié, la famille, les secrets, les mensonges, les trahisons,la vengeance, l’addiction, le jeu, la passion, le passé, le présent sans oublier les animaux, tant de thèmes abordés dans cette histoire nature-writring et avec une telle maîtrise qui font de ce roman un chef-d’œuvre.
Un livre inoubliable qui mérite une place importante dans votre bibliothèque. Je remercie au passage les personnes qui m’ont déjà fait confiance sans avoir lu ma chronique enfin écrite .


Christian Kiefer , un grand auteur, un maître, dignement salué par Richard Ford, Willy Vlautin et T.C.Boyle . Poète et écrivain, il enseigne à Sacramento, en Californie.Une nouvelle voix des plus prometteuses de la littérature américaine contemporaine.
Les animaux, deuxième roman de l’auteur qu’il me tarde déjà de retrouver. Son premier « The Infinite Tides « n’est pas encore publié en France .


Saluons également Marina Boraso pour sa remarquable traduction.
Un coup de foudre pour moi aussi que je vous encourage à découvrir très vite .
Je remercie les éditions Albin Michel pour cette lecture majestueuse.

 » Yaak Valley, Montana « 

Yaak Valley, Montana de Smith Henderson aux Éditions Belfond

« Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque-chose. Mais la plupart d’entre-nous trainent de sacrées casseroles en plus de leurs valises. « 


En 1980 dans le Montana, derrière ce décor somptueux de carte postale se cache un univers bien sombre, celui que l’on cache, celui qui fait honte au pays, les déclassés, là où rôde la pauvreté. C’est là que Pete Snow officie en tant qu’assistant social. Pas besoin de costard pour se rendre où il va, ça ferait tâche chez toutes ces familles décomposées vivant dans la misère, et puis c’est pas son style, avec son look défraichi, limite sdf il se fond dans le décor.
Il mène de front plusieurs batailles avec acharnement. Il y a cette famille détruite par la drogue, et ce garçon qui vit en marginal avec son père dans la forêt. Et pire que tout, sa fille qui est censée être avec sa mère et qui a disparu. Il est lui-même au bord du gouffre mais il continue ses combats et tentera de sauver ces âmes perdues en plus de la sienne.


« Tu as laissé le poison entrer dans tes yeux et à présent, il risque de contaminer ton cœur et tous ceux que tu aimes. Le mal est contagieux. Chaque geste compte, maintenant et pour toujours. »
Cette année, nous sommes vraiment gâtés coté premier roman.

Le Montana
Yaak Valley Montana monte les marches du podium des romans noirs. Nature-writting social qui étincelle, aux personnages cabossés, miséreux, indomptables comme la foudre, des furieux en quête de vérité, en chemin vers la rédemption pour d’autres. Dans cette région sublime se cache l’enfer. Smith Henderson a construit admirablement son récit. Un roman audacieux, sans fausse note mais qui sent bon le blues aux voix rocailleuses. C’est brutal, sombre, puissant, sauvage, dérangeant, captivant. Une écriture dense et intense tel un brasier. Aussi belle que les paysages que l’auteur dépeint, aussi percutante qu’une rencontre avec un ours de cette région, un brin féroce mais inoubliable. Quelle plume! Quelle histoire! Quelle narration!

« Ambiance musicale: Clique ici et régale toi … »

 » Elle est la preuve vivante que le pire est toujours certain. Que le monde n’a pas besoin de permission, qu’il ne cesse de se dépasser lui-même dans l’horreur. »
Smith Henderson a grandi dans le Montana au sein d’une famille de cow-boys et fermiers. Il fût même éducateur spécialisé un temps, avant de se diriger vers la publicité. Une part de lui-même, de ses souvenirs l’aura très certainement inspiré pour quelques lignes authentiques de son roman. Pas étonnant que ça sonne juste, que ça respire la véracité, que ça dégage tant d’émotions.

Smith Henderson
Yaak Valley, Montana est son premier livre qui rejoint mon panthéon Américain au coté de Peter Heller, Cormac McCarthy, Jim Harrisson, Ron Rash, Richard Ford. Les sublimes plumes de l’Amérique profonde.

Il est grandement salué par la critique et a été couronné par le John Creasy Dagger Award Et le Montana Book Award. Il vit désormais à Los Angeles.
Un auteur à suivre et à apprécier à sa juste valeur. Coup de cœur garantie.
Une belle rencontre en vue Samedi au Festival America 2016.
Merci à Brigitte et aux Éditions Belfond pour cette sublime lecture.