“ La neuvième heure ”

La neuvième heure de Alice McDermott aux Éditions La Table Ronde

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Arnaud

” Il avait un problème avec le temps. Ça tombait mal pour un cheminot, même employé de la BRT. Son problème, c’était qu’il aimait refuser le temps. Il se délectait de le refuser. (…) Il n’avait qu’à murmurer. Je n’y vais pas. Rien ne m’y oblige. Bien sûr, il n’était pas toujours nécessaire de refuser la journée entière. Parfois, le simple fait d’avoir une heure ou deux de retard suffisait à lui rappeler que lui, au moins, était libre, que les heures de sa vie – possédait-il un bien plus précieux ? – n’appartenait qu’à lui. “

Jim après un jour de trop à profiter du temps, à paraisser, vient d’être licencié de son emploi au chemin de fer. Ne supportant pas cette situation, il décide de mettre fin à ses jours dans son appartement. Précautionneux, il a envoyé Annie sa femme faire quelques courses, mais il a oublié que le gaz pouvait faire d’horribles dégâts.

Sœur Saint-Sauveur avait pour vocation d’entrer chez les gens qu’elle ne connaissait pas, surtout des malades et des personnes âgées, de pénétrer dans leur foyer et de circuler dans leur appartement comme si elle était chez elle, d’ouvrier les armoires à linge, leur vaisselier ou les tiroirs de leur commode – d’examiner leurs toilettes ou les mouchoirs souillés serrés dans leurs mains –, mais le nombre de ses visites chez des inconnus n’avait pas atténué, au fil des années, son premier réflexe, consistant à rester à l’écart et à détourner les yeux. “

Sœur Saint-Sauveur était passée le soir après le drame, elle prend la relève des pompiers auprès d’Annie la jeune femme enceinte et des voisins sinistrés de ce petit immeuble de Brooklyn. Elle va tenter d’aider Annie, pour que son mari soit enterré dans la concession déjà payée, dans le cimetière catholique, malgré le suicide.

Annie sera très vite embauchée au couvent par Sœur Lucy, où sa fille grandira sous l’œil bienveillant de sœur Illuminata.

Là en bas, Annie le savait, les mots étaient comme des produits de contrebande. Aucune des sœurs, à cette époque, ne parlait de sa vie au couvent, dans ce qu’elles appelaient dédaigneusement le monde. Prononcer ses vœux signifiait laisser tout le reste derrière soi: la jeunesse, la famille et les amis, tout l’amour qui n’était qu’individuel, tout ce qui dans l’existence nécessitait un regard en arrière. La coiffe qu’elles portaient comme des œillères faisait plus que limiter leur vision périphérique. Elle rappelait aux sœurs qu’elles devaient regarder uniquement leur tâche en cours. “

Quand Annie s’octroiera du bon temps sous prétexte de prendre l’air, son enfant élevé au couvent qui aspire à devenir sœur, se verra mise à l’épreuve par Sœur Jeanne qui l’emmènera dans sa tournée auprès des malades.

Chaque sœur de la congrégation possède son histoire et ses secrets, elles sont l’âme de ce quartier. Un endroit et des habitants qu’elles protègent jour après jour, tel le berger, elles veillent sur le troupeau.

« Est-ce que votre mari est gentil avec vous ? » demande-t-elle.

Sœur Lucy dit à Sally qu’un bon mari était une bénédiction – un bon mari qui allait au travail tous les jours, ne dilapidait pas son salaire au bar ou sur les champs de courses, ne battait pas ses enfants et ne traitait pas sa femme en esclave – mais une bénédiction rare à tout le moins.

Ce que j’en dis :

Jamais je n’aurais imaginé être aussi captivé par une histoire de bonnes sœurs.

L’auteure nous invite à partager le quotidien des sœurs de la congrégation de Marie dans une communauté Irlandaise de Brooklyn.

Toujours discrètes et bienveillantes, les sœurs se dévouent entièrement à ce quartier et veillent sur chaque famille dans le besoin.

Parfois drôle et souvent touchante, la plume délicate et minutieuse d’Alice McDermott en véritable orfèvre des mots, nous fait cadeau d’un magnifique bijou.

Un véritable conteuse qui réussit sans se faire prier à embarquer les lecteurs dans une balade irlandaise pleine de charme en compagnie de religieuses phénoménales.

Un joli coup de cœur qui a reçu le Prix Femina étranger 2018.

Pour info :

Alice McDermott est née à Brooklyn en 1953. Ses nouvelles ont notamment été publiées dans le New York Times, le New Yorker et le Washington Post. Elle est l’auteur de huit romans, dont cinq ont paru à Quai Voltaire. Elle vit près de Washington et occupe la chaire de littérature de l’université John Hopkins. Finaliste du Kirkus Prize et du National Book Critics Circle Award, La Neuvième Heure figure en 2017 parmi les meilleurs romans de l’année de la New York Times Book Review, du Wall Street Journal, de Time Magazine et du Washington Post.

Je remercie les éditions de la Table Ronde pour cette divine lecture.

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