“ Je suis un guépard ”

Je suis un guépard de Philippe Hauret aux éditions Jigal

 » Lino se sentit minable de ne pas l’inviter à dormir, mais que dire de plus ? Son appart’ ressemblait à une boîte de conserve usagée et il ne pouvait décemment pas partager son canapé avec une inconnue.

Il referma la porte le plus doucement possible, comme en signe d’excuse. ”

Lino vit seul dans quelques mètres carrés. Ses journées se ressemblent, boulot, appartement, dodo. Une routine plutôt banale. Alors le jour où il rencontre cette fille sur son palier, il a tendance à rêver à un avenir meilleur.

(…) on t’a pas dit que la vie était courte, imprévisible et dangereuse ? Moi, je ne veux pas de ce type de contrat en bois. Tu saisis ? Je ne rentrerai jamais dans leur système. Je les emmerde. Je préfère la rue plutôt que de bosser pour une misère. (…) – qu’est-ce que tu proposes, braquer une banque ?

– Vivre différemment.

– J’ai pas la notice.

– À toi de l’écrire.

Lino cogite, noircit des pages blanches et se rêve écrivain.Jessica le bouscule. Leur vie prend un autre chemin, ensemble ils vont tenter le meilleur et éviter le pire. Jusqu’au jour où Melvin entre dans la danse. Sa fortune risque de faire tourner quelques têtes.

Deux mondes à part s’entrechoquent et réveillent la bête qui sommeille en eux.

Ce que j’en dis :

Toujours un plaisir de découvrir la plume d’un jeune écrivain.

À travers son troisième polar noir, l’auteur met en scène des personnages désœuvrés, assez révoltés et plutôt idéalistes qui se retrouvent face à un univers où l’argent et le paraître sont rois. Des classes sociales différentes, un véritable reflet de notre société, qui donnent une histoire réaliste qui pourrait bien finir dans la rubrique fait divers assez machiavélique d’un quotidien.

Une plume directe, dynamique d’où résulte un bon polar noir et sociétal bien agréable à lire, qui donne vie à des personnages enragés, prêts à tout pour illuminer leurs vies un peu trop sombre.

Les amoureux du polar urbain made in France vont se régaler.

Philippe Hauret est né à Chamalières, il passe son enfance sur la Côte d’Azur, entre Nice et Saint- Tropez. Sa scolarité est chaotique, seul le français et la littérature le passionnent. En autodidacte convaincu, il quitte l’école et vit de petits boulots, traîne la nuit dans les bars, et soigne ses gueules de bois en écrivant de la poésie et des bouts de romans. Il voyage ensuite en Europe, avant de trouver sa voie en entrant à l’université. Après avoir longtemps occupé la place de factotum, il est maintenant bibliothécaire. Quand il n’écrit pas, Philippe Hauret se replonge dans ses auteurs favoris, Fante, Carver, Bukowski, joue de la guitare, regarde des films ou des séries, noirs, de préférence.

Du même auteur chez le même éditeur : Je vis je meurs et Que Dieu me pardonne (Grand prix du jury du festival du polar de la pleine haute).

Je remercie les Éditions Jigal pour ce roman noir plutôt féroce.

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Anguilles démoniaques

Anguilles démoniaques de Yû Takada aux Éditions De Saxus Traduit du japonais par Patrick Honoré et Ryoko Sekiguchi » Masaru ne savait pour ainsi dire rien de cette boîte. Chiwaki Enterprise. Quand le patron l’avait ramassé par la peau du coup, il lui avait donné pour seule consigne : « Tu feras ce que je te dis de faire.» Il avait ajouté : « Et rien d’autre. Pense pas. Réfléchis pas. Te pose pas de questions. Cherche pas à en savoir plus. À compter d’aujourd’hui, tu es mon chien. Je t’ai ramassé, je te nourris, donc je suis ton maître. » Masaru, un jeune homme qui croule sous les dettes se voit effacer son ardoise par un usurier peu scrupuleux. Pour le rembourser il devra dorénavant bosser pour lui. Après s’être accommodé de son nouveau look de brute épaisse, il va découvrir un monde empli de violence et de perversité. ” Mazaru ne savait pas quoi dire. Il se sentait comme souillé par l’âme du lieu, imbibé d’une force gigantesque et sinistre. Les grondements venant des entrailles de la terre n’avaient pas cessé.  » Une nouvelle livraison l’attend et sa curiosité le titille.  » Qu’est-ce que c’était de cette boîte ? Il n’en avait aucune idée.  » Sa curiosité va le conduire tout droit en enfer… » Il fut saisi d’un frisson. Il lui semblait avoir aperçu la tête d’un démon dans les ténèbres. Un démon qui l’attrapait par la peau livide, le dévorait, déchirait jusqu’à son futur. Il se mordit les lèvres, ouvrit les yeux. Il sentait le regard perçant du démon posé sur lui. Le démon, c’était lui-même. C’était son visage dans le rétroviseur intérieur, blême au fond des ténèbres. Il referma les yeux devant l’horreur de cette vision. ” Ce que j’en dis : Pour être tout à fait honnête dès le départ j’ai du m’accrocher pour poursuivre ma lecture. L’écriture plutôt simpliste ne me captivait pas du tout, elle manquait de style. Malgré tout j’ai eu envie de découvrir dans quelle galère Masaru s’était fourré une fois encore. Là je n’ai pas été déçu par l’histoire en elle-même et l’univers assez glauque dépeint par l’auteur. J’ai exploré la part d’ombre de Tokyo, cette ville tentaculaire où la criminalité de toute sorte fait rage. C’est pas la came que je préfère mais il devrait ravir tous les amoureux du genre.Yû Takada est un auteur de best-seller japonais, maître du thriller noir au Japon. Anguilles Démoniaques est son premier roman traduit en langue française. Plusieurs de ses œuvres ont déjà été adaptées en mangas, en séries télévisées et au cinéma. Je remercie les éditions De Saxus pour cette virée dans l’enfer de Tokyo.

“ Les fantôme de Manhattan ”

Les fantômes de Manhattan de R.J.Ellory aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli

À Manhattan, près du croisement de Duke Ellington et de la 107° Rue Ouest se cache une petite librairie, du nom de Reader’s Rest. C’est ici que l’on peut rencontrer Annie O’Neill une jeune libraire.

Elle les accueillait, tous autant qu’ils étaient, parce qu’il lui restait assez d’idéalisme pour croire qu’un livre avait le pouvoir de changer une vie. “

Un matin, un vieil homme prénommé Forrester, se présente comme étant un très bon ami de ses parents. Il a dans ses mains un manuscrit.

” En toute honnêteté, je suis ici pour faire revivre le passé.

De retour à son appartement, elle partage cette venue avec son voisin, et ils décident d’un commun accord de lire cet étrange feuillet, que Forrester lui a laissé.

” Sacrée histoire, hein ? Qui part de la Pologne, passe par la libération de Dachau pour arriver aux Affranchis de Scorsese. “

C’est ainsi qu’ Annie fait la connaissance de l’imbattable Harry Rose et de son ami Redbird, deux hommes qui faisaient partie des grandes figures du banditisme new-yorkais. Mais quel rapport y a-t-il entre cette histoire et sa famille. Il lui faudra attendre sa prochaine rencontre avec Forrester, à condition qu’il accepte de lui dévoiler la suite de cette histoire qui cache sûrement toute la vérité.

Il y a des livres qui peuvent changer une vie mais également certaines rencontres. Quand les destins s’entrechoquent pour n’en faire plus qu’un, laissant place à un nouvel avenir.

Ce que j’en dis : Voilà un roman que j’attendais depuis une rencontre avec l’auteur en 2016, où il nous avait fait quelques confidences en aparté.

Un roman absolument surprenant de par sa construction qui nous offre en faite deux histoires et nous font voyager entre passé et présent.

Les fantômes rôdent à travers ces pages et s’immiscent petit à petit dans l’intimité d’Annie. Sa solitude se retrouve bousculée et va être remise en question.

Même si j’avoue, avoir vu venir certains pans de l’histoire, j’ai vraiment apprécié cette lecture, seul bémol, à un moment les pleurnicheries d’Annie qui s’éternisaient un peu trop à mon goût, de quoi plomber l’ambiance finale de cette intrigue.

R.J Ellory est toujours aussi brillant et réussi à chaque fois à nous captiver en nous embarquant dans une mécanique infernale pleine de noirceur.

Un roman palpitant où le passé fait voler en éclat le présent et laisse les fantômes prendre enfin leurs envols. Un beau moment de lecture au cœur de Manhattan.

Retrouvez ma chronique de son précédent roman Un cœur sombre ICI

R. J. Ellory est né en 1965 à Birmingham. Orphelin très jeune, il est élevé par sa grand-mère qui meurt alors qu’il est adolescent. Il est envoyé en pensionnat et c’est à cette période qu’il se découvre une véritable passion : la lecture. En dehors des périodes scolaires, il est livré à lui-même et se livre à de petits délits dont le braconnage, ce qui lui vaudra un séjour en prison. Cherchant une façon de s’exprimer artistiquement, R.J. Ellory monte d’abord un groupe de blues avant de se lancer dans la photographie.Son goût pour la lecture l’amène également à s’intéresser à l’alphabétisation et à faire du bénévolat dans ce domaine. Parallèlement et alors qu’il n’a que 22 ans, il commence à écrire. La vingtaine de romans qu’il écrit entre 1987 et 1993 ne trouvent, malgré ses tentatives acharnées, aucun éditeur des deux côtés de l’Atlantique. Il devra attendre 2003 pour que Papillon de nuit soit publié par Orion.Le succès est quasiment immédiat. Il obtient le prix Nouvel Obs/BibliObs du roman noir 2009 pour Seul le silence son premier roman publié en France qui devient rapidement un best seller. À travers toute son œuvre, Roger Jon Ellory met en en scène dans de sombres fresques une Amérique meurtrière et rongée par la culpabilité, loin de l’Angleterre qui l’a vu naître.Je remercie les éditions Sonatine pour cette intrigue new-yorkaise pleine de surprises.

Idaho

Idaho d’ Emily Ruskovich aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Simon Baril

” Wade a passé son bras autour de la taille d’Ann. Il y avait du désarroi dans son geste, de la tristesse dans son sourire, même dans son rire, et le sentiment partagé que tous deux n’étaient pas arrivés là par hasard, que cette histoire remontait loin.

Le jour où il n’aura plus cette conscience-là, elle le regrettera. Se penchant contre lui, elle a humé l’odeur du feu sur ses vêtements. Elle a regardé son beau visage tourné vers les flammes, puis elle a regardé les flammes elles-mêmes. L’air au dessus de la fumée brûlait imperceptiblement, miroitant tels des reflets sur l’eau, donnant l’impression que les montagnes au loin tremblaient sous le reflet de la chaleur.

– Nous y voilà, a-t-elle lâché sans savoir ce qu’elle voulait dire exactement.

– Nous y voilà, a-t-il approuvé avant de le serrer plus fort contre lui. “

Neuf années ont passé depuis le drame inimaginable que Wade a vécu, depuis ce fameux jours où sa famille fut détruite.

Désormais c’est auprès d’Ann qu’il partage sa vie au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais hélas ses souvenirs s’envolent, sa mémoire s’efface, jour après jour.

 » Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. La douleur est aussi présente dans son corps que sa signature l’est dans sa main. “

Plus la mémoire de Wade s’en va, plus Ann est hantée par son passé. Elle est déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a pourtant jamais connue. Elle s’efforce de lever le voile sur ce qui est arrivé ce terrible jour d’août.

 » C’est la texture des souvenirs, n’ont pas l’émotion, qui a disparu.  »

Ce que j’en dis :

Si hélas les souvenirs de Wade le quittent, les miens restent intacts sur cette lecture absolument magnifique. Décidément cette année les éditions Gallmeister nous ont gâté à chaque nouvelle parution.

À travers ce roman, qui débute sur un drame mais dont le mystère reste entier, nous allons partager la vie d’un couple aimant, confronté à la maladie d’Alzheimer. Quand la mémoire s’enfuit on pourrait penser que les douleurs du passé accompagnent cette fuite, mais pour Wade il n’en est rien, il sera heureusement soutenu par Ann.

En remontant le fil du temps l’auteure nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir. Une plume remarquable, touchante, pleine de poésie qui véhicule une multitude d’émotions.

Au cœur de l’ Idaho et d’une nature omniprésente, un décor majestueux pour le tourbillon de la vie qui défile sous nos yeux avec fulgurance.

Un premier roman troublant, magnétique, fascinant, envoûtant, un nouveau talent à découvrir absolument.

Un immense coup de cœur.

Emily Ruskovich a grandi dans les Hoodoo Mountain, dans le nord de l’Idaho. En 2015, elle a remporté un Oliver Henry Award, prestigieux prix qui récompense les meilleurs nouvelles américaines et canadiennes. Idaho est son premier roman.

Je remercie les éditions Gallmeister pour ce roman brillant et captivant.

“ Roman noir ”

Roman noir d’ Agnès Michaux aux Éditions Joëlle Losfeld

Pondara avait été le décor amer de son premier roman, celui des dernières vacances avec Petit Frère. Il était temps de désendeuiller l’été. Si elle revenait à Pondara, c’était avec l’espoir de tourner la page, de retrouver l’élan. Elle avait pris la mesure de son passif – des débuts prometteurs, un joli petit succès, même, pour un premier roman, déjà vieux de dix ans, et puis, la lente et sûre déliquescence de son inspiration et de son enthousiasme, comme du nom de ses lecteurs. Malgré cela, elle voulait croire à la possibilité de la seconde chance contre une époque qui préférait le neuf à la rédemption. ”

Après avoir connu le succès, Alice Weiss une jeune auteure s’est un peu endormie sur ses lauriers. Il est temps de renaître et de raviver la créativité ensommeillée. Arrivée à l’aéroport de Pondara, tentant de remettre à sa place un passager un peu collant, elle prends la place d’une autre, qui était attendue et s’approprie son identité. Cette personne n’est autre que Celia Black une autre écrivaine, auteur de best-seller. Arrivée à la villa, elle est accueillie comme si elle était vraiment Celia, elle décide donc de continuer son petit jeu…

” Mais que faire ? Être une autre fatiguait. Être soi était douloureux. “

En parallèle, une femme est retrouvée morte sur la jetée, apparemment noyée. Cette mort étrange interpelle Fritz Kobus, l’intervenant- chef de la brigade de Pondara. Une femme meurt, une autre apparaît…

” Le subtil dialogue de l’ordre et du chaos. Du vrai et du faux. Du rêve et de la réalité. Comment trouver l’équilibre ? “

Les masques vont devoir tomber si l’on veut connaître la vérité.

” Dès le début de cette histoire, le mélange permanent d’excitation et de danger avait été addictive. “

Ce que j’en dis :

À travers cette intrigue surprenante située sur cette Riviera imaginaire, l’auteure réussit à nous transporter dans une histoire pleine de mystères et d’hypocrisies. Se joue sous nos yeux, un duel permanent entre le vrai et le faux.

Derrière ce vol d’identité, et cette enquête, Agnès Michaux nous offre un « Roman Noir “ sournois et bluffant, une belle digression sur la légitimité, l’imposture et la création.

Grande amoureuse des mots, elle n’hésite pas à utiliser pour son récit un vocabulaire riche et parfois complexe.

Autant vous dire qu’on ne s’ennuie pas et que l’on prend grand plaisir à lire ce ” Roman noir ” qui sort des schémas classiques du genre.

À lire absolument quand on aime être agréablement surpris.

Agnès Michaux est écrivaine et traductrice. Spécialiste des écrivains anglo-saxons et de la Venise du XIXe siècle.

Elle fait plusieurs longs séjours à Philadelphie, New York, Venise, rentre en France où elle est engagée à Canal +.

Animatrice et chroniqueuse à Canal+ (Nulle part ailleurs, La Grande Famille, C. Net, Le Journal du Cinéma, Bande(s) à part), elle a également travaillé sur France Inter, notamment dans l’émission de Stéphane Bern, Le Fou du roi.

Elle est l’auteur de deux documentaires sur le cinéma : À la recherche de Stanley Kubrick (1998) et Sur les traces de Terrence Malick (2000).

Elle est aussi l’auteure de plusieurs romans dont Stayin’ Alice (2005), Le Témoin (2009), Les sentiments (2010), Codex Botticelli (2015), Système (2017)…

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour cette lecture pleine de surprises.

“ Là où vivent les loups ”

Là où vivent les loups de Laurent Guillaume aux Éditions Denoël

« Monet chercha la sortie du regard. Il était grand – un mètre quatre-vingt -seize – et gros, très gros.(,,,) Ses traits qui auraient pu être séduisants étaient noyés dans les replis de la chair. Ses yeux exprimaient une lassitude définitive et une mauvaise humeur permanente. Personne n’aimait Monet, lui le premier. “

Le train arrive au terminus de la gare de Thyanne. C’est là que descend Priam Monnet. Un physique imposant qui ne passe pas inaperçu. Monnet est un flic insociable sur la mauvaise pente. Son purgatoire personnel c’est d’être flic à l’ IGPN, la police des polices.

Monet savait bien que les questions allaient bon train dans leurs tronches de flics. Aucun poulet n’aime voir débarquer les bœufs dans son service, c’est une intrusion, un viol dans leur intimité professionnelle. Du coup, ils affectaient une solidarité surjouée . “

Il a pour mission d’inspecter ce petit poste de la police des frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes. Un bled perdu dans une vallée ingénieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit.

Monnet n’a qu’une envie, accomplir ce pour quoi il est là au plus vite, quitter cet endroit paumé et retrouver sa vie citadine à Paris.

Hélas, on découvre un cadavre, dans les bois, apparemment un migrant qui serait tombé de la falaise. Seulement l’instinct de Monnet doute, ses vieux réflexes ont la peau dure. En digne enquêteur perspicace et pugnace, il va s’éterniser un peu dans le coin et éclaircir cette sombre affaire, quitte à déterrer les secrets de la petite ville de Thyanne.

Ça ne va pas plaire à tout le monde et il est clair qu’on ne va pas lui faciliter la tâche.

Ce que j’en dis :

Voilà un polar comme j’aime, aussi atypique que ce flic proactif qui débarque de Paris et en impose direct. Que ce soit son physique ou son langage, aucun des deux ne passent inaperçus . Il ne fait pas de cadeau mais fait bien son boulot.

Dans une ambiance survoltée, l’auteur nous a concocté une intrigue policière dynamique qui sort des schémas classiques du polar avec un petit côté engagé qui n’est pas pour me déplaire bien au contraire. Une pointe d’humour acerbe accompagne cette histoire réaliste conté par un connaisseur. Son ancien métier de flic rôde autour de sa plume et donne à son roman une étonnante véracité.

Dans ce huis clos au grand air, où tout le monde se connaît, seul un Monchus pouvait réussir à faire éclater la vérité.

Un récit qui réserve des surprises étonnantes auxquelles on est loin de s’y attendre.

Depuis Mako que j’avais découvert par hasard, et qui m’avait déjà alpagué, l’auteur ne cesse de s’affirmer roman après roman et tout comme Monnet, il s’impose dans le décor du polar et ne passe pas inaperçu.

Là où vivent les loups à découvrir d’urgence.

Dépaysement et suspense de haut vol au rendez-vous, ça ne se refuse pas.

Ancien flic et désormais consultant international en lutte contre le crime organisé, Laurent Guillaume écrit des romans et des scénarios lorsqu’il ne voyage pas. Son expérience à la BAC, aux stups et en Afrique de l’Ouest comme coopérant imprègne ses histoires, sombres et tourmentées.

Mako (2009), son premier roman a obtenu le prix VSD du polar 2009. Il est était également lauréat du prix des Lecteurs 2015 du festival Sang d’encre.

Ma collection

Laurent Guillaume a coscénarisé avec Olivier Marchal et Christophe Gavat le téléfilm de France 2 Borderline. Il a créé et scenarisé avec Olivier Marchal la série Section Zéro pour Canal +.

Une série qui déchire.

Là où vivent les loups est son neuvième roman.

Je remercie les Éditions Denoël pour cet excellent polar atypique.

Saō Paulo confessions

Saõ Paulo confessions de Gérard Bon aux Éditions de La manufacture de livres

“ – Il a disparu comme ça, d’un coup.

– Disparu ?

– Oui, volatilisé, désintégré ! dit-elle d’une voix tendue comme un fil sur le point de rompre. Vous savez, c’est un peu comme dans ces romans de gare. Le monsieur quitte son domicile un beau matin et ne reviens pas. ”

Franck Cage a disparu, en un clin d’œil juste quelques semaines avant son retour musical. Pourtant tout semblait bien rouler comme sa Porsche qui l’attend désespérément sur un parking. La femme du rocker se confie à Dino Emanueli et lui demande son aide.

” Ce n’était pas tout à fait le genre de dossier dont le rêvais. Mais il était sans doute écrit que cette dame en détresse s’adressait à moi, sur les conseils d’un ami de son père. Qui sait ce qu’on avait pu lui raconter à mon sujet ? Que je collectionnais les succès ? “

Il tombe sous le charme de cette femme assez troublante et décide de prendre en charge cette affaire. Commence alors pour Dino une plongée dans le mystère de Saõ Paulo et dans le passé du sulfureux musicien.

Doit-on s’accrocher à un vague espoir ? S’installer dans le grand découragement de l’attente ? Ou tirer une croix sur le passé ? “

Ce que j’en dis :

À travers ce polar qui flirte avec le roman noir, l’auteur dépeint une ville brésilienne gangrenée par la corruption. Une ville dominée par l’argent et la spéculation immobilière. On fait connaissance avec cet avocat épicurien et charmeur qui n’hésite pas à mettre beaucoup de sa personne pour aboutir à ses fins, au risque de se perdre en route. Entre stratégies et plaisirs l’enquête se poursuit dans une atmosphère poisseuse loin des plages paradisiaques.

Une plume que je découvre, un polar qui sort de l’ordinaire avec un avocat qui ne manque pas d’humour même si je l’aurais préféré un peu plus caustique.

Un belle rencontre qui me donne envie de poursuivre vers ses précédents polars.

Gérard Bon

Né à Nice, Gérard Bon étudie à l’école supérieur de journalisme de Lille. Reporter pour deux agences de presse internationales, il se spécialise dans les affaires politiques et judiciaires et les relations diplomatiques. À ce titre, il a suivi plusieurs voyages présidentiels officiels au Brésil, en Afrique du Sud, en Libye.

Depuis 25 ans, il séjourne régulièrement au Brésil. Il est l’auteur d’une trilogie de romans policiers mettant en scène un héros récurrent, Cavalier, ainsi que Ci-gît mon frère (2012) et Retour à Marseille (2016), à La Manufacture de livres.

Je remercie La Manufacture de livres pour ce polar étonnant.

L’ange gardien

L’ange gardien de Christa Faust aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Christophe Cuq

” Les choses que nous avons faites dans le passé décident-elles de ce que nous sommes ? Ou sommes-nous continuellement réinventés par les choix que nous effectuons pour le futur ? Je pensais avoir la réponse à ces questions. Aujourd’hui je n’en suis plus trop sûre. “

Angel Dare a rejoint le programme de protection des témoins. Ex-actrice du porno, elle bosse désormais dans un Diner, sous une autre identité. Elle pensait avoir échapper à son ancienne vie, mais c’était sans compter la venue de Vic Ventura, son ancien amant. Surgit de nulle part, accompagné de son fils, le voilà à nouveau dans ses pattes.

À peine remise de sa surprise, des mexicains armés débarquent et Vic se prends une balle. Il est grand temps de mettre les voiles et d’essayer de sauver leurs peaux. On fêtera les retrouvailles et on fera connaissance avec le marmot une autre fois.

Je n’avais aucune idée d’où je me trouvais ni de vers où nous roulions. Vu tout ce que j’avais traversé ces dernières années, je m’étais plus ou moins faite à l’idée de mourir de mort violente, mais là, c’était différent. Je n’étais pas seule dans la voiture. “

Là voilà à nouveau en fuite, mais cette fois elle a des bagages. Et en plus va falloir qu’elle joue les nounous, ou plutôt les anges gardiens, vu la taille du gosse.

Le gosse en question c’est Cody, et apparemment il tient de son père, même s’il combat en professionnel.

” Son gros problème, c’est qu’il perd trop vite son calme. Si le combat tourne pas comme il veut dans le premier round, il s’énerve et commence à faire des erreurs. Mais on voit seulement parce qu’il est jeune. Le gamin a juste besoin de prendre un peu de bouteille. Le milieu du fight, c’est un milieu dur, et je parle pas de tout ce qui se passe sur le ring. Ce milieu il vous avale, il vous broie et il vous recrache à la seconde où vous baissez votre garde. “

Angel va s’immerger dans l’univers du combat extrême et tenter de tenir la promesse faite à Vic. Même s’il n’y a pas de mal à se faire du bien au passage.

” Je repensai alors à Vic et à Cody, et à la raison initiale de ma présence ici. Un frisson de culpabilité me traversa. Il fallait que j’arrête d’écouter ma chatte et que je reste concentrée sur mon objectif : sortir Cody du pétrin dans lequel il s’était fourré. Tout le reste devait passer au second plan.

Je tirai toutefois sur mon débardeur afin de dévoiler un peu plus mon décolleté. Après tout, ça ne coûtait rien de soigner son apparence. “

Ce que j’en dis :

Sexy un jour, sexy toujours, pas la peine de chasser le naturel il revient au galop. Mais c’est pas pour autant qu’elle baisse sa garde.

Même si les rounds se suivent , et qu’elle encaisse encore une fois de nombreux uppercuts, elle n’est pas encore au tapis.

Après l’industrie du sexe, de Money Shot ( ma chronique ici), là voilà dans le milieu des bodybuilders, c’est pas moins trash, ni moins brutal, c’est juste le costume qui change.

Toujours des embrouilles où la drogue n’est jamais très loin…

J’ai retrouvé avec plaisir la nana sexy qui n’a pas froid au yeux mais le feu aux fesses. Dés le premier coup de feu, ça part en live et il en sera de même jusqu’au final. Pas de temps mort, ni même le temps de compter jusqu’à dix, ça dezingue à mort et c’est pas pour me déplaire. Encore plus hard, encore plus dingue, ça monte crescendo et c’est la victoire assurée pour mon palmarès des coups de cœur livresque. Je fini comme elle, le cœur brisé et je suis impatiente de la retrouver sur la route américaine.

Un roman noir, sexy, violent, déchirant mais non démuni d’humour, de quoi rendre fou d’amour de nombreux lecteurs.

Christa Faust est née et a grandi à New-York. Elle a travaillé dans les peep- show de Times Square et dans l’industrie du porno pendant une dizaine d’années. Elle est l’auteur de onze romans et vit aujourd’hui à Los Angeles.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ce Shot d’adrénaline pure.

“ Un intrus”

Un intrus de Charles Beaumont aux éditions Belfond, collection Vintage

Traduit de l’américain par Jean-Jacques Villard

Préface de Roger Corman, traduite de l’américain par Michael Belano

« Ma’ame, je voudrais savoir si vous avez des enfants à l’École supérieur ? » J’ai répondu oui, une fille. Alors il a dit : « J’aimerais savoir ce que vous pensez de voir votre enfant dans la même école qu’un tas de nègres, peut-être dans la même classe. » (…) – Il à demandé si j’étais prête à travailler pour l’empêcher. (…) – Naturellement, ai-je répondu, mais que peut-on faire ? « Énormément », a-t-il déclaré.

À Caxton, une petite ville sudiste des États-Unis, les habitants sont un peu perturbés par l’annonce de la Cour suprême qui vient de tomber. Nous sommes en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques vient d’être déclarée anticonstitutionnelle .

Malgré l’étonnement et l’agacement que cette nouvelle suscite, on laisse faire.

(…) nous avons usé de toutes les ficelles, mais cela n’a servi à rien. Les nègres fréquenteront l’école à dater de demain, autant se faire toute suite à cette idée.

Mais un intrus vient de débarquer et s’oppose ouvertement à cette décision. Tel un ver dans le fruit, il va tenter de répandre son fiel raciste, pourrir l’ambiance et semer la haine sur son passage.

« Vous êtes l’éprouvette du pays, son cobaye ! C’est pour cela je dis que vous avez entre vos mains non seulement l’avenir de Caxton, mais celui de l’AMÉRIQUE. »

La population s’inquiète.

” Ce soir,se dit-il, c’était le début. Une guerre va se déclarer dans ma ville, et je ne sais même pas de quel côté je suis. “

Ce que j’en dis :

Les éditions Belfond nous offre l’occasion de redécouvrir une pépite de la littérature américaine grâce à cette réédition dans leur collection Vintage.

À travers ce roman « Politique  » doté d’une conscience sociale, on se retrouve au cœur d’une page d’Histoire. Un récit passionnant qui allie suspense et fait historique dans une atmosphère plutôt sombre et inquiétante. Une belle plume assez puissante pour une histoire déchirante. Manipulation psychologique, intolérance, violence, racisme, autant de sujets abordés avec précision dans ce roman engagé qui réveille les âmes.

Même plus de cinquante ans après, le racisme et les préjugés n’ont pas disparu, ce qui rend ce roman encore plus pertinent. Un livre qui devrait à mon avis figurer au programme dès le collège.

Un Vintage noir coup-de-poing paru aux États-Unis en 1959, adapté au cinéma par Roger Corman en 1962.

Né Charles Leroy Nutt à Chicago en 1929, Beaumont a très vite abandonné le lycée et multiplie les petits boulots avant de se consacrer à l’écriture. C’est en 1950 qu’il vend une de ses histoires au magazine Amazing stories, une étape décisive sur la route du succès. En 1954, son récit Black Country est la première œuvre de fiction à paraître dans le journal Playboy. Beaumont collabore fréquemment avec le magazine et publie de nombreuses nouvelles dans différents périodiques grand public comme Esquire, ou dans des publications de sciences-fiction et de fantasy.

L’univers télévisuel est son second domaine de prédilection, il est notamment scénariste pour la série The Twilight Zone ( la Quatrième dimension), et collaboreactivement avec Roger Corman pour lequel il écrit les scénarios de L’Enterré vivant, La Malédiction d’Arkham, Le Masque de la mort rouge…

Atteint du syndrome de Werner, maladie caractérisée par un vieillissement précoce, Charles Beaumont meurt très jeune, à 38 ans, en Californie.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette réédition historique passionnante.

“ Salut à toi ô mon frère ”

Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun aux éditions Gallimard

” -Rose, c’est toi qui m’as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes ?

Le réveil est brutal. En dessous ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s’agite en grand nombre. En quinconce. C’est rempli d’une masse confuse et en mouvement. “

Dans cette famille atypique qui comprend, un père, une mère et six enfants dont deux filles et quatre garçons, sans oublier un chien et deux chats, un membre manque à l’appel. C’est le branle-bas de combat. Rien ne va plus.

” – Monsieur et madame Mabille-Pons, je n’irai pas par Quatre chemins, l’affaire est grave. “

Gus a disparu, et c’est Personne qui est sur l’affaire. Ça commence mal, et même très mâle, avec ce Personne qui trouble Rose.

Personne dans le rôle du flic, ça ne s’invente pas, c’est même écrit noir sur blanc, même si il est plutôt vert-pêche pour une certaine demoiselle.

” – Où est la chambre de votre frère ? S’enquiert Personne, en tête de meute.

– Je ne suis pas une balance …“

Non mais sérieux, il croit peut-être que parce qu’il a du charme, la sœur de Gus va le trahir ? Dans la tribu Mabille-Pons c’est un pour tous et tous pour un. Et même si tout accuse Gus du pire, personne n’y croit, oui même Personne a des doute.

” Tout le monde s’agite, tout le monde fait semblant, mais le cœur n’y est pour personne. L’absence de Gus et notre impuissance nous hantent tous. ”

Dans cette famille on n’adopte pas que les enfants, on adopte aussi une attitude face au racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, on lutte pour le droit au désordre et on se mobilise pour innocenter, lui ô notre frère.

Salut à toi ô mon frère

Salut à toi le Colombien

Salut à toi le p’tit Français

Salut à toi le voleur

Salut à toi le rôdeur

Salut à toi le vagabond

Salut à toi le maraudeur

Salut à toi le braqueur

Salut à toi le musicien

Salut à toi le rasta

Salut à toi l’Opel Manta “

Quand une gothique prénommée Rose, amoureuse de poésie et de Personne en particulier nous raconte cette histoire, cela donne un récit survolté et cynique, du noir avec une pointe de rose, dans une ambiance dix mille volts sans temps mort, ça déménage.

À travers une plume aussi drôle que sarcastique, Marin Ledun nous offre un roman savamment orchestré qui ne laisse au lecteur aucun répit. La famille Mallausène a du soucis à se faire, les Malavita également (pour les connaisseurs).

Imaginez un peu, le bouquet final d’un feu d’artifice en boucle, et vous saurez tout de suite dans quoi vous vous embarquez. Attendez-vous à une profusion de sourires, des instants de suspense, des retombées de malice et des waouhs en chaîne.

L’auteur nous régale, et se renouvelle tout en gardant son esprit engagé.

C’est excellent, même si une énigme reste entière :

Mais où est passé le tee-shirt bleu à paillettes ?

On ne nous dit pas tout, une suite peut-être ?

En tout cas je l’espère de tout cœur.

Salut à toi Marin

Salut à toi l’écrivain

Salut à toi le tatoué

Salut à toi l’engagé

Salut à toi ô mon frère

Marin Ledun a publié une quinzaine de romans noirs, dont La guerre des vanités, Les visages écrasés, L’homme qui a vu l’homme, et En douce ( ma chronique ici) , tous primés. Il écrit également des romans pour la jeunesse et des pièces radiophoniques pour France Culture. Avec Salut à toi ô mon frère, il signe son retour à la Série Noire.

Je remercie les éditions Gallimard pour cette lecture explosive.