“ La légende de Santiago ”

La légende de Santiago de Boris Quercia aux Éditions Asphalte

Traduit de l’espagnol (Chili) par Isabel Siklodi

« Toi, Quiñones, tiens-toi tranquille. On va le choper », dit Garcia pour me laisser en dehors du coup.

Je sais que ce n’est pas de la méchanceté de sa part mais, même si j’y suis habitué, ses mots me dérangent. Après tout, qu’est-ce que j’y peux ? Je suis la pomme pourrie dans le panier, personne ne veut rester dans les parages. Je suis l’exemple même du flic raté, qu’on montre du doigt aux nouveaux. Pour recadrer un petit jeune, j’ai entendu un collègue dire : « Si tu continues comme ça, tu vas finir comme Quińones ». Je suis une légende, ils me croient capable de tout, et comme souvent dans les légendes, tout est faux. “

Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili, n’est pas au mieux de sa forme. Il n’est plus en odeur de sainteté auprès de Marina, sa compagne et ses collègues le détestent.

La culpabilité le ronge, et le fantôme de celui qu’il vient d’aider à mourir ne le quitte plus. L’enfer ne semble plus très loin.

Ça ressemble à un film d’horreur, mais c’est la réalité. Ce sont des choses qui arrivent.

Je n’ai pas entendu de voix quand j’ai étouffé le monsieur, ou alors si j’en ai entendu une, c’était la mienne. La fille est innocente, pas moi. “

Alors quand il tombe sur le cadavre tout juste refroidi d’un trafiquant de drogue dans un restaurant chinois, il n’hésite même pas à se servir dans la came qui traîne sur la table.

Ce n’est sûrement pas une bonne idée mais au point où il en est…

Et pourtant ce faux pas de trop risque de lui coûter très cher…

Ça fait plus d’une semaine que je suis clean et avant ça, je ne me rappelle même plus la dernière fois que j’ai snifé. Mais quand on te mets autant de sucreries sous le nez, impossible de refuser, d’autant que ces derniers jours n’ont pas été faciles. “

Ce que j’en dis :

Découvert très récemment, avec son précédent roman Tant de chiens, Grand Prix de la littérature policière 2018, la plume de Boris Quercia avait tout pour me plaire.

Une plume brutale, directe, sans concession, habitée de noirceur, l’auteur met en scène un flic atypique, déjanté, borderline, torturé, et tellement attachant.

Boris Quercia nous embarque dans un Chili gangrené par la cocaïne, la prostitution, la corruption loin des décors de carte postale où la violence n’a pas sa place, ne prenant pas le risque d’effrayer les touristes.

Malgré tout on l’aime son décor sombre, son ambiance merdique, ses personnages déglingués, son flic un peu salaud, un peu voyou, genre Olivier Marchal pour l’adaptation ciné, et pourquoi pas ? On peut toujours rêver…

Vous l’aurez compris ce livre et le précédent bien évidemment étaient fait pour moi, cette rencontre était inévitable et j’ose espérer que l’auteur continuera à nous servir du noir bien serré qui nous prend bien aux tripes et nous déchire le cœur.

Un virtuose du noir à découvrir absolument.

Pour info :

Boris Quercia est né à Santiago du Chili.

Il est connu dans son pays en tant que cinéaste aux multiples facettes : acteur, réalisateur, scénariste, producteur…

Il travaille sur une série télévisée très populaire au Chili, Los 80. Mais son jardin secret est l’écriture de polars. 

Les Rues de Santiago, son premier livre, est paru chez Asphalte début 2014 et met en scène le flic Santiago Quiñones. On retrouve ce dernier dans son roman suivant, Tant de chiens, qui a remporté le Grand Prix de littérature policière 2016.

La légende de Santiago est son troisième roman noir publié également chez Asphalte.

Je remercie les Éditions Asphalte toujours présent sur les bons coups littéraires, de la bonne came cinq étoiles.

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“ Grace ”

Grace de Paul Lynch aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso

“ Elle rit parce que tout va de travers. Elle rit parce qu’elle ne sait plus distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas. Elle ne sait plus si les gens sont vraiment ce qu’ils prétendent être. S’il existe une seule parole douée de signification. Si tout en ce monde n’est pas une gigantesque farce, et le monde une fable inventée de toutes pièces. C’est peut-être cela grandir. Apprendre les choses qu’on vous a cachées. Que la réalité du monde réside dans ses mensonges et ses tromperies ; dans tout ce que l’on ne peut pas voir, dans tout ce qui échappe à notre connaissance. La voilà, la réalité du monde. Et l’unique bonheur d’une vie est le temps de l’enfance, quand on est encore plein de certitudes. Son rire est si fort qu’elle ne sait plus si elle rit ou si elle pleure, ni s’il existe vraiment une différence entre les deux. ”

En Irlande, en 1845 une Grande Famine ravage le pays. Des familles entières meurent de faim. Par un froid matin d’octobre Grace est envoyé par sa mère sur les routes à la recherche d’un travail pour nourrir et sauver sa famille. Habillée avec des vêtements d’hommes, elle va entreprendre un véritable périple, quitter son village de BlackMountain, en direction du Donegal jusqu’à Limerik, au cœur d’un paysage apocalyptique.

Elle s’est enfoncée plus avant dans les profondeurs du monde, a passé des jours sans nom sur des routes sans nom qui méandrent en boucles infinies. Quel lourdeur dans le ciel, pense t’elle. Ces nuages d’un gris de cendre, comme si un incendie consumait les cieux. ”

Jour après jour, elle traverse ce pays plongé dans la misère, où les mendiants sont prêts à tout pour un simple morceau de pain.

On ne peut pas vivre comme ça.

Elle repère un corps de ferme niché au flanc d’une butte pommelée de blanc. Contemplant la neige qui étend l’une après l’autre ses nappes de silence, elle s’imagine frappant à la porte ou se glissant dans le grenier à foin, jusqu’à ce que l’idée d’un coup de fusil ou de l’ombre d’un poing l’incite à passer son chemin – dans ce genre de maison, il n’y a pas de place pour les gens de ton espèce. L’inquiétude se tord comme un vers au creux de son ventre. Tu as toutes les chances de trouver l’endroit le plus perdu de toute l’Irlande. “

Ce que j’en dis :

L’auteur nous dépeint la période de grande misère de l’Irlande, sous une plume de toute beauté, tantôt lumineuse et tantôt d’une noirceur abyssale, fidèle aux paysages irlandais, à travers le parcours initiatique de Grace. Un magnifique portrait d’une jeune fille dans une contrée sauvage où la famine défigure autant les visages que le paysage.

Son écriture lyrique nous emporte, dans cette tragédie et accompagne ces hommes et ces femmes poussés à l’exil. Il nous envoûte et nous charme même quand l’espoir se fait rare.

Un roman vertigineux, qui mène Grace, si jeune vers la vie d’adulte, sans grand espoir de retour à ses rêves d’enfants.

L’espace d’un instant, il lui semble les voir, les enfants affamés contraints de grandir dans la violence. “

Un roman ambitieux, profond, porté par un souffle puissant et une prose poétique qui enivre les lecteurs.

ADMIRABLE…

Pour info :

Paul Lynch est né en 1977 dans le Donegal et vit aujourd’hui à Dublin.

Son premier roman, Un ciel rouge, le matin (Albin Michel, 2014), a été unanimement salué par la presse comme une révélation et finaliste du Prix du Meilleur Livre étranger.

A suivi La Neige noire (Albin Michel, 2015), récompensé par le Prix Libr’à Nous et largement plébiscité par les lecteurs.

Grace est son troisième roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce moment de grâce de toute beauté.

“ Né d’aucune femme ”

Né d’aucune femme de Franck Bouysse aux Éditions de La Manufacture de livres

 » Lorsque ma respiration s’accélère, puis se ralentit, je parviens à modifier le voyage des ombres mortifères sur le papier terni, et un visage inconnu m’apparait, comme un rinceau sur un tombeau. Cette femme que je n’ai jamais rencontrée de ma vie, mais dont il me semble pourtant tout connaître, cette femme avec qui je n’ai pas fini de cheminer, avec qui je n’en aurai jamais fini. Alors, je me résous à laisser aller mon regard sur la première feuille, afin que disparaissent les ombres trompeuses, pour en faire naître de nouvelles, que je me prépare à découvrir, au risque de les assombrir plus encore. “

Trois jours avant l’Ascension, un homme, se présenta à l’église pour demander au prêtre de venir bénir un corps à l’asile, situé dans l’ancien monastère proche de la paroisse.

La veille en confession, une inconnue avait déjà fait une demande étrange au curé concernant cette bénédiction à venir. Il devait récupérer, cachées sur le corps de la défunte des notes manuscrites, les cahiers de Rose.

” Je pensais que ce serait plus difficile, d’écrire. J’ai passé tellement d’années à attendre ce moment, j’en ai tellement rêvé. Je me suis préparée tous les jours à mettre de l’ordre, à trier mes idées, en espérant le moment où je pourrais enfin poser mon histoire sur du vrai papier. Et voilà que le grand soir est arrivé, celui où j’ai décidé de me jeter dans la grande affaire des mots. Sûrement que personne me lira jamais. “

Ainsi vont sortir de l’ombre les écrits de Rose, les écrits qui racontent son histoire, afin de briser enfin le secret de son effroyable destin.

Il est grand temps que les ombres passent aux aveux. “

Ce que j’en dis :

En 2014, le paysage littéraire français découvrait une plume noire, sortie enfin de l’ombre grâce à son écriture lumineuse, ciselée à la perfection, de toute beauté. On pouvait s’enorgueillir de voir une telle œuvre ” Grossir le ciel “ de notre belle littérature et admirer cette étoile montante qui en véritable star reçut de nombreux prix prestigieux.

L’auteur ne s’arrêta pas en cours de chemin. L’année suivante, il nous servit sur un  » Plateau  » son deuxième roman, tout aussi fabuleux.

Entre temps un  » Vagabond  » et un  » Pur Sang » venaient embellir les bibliothèques des plus chanceux, déjà amoureux fous de cette plume singulière .

En 2017, plus personne n’hésita à mettre ses mains dans la  » Glaise  » et savoura ce dernier bijou, où l’amour côtoyait la folie des hommes.

Ici et là, quelques très bonnes  » nouvelles  » enrichirent les nombreux collectionneurs en attendant la venue  » Né d’aucune femme « .

En quelques années, Franck Bouysse nous a offert des diamants noirs, d’une grande maîtrise, pleine d’élégance et d’émotions.

Et pourtant il réussit encore à se surpasser et à nous surprendre.

Au milieu du silence d’un monastère, Rose nous apparaît et nous offre son histoire, tel un cri sorti de l’enfer que fut sa vie.

Une chorale l’accompagne, où chaque voix dégage son propre style pour nous embarquer au cœur des ces êtres de chair et de sang responsables de tant de maux.

La plume de Franck Bouysse s’affirme, il s’investit auprès de ses personnages et leur donne un relief unique, une force sculptée dans le roc.

Une nouvelle histoire qu’il murmure à l’oreille des lecteurs, bouleversant leur cœur, et hantera pour toujours et à jamais les lecteurs qui croiseront le chemin de Rose.

Au fil des saisons, Franck Bouysse a construit une œuvre littéraire grandiose qui ne cesse de se bonifier, un véritable nectar à déguster sans modération.

Pour info:

Franck Bouysse est né à Brive-la-Gaillarde. Il partage son enfance entre un appartement du lycée agricole où son père enseigne et la ferme familiale tenue par ses grands-parents. Il y passe ses soirées et ses week-ends, se passionne pour le travail de la terre, l’élevage des bêtes, apprend à pêcher, à braconner…

Sa vocation pour l’écriture naîtra d’une grippe, alors qu’il n’est qu’adolescent. Sa mère, institutrice, lui offre trois livres pour l’occuper tandis qu’il doit garder le lit : L’Iliade et L’Odyssée, L’Île aux trésors et Les Enfants du capitaine Grant.

Il ressort de ses lectures avec un objectif : raconter des histoires, lui aussi. Après des études de biologie, il s’installe à Limoges pour enseigner. Pendant ses loisirs, il écrit des nouvelles, lit toujours avidement et découvre la littérature américaine, avec notamment William Faulkner dont la prose alimente ses propres réflexions sur la langue et le style.

Jeune père, il se lance dans l’écriture de ses premiers livres : il écrit pour son fils les romans d’aventures qu’il voudrait lui offrir plus tard, inspiré des auteurs qui ont marqué son enfance : Stevenson, Charles Dickens, Conan Doyle, Melville… Son travail d’écriture se poursuit sans ambition professionnelle.

Le hasard des rencontres le conduit à publier quelques textes dans des maisons d’édition régionales dont la diffusion reste confidentielle.

En 2013, il déniche une maison en Corrèze, à quelques kilomètres des lieux de son enfance. La propriété est vétuste, mais c’est le coup de coeur immédiat.
Il achète la maison qu’il passera plus d’une année à restaurer en solitaire.

Alors qu’il est perdu dans ce hameau désolé, au coeur de ce territoire encore sauvage, un projet romanesque d’ampleur prend forme dans son esprit. Un livre voit le jour et, poussé par un ami, Franck Bouysse entreprend de trouver un éditeur. 
Grossir le ciel paraît en 2014 à La Manufacture de livres et, porté par les libraires, connaît un beau succès.

La renommée de ce roman va grandissant : les prix littéraires s’accumulent, la critique s’intéresse à l’auteur, un projet d’adaptation cinématographique est lancé.

Ce livre est un tournant. Au total, près de 100 000 exemplaires seront vendus. Suivront Plateau, puis Glaise, et dont les succès confirment l’engouement des lecteurs et des professionnels pour cette œuvre singulière et puissante.

Né d’aucune femme est le dernier de ses romans qui rencontre déjà un véritable succès auprès de cette foule de lecteurs de plus en plus nombreux.

Je remercie la maison d’éditions de La Manufacture de livres pour ce bijou littéraire. Un nouveau diamant noir qui enrichit ma collection.

“ Le Cherokee ”

Le Cherokee de Richard Morgiève aux Éditions Joëlle Losfeld

Il a pivoté vers le zinc qui a surgi à cent mètres, trois étages au-dessus du sol, un chasseur Sabre, sans lumière, réacteur coupé, noirâtre – odeur de brûlé, d’essence. Autre odeur bizarre, chaleur.

Corey s’est jeté à terre instinctivement. Le Sabre est passé au-dessus de lui dans un souffle violent. Corey a relevé la tête pour le voir filer sans bruit, le train d’atterrissage sorti. “

Au cours de l’année 1954, aux USA, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, atterrit en pleine nuit un chasseur Sabre, sans aucune lumière, ni pilote.

Inopinément le Shérif Nick Corey assiste à la scène, lors de sa tournée de nuit à la première neige.

Après avoir découvert une voiture abandonnée, cette nuit est de plus en plus surprenante et annonce un sacré branle-bas de combat.

Suite à ces événements, le FBI et l’armée débarque. Tous sont sur les dents.

Corey de son côté se retrouve confronté à son propre passé, le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie, réapparaît.

Le tueur n’avait pas été retrouvé. La guerre était venue et tout le monde s’était intéressé à un autre type de meurtre. Il n’était pas impossible que l’assassin de ses parents ait été décoré pour bravoure et héroïsme. Corey espérait qu’il était vivant, lui n’avait pas clos l’enquête. Il n’avait pas la possibilité d’avoir accès à toutes les procédures pour homicides, à toutes les enquêtes, alors il attendait. Il attendait depuis vingt et un ans. Il n’espérait pas — c’était un type au bord de l’eau qui attendait que ça morde, sans ligne, sans hameçon. “

Corey a assez attendu, il est temps pour lui de faire face à ses cauchemars et de reprendre la route pour suivre les traces de ce tueur qui parsème sa route d’indices troublants de manière très particulière que seul un indien pourrait trouver. Le Cherokee pourrait être une aide précieuse au shérif, à l’allure Apache.

Un sacré fantôme de plus dans une ville de fantômes. Il connaissait son labyrinthe et ne craignait pas d’affronter la nuit. Ce qu’il craignait d’affronter, c’était la vérité. “

C’est sur sa Harley, qu’il fonce à la poursuite du tueur, le cœur battant la chamade pour cet agent du FBI. Même dans les pires moments, personne n’est à l’abri de tomber amoureux pour la première fois…

” Il espérait et comprenait que c’était ça vivre, cet espoir qui ne se disait pas, ne se prononçait pas. Cet espoir en nous et qu’on projetait sans le savoir, sans en être conscient, pour marcher sur la corde au dessus du vide. “

Ce que j’en dis :

Tomber d’amour pour un polar, en ce qui me concerne c’est assez rare. Dès le départ j’ai été sous le charme de la plume de Richard Morgiève, d’une qualité remarquable, sans compter l’histoire qui se profilait qui avait tout pour me plaire.

C’est en tout premier lieu, le titre qui m’a interpellé puis la couverture attirante qui m’a donnée envie de voir ce que ce roman cachait.

Adepte des lectures à l’aveugle ou vierge de toute information, je ne me suis pas attardée sur le synopsis, et dès les premières pages, j’étais comblée et sous le charme de ce shérif atypique. L’aventure se présentait sous de merveilleux auspices.

Il ne fallait pas croire que Corey était un bon gars simple et gentil. Des blagues. Il pensait qu’il était un sacré fumier — et on ne se refait pas. “

Un polar à la hauteur de toutes mes espérances qui recèle de nombreuses qualités.

Dans un style d’une grande maîtrise, une plume de caractère, délicieuse, acérée, avec ce petit côté de surnaturel où résonnent les croyances ancestrales des indiens d’Amérique, ce récit m’a conquise.

On accompagne Corey, ce shérif hyper attachant, qui porte en lui un lourd fardeau, accompagné de quelques fantômes qui le hantent jour et nuit, tout en lui permettant de mieux appréhender la vie et même de résoudre quelques énigmes au passage.

Quand l’enquêteur était à la ramasse, quand son âme battait des ailes, quand il était à bout de son humanité, alors la vérité pouvait venir à lui. Corey ne le savait pas encore. Corey était un homme, pas un ange. “

Et également un serial killer sournois qu’on aimerait bien voir finir derrières les barreaux.

Salué par Jean Patrick Manchette en 1994, pour Cueille le jour, ce polar tout aussi magnifique est à découvrir absolument.

Moment de lecture exquis.

Et s’apercevoir qu‘ Un petit homme de dos, et Boy m’attendent patiemment dans ma bibliothèque, me font regretter d’autant moins mes achats compulsifs.

Un auteur que je vais continuer à découvrir avec plaisir après cet énorme coup de foudre.

Pour info :

Richard Morgiève devient très tôt orphelin, sa mère meurt d’un cancer alors qu’il n’a que sept ans, et son père se suicide quand il en a treize.

Il vit ensuite une adolescence chaotique, au cours de laquelle il se débrouille en dealant du faux haschisch, entre autres activités, avant d’entamer toute une série de petits métiers.

Il publie son premier livre, un recueil de poèmes, à compte d’auteur à l’âge de vingt ans mais, honteux et écœuré de devoir payer pour être lu, il s’interdit d’écrire pendant dix ans. Il exerce tour à tour des emplois de débrouille tels fort des halles, employé de bureau, ouvrier, mécanicien, peintre en bâtiment, plâtrier, représentant, colporteur, déménageur de caves, standardiste ou chauffeur poids lourds.

Foncièrement autodidacte, Richard Morgiève publie, à l’âge de trente ans, en 1980, son premier livre à compte d’éditeur : un roman policier. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire, entamant véritablement son œuvre personnelle avec la publication de son premier roman de littérature générale, Des femmes et des boulons, en 1987.

Aujourd’hui, il a écrit plus d’une vingtaine de romans, nombreux publiés aux éditions Joëlle Losfeld.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce polar qui vaut son pesant d’or.

“ La peau du papillon ”

La peau du papillon de Sergey Kuznetsov aux Éditions Gallimard, série noire

Traduit du Russe par Raphaëlle Pache

” Tu as du mal à respirer, ton corps perd ses contours, se métamorphose en un cocon noir, la détresse et le désespoir deviennent plus denses : il te suffit de tendre la main pour les toucher.

Une vieille terreur de l’enfance ? Non, pas de la terreur, de l’angoisse, un concentré d’angoisse, un sentiment d’asphyxie, un bruit incessant dans les oreilles, le flux de ton propre sang, les ténèbres, les ténèbres, un nuage de ténèbres s’accroche aux plis de tes vêtements, se cramponne aux protubérances de ton visage, aux cheveux collés sur ton front, aux pointes rongées de tes doigts.

(…) Ces jours-là sont très pénible pour moi. Afin de les rendre plus supportables, je commence à me rappeler les femmes que j’ai tuées. “

À Moscou, sévit un tueur en série particulièrement sadique. Il n’hésite pas à surfer sur le web pour dénicher sa prochaine cible.

C’est là que Xénia, une ambitieuse rédactrice en chef d’un site Web d’actualités, va croiser sa route. Elle-même, adepte de pratiques sexuelles extrêmes saisit cette opportunité pour tenter de gagner une certaine notoriété.

” C’est balèze, maman, super méga balèze ! Comment ça, « pourquoi » ? Parce que c’est mon travail. Parce que je suis rédactrice en chef du journal en ligne LeSoir.ru, journal, et même un peu IT manager, maman, mais quoi qu’il en soit, une professionnelle couronnée de succès, et ça, c’est mon nouveau projet. Comment ça, tu as regardé et ça ne contient que des cochonneries ? Et qu’est-ce que tu t’attendais à trouver sur une page concernant un maniaque qui a tué onze filles entre quinze et trente-huit ans rien qu’au cours des huit dernier mois? “

Bientôt, une relation virtuelle via une messagerie instantanée se noue entre le tueur et la journaliste. Le danger la guette, il n’y a qu’un pas pour franchir la frontière entre le fantasme et le passage à l’acte, entre fascination, répulsion et désir. Xénia se retrouve en plein dilemme…

” – Dis-moi la vérité, tu prends ton pied avec toutes ces histoires ?

– Moi ?

– Oui, toi, qui d’autre ? Arrête de faire l’idiote. C’est qui la masochiste soumise adepte des tortures et de l’automutilation ? “

Ce que j’en dis :

À travers cette immersion dans la littérature russe on embarque sur les traces d’un serial killer démoniaque. Mêlant confessions du tueur et enquête journalistique sur le web, l’auteur nous offre un roman assez surprenant qui démontre une fois encore, les dangers du Web et les risques de mauvaises rencontres pour les adeptes des relations sexuelles sadomasochistes. Un milieu très particulier qui regorge de détraqués en tout genre.

En Russie, comme ailleurs, le mal qui parfois sommeille sous certain cocon se libère et donne vie à des êtres abjects, dénoués d’empathie.

Ce thriller plutôt réussi nous offre le jeu du chat et de la souris des temps moderne, mêlant douleur et plaisir, ambition et persécution, fantasme et violence dans un climat glacial que seule la neige pourra momentanément cacher avant la métamorphose…

Une belle découverte qui m’a plutôt agréablement surprise malgré son côté sordide.

Un auteur à suivre.

Pour info :

Sergey Yurievich Kuznetsov est né à Moscou, marié et père de trois enfants. Il est écrivain journaliste et un entrepreneur.

Diplômé de la faculté de chimie de l’ Université d’État de Moscou en 1988.

En 2004, il a fondé la société SKCG, spécialisé en marketing interactif et projets culturels.

” La peau du papillon “ est son premier roman à paraître à la Série Noire.

Je remercie les éditions Gallimard pour ce thriller scandaleusement étonnant.

“ Le pays des oubliés ”

Le pays des oubliés de Michael Ferris Smith aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

” (…) Il sentait la douleur dans sa tête à cause des innombrables commotions cérébrales et vivait dans le monde brumeux d’un esprit ébranlé. Il sentait des pointes de douleur dans ses yeux et sa colonne vertébrale et des explosions de lumières vives et les bruits perçants et inattendus du monde moderne qui hurlait dans son cerveau. Doigts brisés, rotules luxées, entorses cervicales et crâne ouvert, et encore et encore et encore les poings et les jointures de doigts, les genoux et les coudes, et il sentait tout ça comme si chaque coup qu’il avait reçu et chaque coup qu’il avait donné continuaient d’exister dans un nuage de douleur invisible qui l’enveloppait et le retenait comme une âme migrante à la recherche de sa maison. Les années qui passaient et son corps qui rouillait et son esprit tel un gigantesque espace dégagé avec des vents hurlants et tournoyants et des tourbillons de souvenirs qui ne faisaient pas la différence entre maintenant et avant, et il sentait tout ça.  »

Jack a encaissé les coups depuis très longtemps. Abandonné devant l’armée du salut bébé, placé ensuite dans quatre familles d’accueil différentes, puis deux foyers sans compter les cinq écoles, de quoi perturber n’importe quel gamin.

Jusqu’à ce que Maryann le prenne sous son aile.

” (…) ses yeux semblaient voyager au-delà de la propriété et des étoiles jusqu’à un endroit qu’elle seule pouvait voir. Au début il avait pris son silence comme le signe qu’il avait fait quelque chose de mal ou qu’elle était mécontente de sa présence, mais au fil du temps il avait commencé à regarder vers l’horizon avec elle. Ce royaume vivant qui vivait dans ses yeux, il l’avait vu dans le plafond au-dessus de son lit dans les foyers et il l’avait vu à travers la fenêtre des chambres des familles d’accueil, et il le voyait là-bas au-delà de cette terre de poussière et d’os, là où le noir était aussi profond que le paradis ou l’enfer. (…) le garçon l’avait suffisamment vue dans la sérénité de la nuit pour croire qu’elle vivait avec des fantômes, et le matin il s’attendait parfois à voir leurs traces de pas cendreuses sur le sol usé. “

Aujourd’hui Maryann est au bout de sa vie, même sa propriété est sur le point d’être saisie. Jack va devoir mener une lutte de plus contre cette vie qui s’acharne sur leurs sorts. Ses nombreux combats l’ont fracassé, son corps est à bout et son esprit est ravagé par tous ses fantômes qui l’accompagnent.

S’il veut conserver la maison que lui lègue Maryann, il doit réunir une somme importante et la seule issue serait un dernier combat. Mais il devra également affronter Big Momma Sweet qui règne sur l’empire du vice du delta du Mississippi.

Un ultime combat, aux conséquences incertaines.

Ce que j’en dis :

Depuis ma découverte de sa plume à travers son premier roman noir  » Une pluie sans fin  » publié aux Éditions Super 8, je suis une fan inconditionnelle. A suivi « Nulle part sur la terre. ” (ma chronique ici) et son dernier  » Le pays des oubliés  » tout aussi formidable.

Il donne la voix aux oubliés de l’Amérique, aux exclus qui tentent de s’en sortir, son thème de prédilection qui lui sied à merveille. Une plume noire qui s’illumine par la poésie qui l’accompagne.

Cette fois Michael mets en scène un homme endetté, brisé, en quête de rédemption, une âme en déroute dans un coin misérable de l’Amérique qui n’a plus que ses poings pour ultime recours à sa perte. Un héros ordinaire qui devient extraordinaire et inoubliable sous la plume puissante et lyrique d’un auteur qui s’affirme encore davantage roman après roman.

Une histoire fascinante, bouleversante qui nous émotionne et nous laisse le cœur en miette.

Michael Farris Smith confirme sa place dans mon panthéon d’auteurs américains de romans noirs incontournables auprès de Larry Brown, Pete Dexter, David Joy ou encore Benjamin Whitmer.

Très heureuse d’avoir croisé sa route cette année encore, au magnifique festival America de Vincennes et à l’Amérique à Oron (Suisse) organisé par Marie Musy ❤️

Un gros coup de cœur une fois de plus et je trépigne déjà d’impatience en attendant le prochain.

Une fois n’est pas coutume : un livre, une chanson… Ben harper accompagnera celui-ci avec Amen Omen (à écouter ici).

Pour info :

Michael Farris Smith est un écrivain américain originaire du Mississipi dont le travail et la personnalité sont fortement marqués par son ancrage territorial dans le Sud des États-Unis.

Si ses voyages en France et en Suisse inspirent son premier roman, The Hands of Strangers (2011), son second récit, Une pluie sans fin (Super 8 editions, 2015), fresque post-apocalyptique qui dépeint un Mississipi dévasté par des intempéries diluviennes, a été salué pour l’originalité et l’intensité de sa langue.

Avec son deuxième roman Nulle part sur la terre, Michael Farris Smith continue de construire une vision littéraire unique, dépositaire de toute l’aridité, la poésie et l’humanité qui rythme l’existence sudiste.

Michael Farris Smith vit aujourd’hui à Oxford, dans le Mississipi.

Le pays des oubliés est son troisième roman publié chez Sonatine.
 

Je remercie les Éditions Sonatine pour ce roman noir inoubliable.

“ Haine pour haine ”

Haine pour haine d’Eva Dolan aux Éditions Liana Levi

Traduit de l’anglais par Lise Garond

” Ce qui restait de la tête était impossible à identifier. Un mélange immonde de sang, d’os et de cervelle. Le visage était enfoncé, le crâne fracassé, difforme. Des dents blanches apparaissaient sous la joue déchirée, un petit point doré sur un bout de chair, le reste d’une oreille. ”

Dans la ville de Peterborough, un nouveau corps est découvert. Il a été assassiné à coups de pied avec une extrême violence. Encore une fois c’est le corps d’un étranger.

Des caméras ont filmé l’agresseur masqué.

La section des crimes de haine se retrouve sur cette affaire à laquelle s’ajoute celle des trois travailleurs immigrés renversés par un chauffard.

L’inspecteur Zigic et sa partenaire vont se retrouver confrontés à de nombreuses pressions de leur hiérarchie. Le racisme a beau être au centre de ces affaires, il est préférable de ne pas en faire cas, surtout auprès des médias, cela risquerait de déclencher des émeutes raciales au cœur de cette ville déjà sous tension.

” Il s’agissait d’un racisme invisible, quelque chose que les Anglais avaient du mal à concevoir. Les conflits sanglants d’Europe de l’Est continuaient de couver sous la surface et ils étaient au cœur d’un grand nombre des incidents qu’ils avaient à traiter aux crimes de haine. Les Polonais détestaient les Lituaniens, les Bulgares détestaient les Roumains, et tout le monde méprisaient les Rome. Un racisme Blans contre Blancs qui ne se basait que sur le nom des gens.

Une haine absurde qui ne montrait au signe d »essoufflement.

La police s’inquiète, tout comme Richard Shotton , un député local d’extrême droite en pleine campagne électorale, qui se serait bien passé de cette publicité fort malvenue.

Entre jeux de pouvoir, haine identitaire et crise économique, Eva Dolan dresse un portrait acerbe et visionnaire de l’Angleterre.

Ce que j’en dis :

Le roman noir étant ma lecture de prédilection préférée, je suis toujours ravie de découvrir une nouvelle plume. N’ayant pas encore lu son précédent, je n’avais aucune attente particulière en dehors de passer un bon moment de lecture.

La plume de l’auteur et son duo d’enquêteurs m’ont emporté illico au cœur de Peterborough qui se retrouve plongée en plein chaos en quelques jours.

Son second récit pose un regard noir sur les conséquences de la montée en puissance du néo-nazisme, du racisme et de la difficulté pour les immigrés de s’intégrer dans un contexte pareil, et quand en plus les difficultés économiques du pays et la politique s’en mêlent, rien n’est là pour arranger les conflits présents.

Un roman noir très réussi qui reflète avec précision et réalisme le climat actuel, les tensions raciales et les positions conflictuelles des Anglais face au pré- Brexit.

Une nouvelle voix de la fiction anglaise qui mérite toute notre attention.

En deux romans, elle s’impose directe dans les auteures à suivre.

Une belle découverte pour ma part.

Pour info :

Eva Dolan

Eva Dolan est originaire de l’Essex mais vit aujourd’hui près de Cambridge. Un temps critique de polar, elle est passée brillamment côté auteurs avec son premier roman, Les Chemins de la haine, qui remporte en 2018 le Grand Prix des lectrices de ELLE dans la catégorie «Policier», suivi de Haine pour haine (janvier 2019). Auteur de trois autres romans, Eva Dolan ne pose sa plume que pour jouer au poker, sa seconde passion.

“ Handsome Harry, confessions d’un gangster ”

Handsome Harry de James Carlos Blake aux Éditions Gallmeister

Traduit par Emmanuel Pailler

Dans le couloir de la mort Handsome Harry attend son exécution après avoir été sauvé in extremis. Quelle ironie du sort.

Pour combler cette attente, il nous confesse son parcours de gangster.

” C’était fabuleux. “

Il n’en n’est pas à son premier séjour en prison et s’était fait très vite une sacrée réputation qui n’avait rien pour lui déplaire.

C’est lui là… Handsome Harry… Il braque des banques. Des banques, mec!… Il a descendu un type à Indianapolis… Il a tué un gars de J-ville à mains nues…

Et ainsi de suite. Je ne nierai pas le plaisir que je prenais à toutes ces discussions que j’attirais. Une fois en liberté, je n’ai jamais apprécié la célébrité, mais en taule, tout ce qu’on a, c’est une réputation à se faire et les couilles de la défendre. En taule, la réputation, c’est tout. “

Mais dehors aussi, on lui colle très vite une étiquette. Lui et sa bande sont considérés comme dangereux et pourtant ils ne veulent de mal à personne, mais juste de quoi s’offrir de belles bagnoles, faire la fête avec les copains et fréquenter des jolies filles. Juste profiter de la vie avant de se faire choper par les flics.

” Les journaux nous appelaient désormais le gang de la Terreur. On aurait dit qu’on brûlait, pillait et violait, au lieu de braquer simplement des banques. Ces torchons exagéraient toujours tout, transformant des souris en montagnes. “

Hors-la-loi un jour, hors-la-loi pour toujours.

 » Il ne s’est jamais passé une journée sans que j’apprenne un truc sur la loi qui me l’a rende encore plus détestable que la veille. “

Et puis, vaut mieux finir derrière les barreaux que mort, ça laisse toujours une chance de se faire la malle et de remettre ça…

Ce que j’en dis :

J’avoue, j’ai toujours été fasciné par les braqueurs de banques, mon côté rebelle contre les agios et autres frais bancaires abusifs. Franchement qui n’a jamais rêvé de faire un casse dans sa banque, histoire de remettre les compteurs à zéro ?

Alors quand l’occasion se présente grâce à Léa, créatrice du Légendaire Picabo River Book Club et des éditions Gallmeister, de découvrir l’histoire inspirée d’un grand braqueur, je ne peux que me réjouir et je n’ai pas été déçu.

Ici on braque des banques, on n’enfile pas des perles, donc ça déménage. Et pour le cash on le trouve autant dans les banques que dans le style de l’auteur. Les voyous ça le connaît et on ne s’en lasse pas.

D’après une histoire tirée de faits réels , l’auteur nous plonge dans une époque où les gangsters s’en donnaient à cœur joie, et n’auraient changé de vie pour rien au monde, tout en gardant un sens de l’honneur irréprochable en amitié comme en amour.

Alors une fois de plus mon cœur a battu la chamade pour ces graines de voyous, magnifiquement mis à l’honneur dans ce roman des années folles.

Un récit palpitant qui ne manque ni de rythme, ni d’humour. On lirait bien quelques chapitres de plus histoire de dévaliser quelques banques supplémentaires…

Pour info :

James Carlos Blake naît au Mexique en 1947 dans une famille mélangeant des ascendances britanniques, irlandaises et mexicaines. Il émigre aux États- Unis où il est mécanicien, chasseur de serpent ou encore professeur. En 1995, son premier roman, L’Homme aux pistolets, sur le célèbre hors-la-loi John Wesley Hardin, remporte un grand succès. Auteur d’une dizaine de romans, d’essais et de biographies, il aime brosser les portraits flamboyants de bandits, célèbres ou non, de marginaux et de personnalités historiques hautes en couleur. Il est notamment lauréat du Los Angeles Times Book Prize et du Southern Book Award.

Je remercie Léa et les Éditions Gallmeister pour cette épopée succulente.

 » Gang of L.A. »

Gang of L.A. Une enquête d’Isaiah Quintabe de Joe Ide aux Éditions Denoël

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Diniz Galhos

” Une bande de Sureños Locos 13 traînait sur un carré de gazon à côté de l’entrée, et ce n’était pas par hasard. Il y avait là un muret en béton derrière lequel on pouvait s’abriter et des bananiers où l’on pouvait cacher des flingues. Un tas de leurs potes étaient en cellule pour port d’arme illégal. Bien qu’âgés de moins de vingt ans pour la plupart, les Locos étaient de vrais tueurs, et ce jour-là, personne n’avait oublié son uniforme : short baggy, T-shirt blanc ou maillot de football américain trop large, et un accessoire rouge. Un bracelet, une casquette, un bandana dépassant de la poche. Le rouge, c’était leur couleur. ”

Certains quartiers mal famés de Los Angeles à l’est de Long Beach, regorgent de criminels et la police a bien du mal à faire face. Meurtres impunis, retraités dépouillés, enfants kidnappés, la violence ne cesse d’augmenter, et les gangs de prospérer.

Mais on murmure le nom d’un citoyen qui pourrait bien aider ceux abandonnés par la police : Isaiah Quintabe.

” Isaiah n’avait pas de site Internet, pas de page Facebook ni de compte Twitter, mais les gens parvenaient quand même à le contacter. Il traitait en priorité les affaires locales dont la police ne pouvait pas ou ne voulait pas s’occuper. Ce n’était pas le travail qui manquait, mais la plupart de ses clients le rémunèreraient en tarte à la patate douce, en coups de râteau dans son jardin ou en tout nouveaux pneus radiaux. Et ça, c’était quand on le payait. “

On l’appelle IQ, un loup solitaire, autodidacte qui cache sous une apparence banale une ténacité à toute épreuve et une intelligence hors du commun. Ce n’est hélas pas avec ce qu’il gagne avec ses clients qu’il va pouvoir s’en sortir. Alors parfois, il accepte certains contrats plus lucratifs.

C’est à cette occasion qu’il va se retrouver à bosser pour un célèbre rappeur qui est convaincu qu’on veut lui faire la peau.

Et la manière dont on a tenté de l’éliminer est assez surprenante et même terrifiante, de quoi s’inquiéter sérieusement.

” Isaiah regarda la vidéo en s’efforçant de trouver un sens à tout cela. Quelqu’un avait envoyé un chien pour tuer Cal. Quelqu’un s’était servi d’un chien comme assassin. Qui avait pu faire une chose pareille ? “

L’enquête d’Isaiah va l’amener à croiser une ex-femme rancunière, des molosses aux dents acérées, un tueur à gages sanguinaire qui ferait même fuir le pire des gangs…

Il était loin d’imaginer ce qui l’attendait, mais quelques soient les dangers qu’il pourrait rencontrer, il ira jusqu’au bout de cette affaire.

Ce que j’en dis :

Il est écrit sur la couverture : une enquête d’Isaiah Quintabe et j’ose espérer que ce ne sera pas la seule, même si j’ai découvert pour mon plus grand plaisir que cet opus sera adapté en série télévisée par la production à qui l’on doit The Dark Knight et American Bluff.

Pas étonnant que ce récit m’ai accroché dès le départ, en écourtant sérieusement ma nuit pour prolonger au maximum ma lecture, terminée dès le lendemain matin en le quittant à regret, comme lorsqu’on arrive au dernier épisode d’une super série.

Enivrée par la plume de Joe Ide, développant immédiatement un attachement aux personnages, je me suis retrouvée embarquée dans une histoire qui voyage entre le passé et le présent d’ Isaiah, qui nous permet de mieux comprendre comment cet homme en est arrivé là.

Une construction étonnante, qui s’enchaînent merveilleusement à un rythme endiablé, pleine de surprises inattendues au côté d’une galerie de personnages explosifs qui donnent à ce roman une originalité extraordinaire. Même si la violence est au rendez-vous, l’enquête n’en demeure pas moins fascinante et souvent hilarante.

Joe Ide a donné vie à un enquêteur fabuleux qui risque de faire beaucoup d’ombre à certains et il serait vraiment dommage qu’il s’arrête là.

Vous l’aurez compris, cette virée à Los Angeles m’a captivé, et je suis sous le charme de cette nouvelle plume mais également de ce génie d’enquêteur.

Un polar noir américain à découvrir d’urgence.

Pour info :

Joe Ide est d’origine japonaise et a grandi dans les quartiers chauds de South Central Los Angeles, dévorant Arthur Conan Doyle et fasciné par l’idée qu’un personnage puisse triompher de ses adversaires uniquement à l’aide de son intelligence. Après des études à l’université, il s’est essayé à plusieurs métiers avant d’écrire son premier roman, Gangs of L.A., inspiré par sa jeunesse et par cet amour pour Sherlock Holmes.

Joe Ide vit aujourd’hui à Santa Monica, en Californie.

Il a reçu en 2017 pour Gangs of L.A., en tant que meilleur premier roman, le Prix Anthony, le Prix Macavity et également le Prix Shamus aux États-Unis.

La traduction de Gangs of L.A. a bénéficié d’une subvention du CNI.,fait assez rare pour les polars.

Je remercie les Éditions Denoël pour cette virée extraordinaire à L.A.

“ Mauvaises graines ”

Mauvaises graines de Lindsay Hunter aux Éditions Gallimard

Traduit de l’américain par Samuel Todd

” Baby Girl et son crâne à moitié rasé, ses cils blonds et son bras couvert de taches de rousseur appuyé sur le volant. Racaille à deux balles. Parfois, Perry donnait l’air de ne penser que du mal de Baby Girl, mais quand elle avait aperçu son reflet dans le rétro extérieur, elle s’était dit que le spectacle était tout aussi merdique. “

Baby Girl et Perry, deux jeunes filles un peu paumée, plutôt rebelles comblent leur mortel ennui par quelques petits larcins.

Deux sauvageonnes bien trop souvent livrées à elle-même qui n’ont pas grand-chose à faire, ni grand-chose à perdre.

 » Plus rien ne semblait compter. Mais le soleil finissait toujours par se lever.  »

Comme la majorité de la jeunesse actuelle, elle traîne également beaucoup sur les réseaux sociaux. C’est là qu’elle vont faire la connaissance de Jamey, qui au fil du temps va réussir à les convaincre de le rencontrer.

Mêmes elles sont consciente d’être en contact avec un gros mythomane, rien ne les arrête. Les mauvaises graines sont sur le point d’éclore… Dieu seul sait de ce qu’ elles seront capables de faire.

 » D’accord, dit Perry, une fois Baby Girl calmée. Allons filer une leçon à ce connard. “

Ce que j’en dis :

À travers ce roman noir, l’auteur nous brosse les portraits d’âmes à la dérive issues de la classe sociale dites déclassée. Chacun est habité d’une profonde solitude et comble ce vide de différentes façons. Pour les adolescentes, c’est la rebelle attitude qui les définit le mieux, deux jeunes pousses attirées par la mauvaise herbe qui envahit leur quotidien. Des vies cabossées, et des familles dépassées qui baissent les bras et préfèrent pour certaines se réfugier dans l’alcool, sans oublier le danger des rencontres virtuelles, nouveau fléau d’internet.

Un premier roman noir contemporain très réussi porté par une plume imprégnée de réalisme qui m’a emportée avec un certain plaisir auprès de ces mauvaises graines qui pourraient devenir avec un peu d’attention et d’amour de belles plantes si on leur laisse le temps de grandir.

Une auteure qui devrait nous réserver de belles surprises à l’avenir.

Une belle découverte pour ma part.

Pour info : Originaire de Floride, Lindsay Hunter vit désormais à Chicago.

Mauvaises graines est son premier roman.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette histoire auprès de ces rebelles très touchantes.