Punk Friction

Punk friction de Jess Kaan aux Éditions Lajouanie

«  (..) Desmond jeta un œil au cimetière d’Auchel, son horizon depuis onze ans maintenant. Voisins tranquilles, capables de se faire honorer à la Toussaint Et oublier le reste de l’année : le boulevard des allongés dans toute sa splendeur. Rien à voir avec les spectres revanchards des films américains. Une fois mort, le Français se reposait et arrêtait de râler. (…) À une centaine de mètres de lui à vol d’oiseau, un halo orangé transperçait la nuit de février. Un brasier entre les tombes dévorait une masse imposante.  »

Un barbecue au milieu d’un cimetière en plein hiver, ça fait déjà désordre, si en plus on y brûle un corps c’est d’autant plus inquiétant. S’agit-il d’un acte gratuit, d’une vengeance, d’un meurtre ? Une bande de punk qui squatte dans les parages est toute de suite visée. Pour la population ça ne peut-être qu’eux, bien évidemment.

« Quatre paumés du Nord, le genre de gosses comme Il en existe des milliers, une génération sacrifiée par un système à bout de souffle. Enfants cassés, enfants broyés, par des rouages socio-économiques les dépassant. Difficultés familiales au sein de tribus éclatées, borderline, échec scolaire lié à leur différence, aucune perspective et aucune possibilité de rémission : le quatuor avait fini à la rue où les tentations s’avéraient nombreuses. « 

Une enquête plutôt glauque pour Boris Lisziak, le bleu fraîchement sorti de l’école de police, heureusement il fait équipe avec le capitaine Demeyer, un vieux de la vieille qui a déjà tout vu.

 » Finalement, ils décidèrent de retourner dans les tréfonds de l’âme humaine. Au risque de perdre la leur ?  »

Une jeune lieutenant, en poste dans la cité va se joindre à eux, et s’imposer à ce duo pour le moins hétéroclite. Va falloir faire parler la population qui reste muette comme une tombe.

 » Éviter les ennuis, adopter profil bas. La recette de la tranquillité moderne et d’une société décrépite.  »

Jess Kaan à travers ce roman contemporain, policier mais pas que, nous entraîne dans le nord de la France où la délinquance juvénile reflète notre société actuelle. Face à la faillite de l’institution, et à la précarité des habitants qui tentent de survivre malgré tout, elle augmente considérablement.

Avec une plume assez cynique et une histoire qui sort des sentiers battus, tout en étant très proche de la réalité, l’auteur s’impose admirablement avec qui plus est des enquêteurs atypiques. C’est bon, ça change du déjà vu, et ça fait du bien.

Une fois encore les Éditions Lajouanie ajoute à leur équipe, une nouvelle recrue très prometteuse. La marque de fabrique est on ne peut plus respectée, avec ce roman policier mais pas que…

Jess Kaan est enseignant dans le nord de la France. Outre des romans noirs, Il écrit des nouvelles et publie régulièrement des chroniques dans de nombreux blogs et revues européennes.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour cette ballade en enfer.

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 » Stone Junction « 

Stone Junction de Jim Dodge aux Éditions Super 8 

Traduit de l’anglais (USA) par Nicolas Richard

 » La naissance se déroula sans complications. Dix-neuf heures plus tard, après que l’infirmière eut amené Daniel pour sa troisième tétée, Annalee sauta hors du lit, s’habilla en hâte et quitta la maternité, tenant Daniel emmitouflé dans ses bras. (…) 

    – Okay, mon gars, dit-elle. C’est parti. « 

Et c’est ainsi que Daniel fit son entrée dans le monde et l’aventure ne faisait que commencer.

 » Peu après le cinquième anniversaire de Daniel, Annalee s’assit pour lui exposer scrupuleusement les avantages et les inconvénients possibles, inhérents à la fréquentation de l’école. Elle laissa le choix à Daniel. Il ne lui fallut pas longtemps.

   – Nan, dit-il, ça a l’air merdique, l’école.  »  

Mais n’allez pas croire qu’Annalee  était une mauvaise mère, elle avait déjà apprit à lire à Daniel, et ils fréquentaient assidument la bibliothèque à chacun de leur passage en ville. Et puis dans le Relais de bandits de grands chemins dont elle s’occupait, les hors-la loi apprenaient à Daniel des tas de combines de survies. Et bien plus encore quand ils furent recueillis par un conglomérat de magiciens. Daniel y découvrit la vie, la méditation. On lui enseigna la pêche, la dope, le crochetage de coffre-fort, le poker, la dissimulation, la métamorphose et même l’invisibilité.

Plus tard, sa mère étant partie dans des circonstances que je vous laisse découvrir, il n’aura de cesse de retrouver son assassin, avec autant de conviction qu’il en mettra pour retrouver son père.

 » – Et merde, qu’est-ce que ça peut foutre, hein ? Pourquoi se faire chier avec des broutilles quand la mort connait ton adresse… »  

Et à ces recherches s’ajoutent une autre mission pour lequel il semble avoir été formé, dérober un diamant au pouvoir magique…

 » Les disciplines dans lesquelles il excellait – des occupations essentiellement solitaires- étaient illégales dans la plupart des États. Faire pousser de la drogue, ouvrir des coffres-forts et jouer au poker, autant d’activités potentiellement lucratives, et, à défaut d’autre chose, prendre des risques ne lui faisait pas peur. « 

Ce livre est un objet littéraire identifié comme fantastique. Sept cents pages de pur bonheur. 

La magie opère dés les premières pages dans ce conte de faits pour adultes. On s’envole pour une aventure livresque hors du commun. On accompagne Daniel dans sa quête survoltée, parsemée d’épreuves à surmonter en chemin, tout en gardant un regard optimiste. On y célèbre la vie et on se souvient des morts. Parfois tendre, cynique, et en même temps féroce. 

Jim Dodge a l’imagination débordante, une belle verve, pétillante, truculente, mystérieuse, drôle, intelligente, inventive. Il a réussi à me faire rêver, rire, à me redonner mon âme d’enfant.

Un livre qui ne peu pas laisser indifférent, capable de changer la vie des lecteurs ou tout du moins de la rendre plus agréable pendant et après la lecture. 

Tout comme pour  » Carter contre le diable  » de Glen David Gold, les éditions super 8 nous font un beau cadeau en rééditant ce livre tout aussi extraordinaire. 

Un véritable émerveillement pour les lecteurs, une folle aventure livresque qui laisse des étoiles dans les yeux, et un pincement au cœur une fois terminé. 

Un beau coup de cœur pour toute cette fantaisie couchée sur du papier.

Jim Dodge est né en Californie. Il a notamment été bûcheron, berger, prof, ramasseur de pommes et joueur professionnel (le reste étant secret défense). Il a aussi écrit les trois merveilleux romans que sont  » L’oiseau de Cadèche, Not Fade Away, et Stone Junction,préalablement publié dans l’intrépide collection « Lot 49 » au Cherche Midi. 

Je remercie Nadia et les Éditions Super 8 pour cette lecture magique.

 » Le mystère Jérôme Bosch « 

Le mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf aux éditions Le ChercheMidi

Traduit de l’allemand par Joël Falcoz.

 » Le vieux renard du Prado avait peut-être raison. Si ce qu’Antonio se révélait exact, ce serait un découverte scientifique sensationnelle : des symboles cachés sur l’une des peintures les plus marquantes de l’histoire de l’art. Et il aurait participé à cette trouvaille.  »

En 2013

Un homme malveillant a voulu détruire la beauté d’un tableau avec de l’acide. Est-ce un profanateur d’œuvres d’art ou un déséquilibré ? En attendant cet acte de vandalisme considéré comme un attentat révéla un message caché.

 » Trop de personnes s’intéressaient soudainement au Jardin des délices et à ses mystères.  »

Le terroriste n’est autre qu’un prêtre dominicain. Le religieux est convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’église.

Michael Keie, restaurateur de tableau se voit confier la remise en état du triptyque. Après avoir découvert les symboles cachés, il va tenter en compagnie d’Antonio de Nebrija de déchiffrer ces signes étranges.

Le prêtre profanateur va remonter en 1510 pour leur conter l’histoire du tableau.

 » De nouveau, sa voix rappelait celle d’un conteur, capable de captiver son auditoire et de l’entraîner dans les arcanes du passé.  »

Nous voilà transportés dans les Flandres en l’an Grâce 1511 à la rencontre de Jérôme Bosch le peintre du Jardin des délices.

 » (…) vous devez écrire le message sous forme d’image. C’est vous l’insignis pictor. C’est vous le génie de la peinture, pas moi.

– Pour y parvenir, il me faudrait être un démon, un ange ou un dieu. Je ne suis qu’un homme !

– Ne vous sous-estimez pas. Vous disposez d’une grande sensibilité et d’une créativité prodigieuse. (…) Personne avant vous n’a peint de la sorte ! C’est seulement ainsi qu’il peut contempler le monde comme s’il lisait un livre ouvert devant lui. Il est alors forcé de se comporter comme un lecteur attentif. Cette idée est née sous votre pinceau, maitre Bosch.  »

Un tableau qui prédit l’avènement d’une ère nouvelle dans laquelle les femmes joueront un rôle prépondérant. En ces temps immémoriaux c’étaient elles qui domineraient le monde, de quoi en affoler plus d’un.

«  Le triptyque à été conçu pour semer le doute dans l’esprit de celui qui Le contemple.  »

Un tableau qui dénonce le système patriarcal défendu depuis des siècles par l’église catholique.

 » Au nom de la foi, un fou condamnait sans aucun scrupule des innocents parce qu’ils pensaient autrement et pratiquaient d’autres rites que ceux imposés par l’Église catholique. Tous croyaient pourtant au même dieu, à la même rédemption, au même paradis.  »

Pas surprenant que tant de personnes de tout temps cherchent à détruire cette toile.

 » Quand vous aurez compris le tableau, vous aurez la réponse à votre question (…)  »

Tout comme j’admire ce tableau de Jérôme Bosch, j’admire le récit de Peter Dempf.

En voyageant entre Madrid et Bois-le-Duc dans les Flandres, j’ai découvert à travers deux enquêtes parallèles l’une dans le présent et l’autre dans le passé, l’histoire de ce tableau et j’ai tenté moi aussi de percer ses secrets.

Tout comme dans la toile, le soucis du détail est bien présent, la qualité de l’écriture est aussi soignée que les coups de pinceau du Maître d’œuvre.

Le roman devient un thriller captivant, d’où l’on ressort contemplatif face à ce suspense magistral.

Le mystère reste entier jusqu’au final, voire au-delà.

Le livre à lui tout seul, avec sa couverture qui laisse apparaître le tableau est un bijou.

Peter Dempf nous offre à travers son récit un voyage dans le temps à travers un jeu de piste extraordinaire .

Un Thriller érudit, passionnant qui en a déjà éblouit plus d’un.

À votre tour … faites- moi confiance.

Peter Dempf est né à Augsbourg, écrivain mais également professeur d’histoire et de littérature allemande. Il a publié depuis 1983 une quinzaine de romans, des recueils de poèmes et des nouvelles. Le Mystère Jérôme Bosch est son premier roman publié en France.

 » L’obscure clarté de l’air « 

L’obscure clarté de l’air de David Vann aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 » Ô toi la Sombre, dit Médée à l’eau. Fais que tout ce qui lie puisse tomber enfin. Que tout ce qui est connu devienne confus. Que tout ce que nous sommes meure. Fais que je devienne la plus haïe des femmes, et la plus authentique. « 

Médée est la fille d’Éétès et d’Idyie. Elle devint une magicienne habile et une prêtresse d’ Hécate. Elle bravera tous les interdits pour maîtriser son destin, jusqu’à tuer son frère pour empêcher son père de la poursuivre dans sa fuite avec Jason.

« Son père, une menace depuis le tout début, un ennemi avant même sa naissance.  » 

Assoiffée de pouvoir, par amour pour Jason, elle se livra à toutes sortes de crimes.

 » Jason debout devant elle, improbable, comme elle ne l’aurait jamais imaginé. Un demi-Dieu, dans la grâce divine, un cadeau.  » 

Trahie par Jason, elle sera animée par un insatiable désir de vengeance.

Le portrait d’une femme tout en noirceur dévorée par sa passion.

Quand on ne lit pas systématiquement la quatrième de couverture, mais que l’on s’en tient au nom de l’auteur sur la couverture, ça réserve parfois quelques surprises inattendues. Connaissant la plume de David Vann à travers ses romans noirs d’un style que j’affectionne particulièrement, je ne pensais pas me retrouver sur un bateau en compagnie de Médée une déesse de la mythologie grecque.

Mais dans quelle galère je me suis embarquée ?

J’avoue ce n’est pas le genre d’histoire qui me fait rêver et sans la plume de l’auteur absolument fabuleuse je l’aurais vite abandonné.

David Vann revisite à sa manière le mythe de Médée, sous une plume lyrique et merveilleusement sombre.

Un roman ambitieux, particulier, déroutant, où seule l’écriture m’a captivité.

David Vann est né sur l’île Adak, en Alaska. Il est l’auteur de Sukkwan Island, prix Médicis étranger en 2010, traduit en dix-huit langues dans plus de cinquante pays, et de cinq autres romans et d’un récit, Dernier jour sur la terre, tous publiés chez Gallmeister. Il partage désormais son temps entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande.

 » Dans la chaleur de l’été « 

Dans la chaleur de l’été de Vanessa Lafaye aux Éditions Pocket

Traduit de l’anglais par Laurence Videloup

 » Le barbecue en l’honneur du 4-juillet était le point d’orgue de la vie sociale de Heron Key, la seule fête à laquelle les Noirs pouvaient assister, du côté de la plage qui leur était réservé, bien sûr, mais lorsque le feu d’artifice commençait, personne ne pouvait séparer le ciel.  »

Henry est de retour après dix-huit ans et hélas rien n’a changé. Les Blancs d’un côté et les Noirs de l’autre comme sur un jeu d’échecs, mais ici l’avantage est toujours pour les Blancs. La ségrégation est toujours aussi présente et aussi violente.

Henry est un vétéran, il a connu l’enfer des tranchées en France et des années d’errance en Europe. Et maintenant, il se retrouve parqué avec ses compères dans un camp insalubre.

 » Et aujourd’hui, cette insulte finale : on le condamnait à vivre en enfer, ou presque, relégués dans un endroit paumé, où le pays pouvait oublier ce qu’il leur devait.  »

Missy non plus plus n’a pas changé en l’attendant. Toujours différente, mais plus belle et plus cultivée malgré sa couleur de peau.

 » Petite elle avait déjà peu d’amis. Parce qu’elle préférait les livres aux jeux dans les marais, les gamins du coin la trouvaient coincée. Aujourd’hui Missy avait toutes les chances de finir vieille fille. Trop intelligente pour les gars d’ici, trop fière pour jouer l’innocente. »

Selma attendait ce retour également, mais bien davantage. Henry avait des comptes à lui rendre mais pour l’instant, elle était tout simplement heureuse de l’avoir retrouvé.

Quand il se retrouva en mauvaise posture après la soirée du 4-juillet, sa couleur de peau faisant de lui un coupable idéal, en plus des rumeurs qui circulent dans la communauté, il put toujours compter sur Missy et Selma. Mais l’agression de cette femme blanche échauffe les esprits sous ce soleil de plomb et les tensions ne cessent de monter entre les Blancs et les Noirs.

 » Plein de gens, y sont prêts à croire un mensonge, si ça répond à un besoin.  »

Un ouragan se prépare, lui seul ne fera aucune différence à la couleur de peau pour donner la mort sur son passage…

Vanessa Lafaye nous offre à travers ce premier roman un récit terriblement poignant, d’une force égale à cet ouragan qui l’accompagne. À travers ses mots bouleversants, on partage la douleur de ces hommes et ces femmes déjà tant meurtris. Un combat de plus les attend quand les éléments se déchaînent.

Une histoire inspirée de faits réels qui ont marqué l’auteure, où elle honore ici leurs mémoires.

Un roman passionnant, brûlant de réalisme, où l’amour l’emporte sur la haine malgré tout.

Plein d’humanité, de sensibilité, tel un bon blues qui t’écorche le cœur, et te tire les larmes.

S’adresse à tous ceux qui se révoltent contre les injustices, à tous ceux qui aiment être remués, bouleversés. À tous les amoureux de la littérature américaine qui aiment les récits authentiques forts en émotions.

Une nouvelle plume américaine qui rejoint mes coups de cœur dans la même veine que  » la couleur des sentiments  » de Kathryn Stockett,  » La colline aux enclaves  » de Kathleen Grissom ,  » En attendant Babylone  » d’Amanda Boyden.

Née en Floride à Tallahassee, Vanessa Lafaye a étudié en Caroline du Nord, puis à Paris. Elle s’installe finalement en Angleterre avec son époux et leurs enfants. Après avoir travaillé dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, elle se consacre désormais à l’écriture et au chant – elle dirige la chorale de sa ville de Malborough. Dans la chaleur de l’été ( Belfond, 2016) est son premier roman.

Le club des pendus

Le club des pendus de Tony Parsons aux Éditions de La Martinière

Traduit de l’anglais par Anne Renon

 » La douleur.

Mahmud ne savait pas qu’une telle douleur pouvait exister. Les minutes s’écoulèrent telles des siècles, des milliers d’années. Mahmud cessa de balancer les jambes, et ses bras pendirent mollement le long de son corps.

Il venait de pousser un dernier souffle rauque au fond de ce sous-sol aux murs de briques blanches tachées, dissimulé dans les tréfonds de la ville. « 

À Londres, un homme vient de mourir, pendu par des hommes qui ont décidé de rétablir la peine capitale. Ils agissent tels de véritables justiciers, et punissent ceux qui ont réussi à échapper au système judiciaire.

 » Mais qui pourrait lui en vouloir à ce point ? S’interrogea le nouveau, TDC Greene.

Je me rappelai alors le gang des violeurs de Hackney. Qui ne lui en voudrait pas ? « 

Une ambiance mortelle s’installe sur la ville caniculaire. Le bien et le mal s’enchevêtrent. Albert Pierrepoint, un bourreau du siècle dernier semble servir de modèle à ces êtres vengeurs.

 » Le vent dans les arbres de Hyde Park se mit à siffler. Comme si les fantômes de Tyburn se lamentaient. « 

La peur s’installe, sème le doute…

 » Comme si l’on ne pouvait plus croire personne, comme si tout le monde était devenu fou, et allait se mettre à danser sur nos tombes.  »

 

Le détective Max Wolfe se retrouve sur cette affaire. Sa conscience le tourmente.

La justice est-elle vraiment là où on le croit ?

 » Le bandeau de la justice symbolise ses jugements raisonnables et impartiaux, mais il me semblait aujourd’hui qu’il ne l’incitait qu’à les rendre irréfléchis et cruels. « 

Son amour infini pour sa fille le préservera – t- il de toute la violence qui croise son quotidien ?

Une fois encore, il s’investit à fond et ne lâchera rien…

J’ai découvert Tony Parsons avec  » Des garçons bien élevées  » que j’avais grandement apprécié, de par sa plume complètement addictive, travaillée et sans superflu, avec un enquêteur sensible et dur à la fois. J’ai poursuivi ma découverte avec  » Des anges sans visages » ( Ma Chronique Ici ) toujours aussi fort alors il était certain que je serais tentée de poursuivre avec  » Le club des pendus  » .

Je retrouve Max Wolf et sa fille Scout, duo toujours aussi attachant, pour une nouvelle enquête au cœur de Londres.

Cette fois Max devra se battre avec sa conscience, car plus que jamais le bien et le mal se confondent. Sa rage de policier endurci n’aura de cesse de rendre justice une fois de plus.

Tony Parsons nous accroche comme à son habitude avec une histoire démoniaque et une plume incisive, loin d’épargner le lecteur avec certaines scènes tout en le captivant. Un certain malaise nous envahit face à un développement d’empathie pour ces bourreaux qui agissent quand la justice est trop laxiste.

Seuls les moments père – fille apporteront un peu de douceur au récit plutôt noir dans l’ensemble.

Un polar  » so british  » absolument réussi. Percutant, dérangeant, et brillant.

Une fois encore, j’ai savouré cette lecture anglaise moi qui suis plutôt férue de littérature américaine, l’exception qui confirme la règle comme on dit.

Des retrouvailles à la hauteur de mes espérances. Un thriller contemporain absolument génial.

Né dans le Comté d’Essex, en Angleterre, Tony Parsons abandonne ses études à l’âge de 16 ans ; les jobs mal payés qu’il enchaîne lui laissent le temps de se consacrer à son vrai but : la littérature. C’est à la distillerie Gordon’s qu’il commence à écrire son premier roman. Il en conservera une allergie pour le gin toute sa vie… Devenu journaliste, spécialisé dans le punk-rock, il traîne avec les Sex Pistols, enchaîne femmes, drogues et nuits sans sommeil.

Dix ans plus tard, changement de vie : il connaît un immense succès mondial avec Man and Boy (Un homme et son fils 2001) publié dans 39 langues, vendu à plus de deux millions d’exemplaires, lauréat du British Book Award.

Des garçons bien élevés (2015) et Les Anges sans visages (2016) sont publiés en France aux Éditions de La Martinière.

Je remercie Babelio et les Éditions de La Martinière pour ce Thriller ensorcelant.

 » un été près du lac « 

Un été près du lac de Heather Young aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Carla Lavaste

 » (…) je suis la seule à savoir ce qui s’est passé cet été- là et c’est à moi de décider de le partager ou non. Je détiens ce pouvoir depuis longtemps, mais aujourd’hui je ne sais plus très bien quoi en faire. Je suis la dépositaire de secrets qui ne sont pas les miens ; des secrets qui pourraient noircir le nom des morts sans défense. Des gens que j’ai aimés. Sans doute vaudrait-il mieux oublier tout cela.  »

En tombant sur un carnet vierge de toute écriture, Lucy décide de noircir ses pages en racontant l’histoire de sa famille et réveiller les fantômes oubliés.

En 1935, comme tous les ans, Lucy, Lilith et Emily la plus jeune des trois sœurs viennent passer l’été en famille dans leur chalet du Minnesota, sur les bords d’un lac.

«  Votre mère et moi vous amenons ici parce que, dans notre monde corrompu, cet endroit est un havre d’innocence. Nous voulons que vous soyez des enfants ici. Que vous nagiez, que vous jouiez dans la forêt, que vous regardiez les étoiles. Que vous profitiez des plaisirs simples de la nature et de la famille et que vous restiez innocents aussi longtemps que possible. « 

Mais un matin, c’est le drame et le destin de cette belle famille va basculer. Ils étaient loin de se douter que ce serait le dernier été paisible.

1999, Lucy vient de décéder. Elle lègue le chalet à Justine sa petite-nièce. Cherchant un prétexte pour mettre fin à une histoire d’amour qui lui pèse, cet héritage tombe à point nommé. Elle décide de s’y installer avec ses deux filles.

 » Les choses que nous faisons par amour sont celles que nous sommes le moins susceptibles de regretter. »

La maison est isolée et en piteux état. Ses filles déjà peu emballées déchantent très rapidement. Puis son aînée se comporte étrangement, et développe de manière obsessionnelle un intérêt soudain pour Emily, leur aïeule disparue.

La découverte des carnets lève le voile sur l’histoire et les secrets de la famille.

 » Sur la page de garde, une main tremblante avait écrit  » Pour Justine « . Sur la page d’après, commençait quelque chose qui ressemblait à un journal. (…) Elle lut, tournant les pages tout d’abord avec curiosité, puis avec appréhension et, pour finir, avec horreur.  »

À travers ce roman choral qui donne la voix à Lucy et Justine, on voyage entre passé et présent en découvrant l’histoire de ces deux femmes unies à jamais par les liens du sang. Soixante ans les séparent et pourtant si proches l’une de l’autre à bien des égards. À croire que les drames familiaux doivent se perpétuer d’une génération à l’autre.

 » Sauvée. Quel mot ! Si puissant et, dans le même temps, si passif. Il évoque une force qui nous dépasse, une énergie assez vigoureuse pour détourner le cours de notre vie lorsque nous sommes incapables de le faire nous-même. Dieu, l’amour d’un homme ou d’une femme, la naissance d’un enfant, le simple fait de grandir : autant de choses qui peuvent, pensons-nous, nous sauver. (…) en fin de compte le destin tragique de notre famille se résume à cela : aucun de nous n’a su comment se sauver.  »

Un premier roman absolument captivant, une écriture parfaitement maîtrisée, une intrigue bien ficelée, des secrets de familles à découvrir, des personnages forts attachants, tout est bien présent pour rendre ce moment de lecture on ne peut plus agréable et impossible à quitter avant la dernière page. Une nouvelle plume américaine à suivre assurément.

Une très belle découverte qui rejoint Le Cercle Belfond, une bien belle collection.

Heather Young a renoncé à une carrière dans le droit pour s’adonner à sa passion pour l’écriture. Un pari payant puisque son premier roman, Un été près du lac, a aussitôt été remarqué par le public et sélectionné dans la catégorie Meilleur premier roman du Edgar Award, le prestigieux prix du polar américain. Elle vit dans la Mill Valley, en Californie, avec son mari et leurs deux enfants.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture brillante et passionnante.

 » Mato grosso « 

Mato grosso de Ian Manook aux Éditions Albin Michel

 » Il retrouvait le Brésil trente ans plus tard, sans se douter que c’était pour mourir bientôt.  »

Haret, écrivain bourlingueur revient au Brésil après un exil de trente ans. Il retrouve avec plaisir ce pays enivrant qui lui a tant manqué.

 » Je suis devenu fou de ce pays. De cette nature tirant sa beauté vénéneuse des pourritures qui s’y décomposent. De cette beauté dangereuse où glissent des cascavel mortels, grabouillent des mygales industrieuses, et se tapissent des jacarés aux aguets. Cette folie m’a gagné. Elle est en moi à présent, là où mes sentiments pourrissent et se délitent eux aussi pour former l’humus de cette déraison qui m’enivre de l’intérieur.  »

Une rencontre inattendue va quelque peut ralentir ses projets. Il ne s’attendait pas aussi tôt à un rendez-vous  » mortel ».

 » C’était comme quand il s’était essayé à la boxe. Ce crochet au foie par surprise. La première douleur du choc, et quelques secondes plus tard, l’autre douleur, celle qui irradie dans tout le corps jusqu’à faire disjoncter la conscience.  »

Dans cette ambiance sauvage, dans ce Brésil luxuriant et étouffant nous allons remonter le cours du temps et découvrir le fin mot de cette histoire. Nous avons rendez-vous avec l’amour et la mort. Mais il va falloir être patient et démêler le vrai du faux via ces deux personnages et ces deux versions.

 » (..) Bien sûr qu’écrire c’est mentir, c’est tricher, parce qu’écrire n’est qu’un jeu.

– Oui, écrire est peut-être un jeu, mais lire ne l’est pas.

– Bien sûr que si lire un roman, c’est aimer croire un mensonge, sinon on lit un récit… »

À votre avis Mato Grosso, roman ou récit ? Mensonge ou vérité ? Une chose est certaine c’est bien l’histoire de l’amour et la mort, comme le chante Bernard Lavilliers, dont je te parle encore, comme une maladie qui n’est jamais guérie, un cri inachevé qui ne s’est pas levé, un numéro précis qui n’est jamais sorti, au-delà du pouvoir, à travers les miroirs, je fous le grand bordel, dans la ronde officielle. Figé dans le silence, contemplant la mouvance, de cet amour fragile qui danse sur un fil…C’est un couple inédit, c’est un destin maudit..

c’est l’amour et la mort… dont je te parle encore …

Une histoire brésilienne que nous offre Ian Manook, cet écrivain voyageur, qui a pris grand plaisir à manipuler son lecteur.

Comme après certain grand voyage, j’en ressors mitigée . Pas aussi envoûtée que mon voyage en Mongolie, en compagnie de Yeruldelgger. Un roman intéressant à parcourir mais où j’ai eu du mal à m’y retrouver parfois. Malgré l’originalité de l’histoire, je ne suis pas tombée sous son charme. Il est vrai que c’est un peu la jungle par ici, autant dans les paysages que dans l’écriture foisonnante. Même la vérité se travestit en accord parfait avec le Brésil. J’en garderai un souvenir partagé entre l’amour des mots et la mort des maux qu’il véhicule. Un long chemin tortueux pour découvrir une vérité controversée.

Ian Manook est écrivain, éditeur, journaliste et patron d’une agence de communication. On ne compte plus les métiers exercés, pas plus que les nombreux prix ( Polar SNCF, Grand prix des lectrices de Elle polar, prix Quai du Polar, prix polar des lecteurs du Livre de poche…) qui ont couronné sa trilogie de  » thrillers mongols » traduit dans près de 10 langues : Yeruldelgger, Les temps sauvages et La mort nomade. Il écrit également pour la jeunesse à travers la série Tarko.

Mato Grosso est le dernier roman publié chez Albin Michel.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette lecture surprenante au cœur du Brésil.

 » Sous ses yeux « 

Sous ses yeux de Ross Armstrong aux Éditions le Cherche Midi

Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau

« À mes yeux. Toutes ces personnes derrière les vitres de l’immeuble qui fait face à l’endroit où je me trouve en ce moment. Pour une séance photo. Comme elles jouent bien leur rôle. Comme elles sont Belles. On dirait presque qu’elles savent.  »

Lilly Gullick garde toujours à portée de main sa paire de jumelles. Elle est passionnée d’ornithologie, mais là ce n’est pas les oiseaux qu’elle observe, mais ses voisins, et en particulier ceux de la vieille résidence qui est presque totalement vide. Le quartier se renouvelle et ce vestige détonne dans le paysage.

 » Le progrès nous a tous enfermé chez nous. Nous sommes un monde d’introvertis. Des étrangers qui cohabitent réunis au hasard par le destin. Chacun avec ses mobiles, chacun avec ses mystères, chacun suspect.  »

Après avoir fait connaissance avec une personne de cet immeuble, celle-ci est retrouvée morte dans des conditions étranges. Lily décide alors de mener sa propre enquête. Elle se prend au jeu mais cela tourne vite à l’obsession, et va la mener vers la folie.

 » Je ne savais pas quoi faire alors, j’ai agi de la sorte. »

Quand j’ai commencé ce Thriller psychologique, j’étais loin de me douter qu’il allait à ce point me torturer. Au bout de quelques pages l’ennui s’est installé, du coup ma lecture s’est ralentie et mon intérêt pour cette histoire s’est enfui.

L’écriture déstructurée ne m’a pas conquise, et ce compte à rebours m’a un peu perdu en route.

J’avais l’impression de participer au voyeurisme de cette femme très perturbée et à l’espionnage de la vie privée de ces gens.

Je sais qu’il plaira aux amateurs de thriller psychologique et ça confirme une fois de plus que ce genre de lecture n’est pas faite pour moi.

Très difficile comme exercice quand on n’a pas accroché ni avec l’histoire, ni avec le style de l’auteur.

Libre maintenant à chacun de vous de le découvrir ou pas…

Ross Armstrong est acteur et écrivain. Il vit à Londres. Il a étudié la littérature anglaise à l’ Université de Warwick et le théatre à la Royal Academy of Dramatic.

Sous ses yeux ( The Watcher, 2016 ) est son premier roman.

Je remercie les Éditions Le Cherche Midi pour cette lecture déroutante.

 » Bourbon Kid « 

Bourbon Kid d’ Anonyme aux Éditions Sonatine

 Traduit de l’anglais par Cindy Kapen



 » Un esprit maléfique nommé Caïn a libéré les quatre cavaliers de l’apocalypse. » 

C’est pas la joie sur terre, apparement certains ont décidé de son extinction. Il est temps que les Dead Hunters interviennent. Bon d’accord ce sont des tueurs sanguinaires à la morale plus que douteuse, mais pour affronter un démon qui est plutôt malin, fort et intelligent, on n’a pas vraiment le choix.



(…) le quartier général des Dead Hunters. Ils étaient installés au Purgatoire, un bar situé dans une zone privée du Cimetière du Diable, une vaste région désertique où l’on ne s’aventurait que pour une raison bien précise, ou par extrême malchance.  » 

 

Seulement l’un d’entre eux est introuvable… Le Bourbon Kid a disparu.

Une armée de morts vivants qui accompagne les quatre cavaliers va profiter de cette aubaine pour tenter de décimer les Dead Hunters.

« La dernière fois que les quatre cavaliers ont été vus en liberté, Dieu a envoyé Jésus sur terre pour les détruire et sauver l’humanité. « 

 » Si Dieu avait l’intention d’envoyer qui que ce soit pour empêcher cette apocalypse, il l’aurait déjà fait. S’il n’a envoyé personne, c’est qu’il en a assez de l’humanité. Il veut la fin du monde ! « 

 

Cette fois on dirait bien que Dieu a baissé les bras.  Ça ne va pas faciliter la tache de ceux qui sont pris pour cible. Des têtes vont tomber, du sang va couler, ça va saigner dans les chaumières. La fin du monde approche, Caïn est dans la place, mais je lui souhaite bien du courage pour arriver à ses fins , Jack Daniels alias Bourbon Kid même dans l’ombre n’a pas dit son dernier mot.

 

Depuis ma découverte des écrits de cet auteur ANONYME  avec Le livre sans nom, je n’ai cessé de poursuivre ces aventures qui chaque fois me régalent. Bien sûr j’ai de suite pensé à l’univers de Tarantino, ce coté déjanté et sanguinaire lui ressemble beaucoup. En tant que cinéphile, j’ai succombé à cet univers qui allie policier et fantastique. Ça déménage, tel un shot de whisky, tu l’auras compris c’est pas pour les chochottes. Ça flingue à tout va, c’est vulgaire, maléfique, avec des personnages complètement barges. Un pur régal quand on aime sortir des sentiers battus et s’éclater un maximum. Qui plus est faut avouer aussi que la couverture de ce dernier volet est absolument superbe, et le contenu est tout aussi savoureux, du pur malt à consommer sans modération. 



Sincèrement, je vous encourage à vous plonger dans ces récits et quel que soit l’auteur je ne peut que saluer son talent pour, à chaque fois, me faire oublier le monde qui m’entoure. Alors n’hésitez pas à vous aventurer à toute berzingue dans ce monde imaginaire absolument démoniaque et farfelu. 

 

Volontairement mystérieux et discret sur son identité, ANONYME est l’auteur anglophone d’une série de plusieurs ouvrages qui débute en 2006, avec le livre sans nom, succès commercial et critique. L’écriture d’ ANONYME est un hommage cinéphile aux univers ironiques et gores de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. 

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette lecture fracassante.