Gallmeister forever

Et si aujourd’hui nous partions pour un tour d’horizon sur mes dernières lectures des éditions Gallmeister.

Du passé au présent, tout à fait à l’esprit de cette maison qui nous offre des voyages américains extraordinaires en nous faisant découvrir l’Histoire de ce pays qui ne cesse de nous surprendre.

Partons tout d’abord au cœur de la guerre de sécession en compagnie d’Henry Fleming, un jeune soldat de l’armée nordiste, tout juste 17 ans, envahit par le doute, la peur et va se comporter en lâche face au combat qui fait chaque jour de nombreuses victimes innocentes.

– Jim, il t’es déjà arrivé d’penser qu’tu pourrais prendre la fuite, toi aussi ? demande-t-il .

Il conclut sa phrase paru. Rire, comme s’il avait été dans son intention de plaisanter. Celui qui parlait fort gloussa aussi.

Le grand soldat agita la main.

– Eh ben, dit-il d’un air inspiré, y m’est arrivé d’me dire qu’ça pourrait être chaud pour Jim Conklin, dans certaines de ces mêlées, et qu’si y avait plein de gars qui prenaient la tangente, ben, j’suppose que j’détalerais moi aussi. Et qu’si j’commencais, j’déguerpirais comme si j’avais le diable aux trousses, ça ferait pas un pli. Mais qu’si tout le monde tenait sa position et combattait, et ben j’la tiendrais et j’combattrais. Nom d’une pipe, j’le ferais. J’suis prêt à l’parier. “

Malgré les paroles de ses supérieurs, il ira se mettre à l’abri sans prendre part au combat. Après la bataille, dans la confusion la plus totale, il sera pourtant décoré suite à une blessure. Il devient un héros malgré lui.

Un formidable récit de guerre paru aux États-Unis pour la première fois en 1885, que les Éditions Gallmeister ont eu la bonne idée de rééditer.

Un récit intense et assez fort, qui nous offre un fragment de cette guerre à travers les yeux d’un jeune soldat, complètement effrayé.

L’insigne rouge du courage de Stephen Crane, traduit de l’américain par Johanne Le Ray et Pierre Bondil.

Découvrons maintenant des nouvelles d’Amérique, nées sous la plume magnifique de James McBride, auteur de romans édités également aux éditions Gallmeister.

Nous allons au détour de ces pages, croiser un vendeur de jouets anciens, prêt à tout pour mettre la main sur le plus précieux des jouets qui pourrait bien changer sa vie à jamais. Puis cette bande de gamins amoureux de musique mais aussi Abraham Lincoln au grand cœur, sans oublier cette virée au zoo où les animaux parlent et ne se gênent nullement pour dégoiser sur la race humaine.

Autant d’histoires qui font de ce recueil une formidable aventure, portées par une plume où l’imaginaire côtoient la poésie, avec humour et tendresse et beaucoup d’humanité.

C’est aussi délicieux que votre friandise préférée.

” Lincoln, à sa manière habituelle, avait lâché une bombe à laquelle personne ne s’attendait. Il avait changé la nature de la guerre. Ce n’était plus une guerre entre États. C’était maintenant une guerre contre l’esclavage.  »

Le vent et le lion de James McBride, traduit de l’américain par François Happe.

En passant par le Montana, je n’ai pas boudé mon plaisir en retrouvant C.W. Sughrue, ce détective privé, très attachant que j’avais rencontré dans deux précédents romans.

Cette fois il est embauché par deux frères jumeaux, très amoureux des flingues, pour retrouver des poissons exotiques. Une affaire assez simple mais qui va très vite le conduire sur les traces d’une femme en fuite avec son chérubin.

Toujours aussi déjantée, cette nouvelle enquête illustrée par Pascal Rabaté m’a embarqué dans une aventure survoltée, arrosée d’adrénaline, d’alcool sans oublier une bonne quantité de drogue.

Ça se déguste comme un Shot de whisky, ça décoiffe et on en redemande encore une dose.

” -(…) Fait gaffe à ton cul, là-bas, vieille branche. Je ne peux pas dire que je suis fou de cette affaire. Et toi ?

– Moi, j’ai de la chance, je suis fou tout court.

– Et ça ne fait qu’empirer jour après jour, dit Solly sans rire. “

Le canard siffleur mexicain de James Crumley traduit de l’américain par Jacques Mailhos

Pour finir, direction les Appalaches où j’ai accompagné Jodi McCarty à sa sortie de prison vers la ferme de son enfance. C’est là qu’elle a grandi, élevée par sa grand-mère, aujourd’hui disparue. Elle est accompagnée de Miranda et de ses trois enfants, qu’elle vient de la rencontrer et dont elle s’est très vite attachée. Sur la route, elle est passée prendre Ricky, le frère de sa petite amie avant son incarcération, et compte bien tenir une vieille promesse en s’occupant dorénavant de lui.

Il est enfin temps de se tourner vers l’avenir, encore faut-il qu’on leur en donne l’occasion.

 » La route semblait n’avoir qu’une direction, s’enfonçant dans les montagnes jusqu’à ce qu’on se retrouve encerclé, les vastes versants des Appalaches oblitérant tout le reste. Jodi voulait revoir cet endroit, mais c’était aussi ce genre de prison et elle le sentit se refermer sur elle. D’une certaine manière, rentrer chez soi, c’était comme disparaître, retomber dans le passé. Une semaine et demie plus tôt, elle ne pensait pas revenir avant sa mort – un corps expédié à une famille qui s’en souvenait à peine, une carcasse à porter en terre dans la montagne –, pourtant elle était là, pas seulement un corps mais un entrelacs de pensées et d’émotions sauvages s’apprêtant à retrouver leur lieu de naissance. Elle se tourna vers Miranda, puis elle regarda le visage endormi de Ricky. Cette fois, ce serait différent, pensa t’elle, nouveau. Néanmoins elle continua de sentir l’oppression des montagnes, même celles qui étaient invisibles, le poids de tous ses souvenirs.  »

Mesha Maren fait une entrée remarquable chez Gallmeister, une maison d’éditions qui nous déniche régulièrement de nouveaux talents de qualité.

Elle nous offre un premier roman somptueux à l’écriture singulière et aborde à travers cette histoire de nombreux thèmes, tous d’une importance capitale, autour du personnage de Jodi. Que ce soit, le milieu carcéral, la libération, l’homosexualité, la violence, le long chemin vers la rédemption, en passant par la famille recomposée mais aussi l’exploitation de gaz qui entraîne pollution et destruction de l’écosystème, l’auteur nous emporte dans une histoire contemporaine entre passé et présent, auprès de personnages forts attachants, au cœur de la nature des Appalaches.

Ce récit transpire la force et le courage dont Jodi doit faire preuve pour se reconstruire.

On se laisse porter avec parfois une certaine appréhension face aux événements qui s’enchaînent, laissant peu de répit à cette femme qui souhaitait reprendre le cours de sa vie.

Un roman magnifique, poignant et infiniment réaliste.

Une nouvelle plume américaine à suivre absolument.

Les auteurs :

La vie de Stephen Crane (1871-1900) est brève et aventureuse.

Dernier d’une famille méthodiste de 14 enfants, il est un enfant fragile, toujours malade, ce qui ne l’empêche pas d’apprendre à lire seul à l’âge de 4 ans. À 22 ans, il publie à compte d’auteur Maggie, fille des rues, qui fait scandale. 

L’Insigne rouge du courage, tableau réaliste de la guerre de Sécession, connaît un succès mondial et fait de lui l’auteur le mieux payé de son temps. Il décide alors de devenir correspondant de guerre. Il est envoyé à Cuba, mais son bateau fait naufrage : il passe 30 heures à dériver sur un canot. Il se rend ensuite en Grèce, où la guerre avec la Turquie s’achève, puis en Angleterre où il se lie d’amitié avec Joseph Conrad, Henry James et H.G. Wells.

Il décède de la tuberculose à vingt-huit ans, dans un sanatorium allemand. 

James McBride est né en 1957.

Écrivain, scénariste, compositeur et musicien de jazz, il est saxophoniste au sein du groupe Rock Bottom Remainders.

Il publie son premier livre en 1995, La Couleur d’une mère, un récit autobiographique devenu aujourd’hui un classique aux États-Unis. Son œuvre romanesque commencée en 2002 plonge au cœur de ses racines et de celles d’une Amérique qui n’a pas fini d’évoluer. 

James Crumley est né à Three Rivers au Texas en 1939. Il sert deux ans dans l’armée, aux Philippines, puis continue ses études et sort diplômé de l’Université de l’Iowa. Au milieu des années 1960, il part vivre et enseigner dans le Montana, un État qu’il ne quittera plus et où il côtoiera notamment Richard Hugo et James Lee Burke. Peu après son arrivée à Missoula, en 1969, il écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence, avec comme toile de fond la guerre du Viêt Nam.

En 1975, il écrit Fausse Piste (The Wrong Case), le premier roman d’une saga mettant en scène Milo Milodragovitch, un privé mélancolique vétéran de la guerre de Corée. Suivront Dancing Bear en 1983, Bordersnakes et The Final Country en 1996.

En 1978, James Crumley écrit The Last Good Kiss, le premier livre d’une nouvelle saga qui introduit un nouveau privé : C. W. Sughrue. Puis, en 1993, The Mexican Tree Duck, Bordersnakes(où Sughrue et Milodragovitch se rencontrent) et The Right Madness en 2005. Ces deux personnages, antihéros excessifs en tout, qui rassemblent toutes les obsessions et pas mal des traits de caractère de leur créateur : vétérans du Viêt Nam, divorcés maintes fois, portés sur les femmes dangereuses, l’alcool, les drogues dures, les armes à feu et les nuits sans sommeil, toutes choses en général censées représenter un danger pour eux ou pour autrui.

James Crumley est aujourd’hui considéré par ses pairs comme un des plus grands auteurs de polar. Il décède le 17 septembre 2008, à Missoula.

Mesha Maren a grandi dans les Appalaches, en Virginie-Occidentales, en pleine nature. Son père, Sam, a fabriqué lui-même leur maison en rondins. Adolescentes, elle a construit dans leur jardin une grande cabane avec son père, avec le bois de pins plantés l’année de sa naissance.

Aujourd’hui, après avoir beaucoup voyagé, au Mexique notamment, elle est revenue avec son mari dans les Appalaches et habite dans la maison de son enfance. La cabane est devenue son studio d’écriture.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ces voyages littéraires aussi dépaysant qu’enrichissant.

Là où chantent les écrevisses

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens aux Éditions Seuil

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville

” Pschitt… Elle craqua l’allumette, enflamma la mèche, et les ténèbres reculèrent jusqu’au coin de la pièce. Mais elle en avait assez vu pour savoir qu’elle ne pouvait rester sans lumière, et le pétrole coûtait de l’argent. Elle ouvrit la bouche pour réguler sa respiration. Il faudrait peut-être que j’aille jusqu’en ville pour me rendre aux autorités. Au moins, on me donnerait à manger et on m’enverrait à l’école. Mais au bout d’une minute de réflexion, elle se dit : Non, je ne peux quand même pas abandonner les mouettes, les goélands, le héron et la cabane. Le marais est ma seule famille. “

Kya n’est pas une jeune fille comme les autres. Avant de se retrouver seule dans la cabane, elle y vivait avec toute sa famille. Puis un matin, sa mère est partie, puis ses frères et sœurs ont fini par suivre le même chemin fuyant à leurs tours cet endroit et ce père assez violent. Même le père un jour n’est jamais rentré…

Alors parfois quand ça devient trop difficile, elle rêve juste un instant à quitter ce lieu déserté par les siens.

Mais que ferait-elle loin de ceux qu’elle aime le plus, loin de ce marais qu’elle admire tant.

” Kya se rappela que sa mère l’encourageait toujours à explorer le marais : « Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses. » “

Alors du haut de ses dix ans, elle apprend à survivre seule dans le marais, devenu pour elle son refuge naturel et protecteur avec pour seule compagnie ses oiseaux.

” Dominant le vacarme des vagues qui rugissaient, Kya appela les oiseaux. L’océan était la basse, mouettes et goélands, les sopranos. Piaillant et criant, ils voltigeaient au-dessus du marais et du sable, tandis qu’elle lançait des miettes de tourte et de son petit pain sur la plage. Les pattes dépliées, se tordant le cou pour mieux voir, ils se posèrent. (…) Quand le berlingot fut vide, elle pensa ne jamais pouvoir surmonter sa douleur, elle avait trop peur que les mouettes et les goélands l’abandonnent comme tous les autres. Mais les oiseaux se posèrent sur la plage non loin d’elle et entreprirent de lisser les plumes de leurs ailes déployées. Elle s’assit en regrettant de ne pas pouvoir les rassembler pour les emmener dormir dans la véranda. Elle se les imagina blottis dans son lit, une masse duveteuse de plumes tièdes, tout contre elle sous les couvertures. “

Au cours de ses pérégrinations, elle fera la connaissance de Tate, qui partage la même passion qu’elle pour les marais. Ce jeune homme doux cultivé va lui apprendre à lire, et lui fera découvrir la science et même la poésie. Une rencontre qui la changera à jamais et l’éloignera un temps de la solitude jusqu’au départ de Tate pour l’université.

Un nouvel abandon qui la rendra vulnérable, et fera d’elle une proie facile pour le tombeur de la ville qui ne rêve que de s’encanailler avec celle qu’ils appellent tous la fille du marais.

Quand surviendra, une nouvelle tragédie, une fois de plus elle devra affronter le mépris des habitants de cette ville qui ne l’ont jamais adopté.

Ce que j’en dis :

J’étais loin d’imaginer me sentir aussi proche de cette fille des marais, Kya, une jeune héroïne, capable dès ses dix ans, même si c’est par la force des choses, de subvenir seule à ses besoins, protégée par la faune et la flore qui l’entoure. Un endroit qu’elle chérit, tout en l’étudiant jour après jour, lui permettant de se cultiver, d’enrichir ses connaissances et de se faire une idée sur les humains, aux comportements tellement proche de certaines espèces animales.

Rejetée, méprisée, par les habitants de Barkley Cove, cette petite ville de Caroline du Nord, mais adoptée par le marais et ses oiseaux, c’est auprès d’eux qu’elle grandira et apprivoisera la solitude.

Ne dit-on pas : « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Jusqu’à cette rencontre, qui changera quelque peu la donne et lui permettra d’accéder au plaisir suprême de la lecture et de l’écriture, et lui donnera par la suite l’opportunité de faire connaître sa passion pour son marais et ses oiseaux, à plus grande échelle…

Delia Owens nous offre un roman extraordinaire, bouleversant, absolument magnifique.

Elle met à profit ses études en zoologie et biologie, à travers ce récit et nous fait cadeau d’une histoire où la nature nous émerveille, où les oiseaux nous ensorcellent, où l’on succombe à l’histoire de cette jeune fille si courageuse.

Un formidable hymne à la nature mais également à la solitude, porté par une plume sublime où la poésie brille et illumine comme les soirs de pleine lune.

Un roman qui nous déchire le cœur tout en nous enchantant et qui ne peut laisser personne indiffèrent devant tant de bravoure, de la part de Kya, autre beauté sauvage du marais.

Pour info :

Delia Owens est née en 1949 en Géorgie, aux Etats-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle a vécu plus de vingt ans en Afrique et a publié trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, tous best-sellers aux USA. 

Là où chantent les écrevisses est son premier roman. Phénomène d’édition, ce livre a déjà conquis des millions de lecteurs et poursuit son incroyable destinée dans le monde entier. Une adaptation au cinéma est également en cours.

Je remercie Masse Critique de Babelio pour cette lecture de toute beauté qui m’a permis de rencontrer une héroïne inoubliable.

Mayacumbra

Mayacumbra d’Alain Cadéo aux Éditions La trace

J’ai ainsi un jour quitté les grandes villes lourdes, affairées, grouillantes et puantes, sans vraiment savoir où j’allais. J’ai plaqué mes amis, ma douce et tendre famille, sans but et plein de colère. Sans raison particulière, mais précipitamment. Comme une charge de hussard, comme on fuit l’ombre de ses habitudes. Pour voir plus loin que le bout de mon nez, pour me tirer des léthargies. Parce que le monde et sa course effrénée m’étaient insupportables. Oui, je suis simplement parti pour une longue marche, un jour béni de septembre, après avoir vidé mon compte, mains dans les poches et l’esprit pourtant aussi noir que celui d’un corbeau. “

Après une longue errance, les pas de Théo s’arrête au pied d’un volcan endormi, près d’un hameau de vieilles bicoques où vivent des âmes perdues : Mayacumbra.

Ayant fuit une vie qui ne lui convenait plus, cet endroit semble idéal pour entamer le début de sa nouvelle vie.

De ses mains il va construire son refuge et s’y installera avec son âne Ferdinand pour unique compagnon.

” Depuis trois ans, lorsque l’envie le prend, il note ce qui lui passe par la tête. Billets du jour ou de la nuit, impressions, reliquats d’énergie, projets, langoureuses tartines d’amour à l’intention de Lita, lettre pour sa famille, prière au volcan, listes de courses. Quoiqu’il écrive, il en fait lecture à Ferdinand. Si ce dernier demeure indifférent, Théo déchire et brûle illico son message. Il ne garde que ce qui capte l’attention de l’âne. C’est son jury, son public, son auditoire. Deux oreilles dressées, un œil rond et inquiet, valent mieux que tous les éloges du monde. “

Au milieu de ses compagnons d’infortunes , il va pourtant tomber amoureux de la belle Lita, mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Ce que j’en dis :

Alain Cadéo reste fidèle à ses thèmes de prédilection en mettant en scène des âmes cabossées préférant vivre isolées en communion avec la nature loin du bruit et de la pollution des villes.

Dans ce nouveau récit on retrouve avec plaisir, sa plume poétique qui s’habille également du lieu qui l’entoure, tantôt enivrante et tantôt pleine de rage qui laisse présager la douce fureur des hommes et le réveil du volcan.

Cette histoire reflète les spectacles que mère nature peut nous offrir, habillée d’arc en ciel les jours de pluie, de coups de tonnerre les soirs d’orages, pour finir par une tornade dévastatrice.

Une nouvelle histoire surprenante, dans un style plus brut, qui m’a un peu moins emportée par rapport à ces premiers romans mais qui reste néanmoins un bon moment de lecture.

Alain en doux rêveur, amoureux des mots et des âmes sensibles s’est installé le temps d’un roman au pied d’un volcan pour sculpter dans la roche un récit mystérieux où l’amour semble impossible, mais le rêve éternel.

C’est à suivre à La Trace, sa nouvelle maison d’édition depuis Des mots de contrebande.

Pour info :

Après entre autres ” Zoé “ (ma chronique ici), ” Chaque seconde est un murmure “ (ma chronique ici) puis ” Des mots de Contrebande “ son dernier recueil de textes, Alain Cadéo retrouve dans ” Comme un enfant qui joue tout seul “ une écriture romanesque initiatique. (Ma chronique ici)

Cherchant avec exigence et rigueur des chemins de traverse, des sentiers non convenus, il est un perpétuel voyageur de l’âme, seule voie possible pour rencontrer l’autre, le vrai, le juste.

Cet homme est singulier, sincère, et généreux tout comme son écriture. 

Je remercie Alain Cadéo pour sa délicate attention et les éditions La Trace pour m’avoir offert un nouveau voyage livresque poétique et mystérieux.

La prière des oiseaux

La prière des oiseaux de Chigozie Obioma aux Éditions Buchet.Chastel

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin

” La nuit à l’est était tombée, et la route devant et derrière lui était drapée d’un châle de ténèbres. (…) Il avait entendu dire, quelques jours plus tôt, qu’en cette saison des pluies, féconde entre toutes, une crue du fleuve avait noyé une femme et son enfant. D’ordinaire il n’accordait guère de crédit aux rumeurs tragiques qui circulaient en ville comme une pièce de monnaie pipée, mais cette histoire-là s’était gravée dans son esprit pour une raison que même moi, son chi, je ne pouvais saisir. À peine parvenait-il au milieu du pont, obnubilé par cette mère et son enfant, qu’il vit une voiture garée près du parapet, une portière grande ouverte. Il ne distingua d’abord que le véhicule, son habitacle sombre, et un point de lumière reflété sur la vitre du conducteur. Mais en détournant les yeux il aperçut, vision terrifiante, une femme qui tentait d’enjamber le garde-fou. “

Au Nigeria, Chinonso un jeune éleveur de volailles, de retour du marché, aperçoit sur le pont qu’il s’apprête à traverser, une jeune et belle femme sur le point de se jeter dans le vide. Afin de lui faire changer d’avis, il sacrifie deux de ses plus précieux poulets et les jette du pont, dans les eaux en contrebas. Ndali, la jeune femme semble touchée par le geste de cet inconnu et renonce à son geste.

Ce soir là, ils tombent amoureux. Un lien d’une force inouï va les lier à jamais.

(…) quand je vis le cœur de mon hôte actuel s’embraser d’un feu semblable, je pris peur car je connaissais la puissance de ce feu, une puissance telle qu’à terme rien ne pourrait plus l’éteindre. (…) Je craignis que l’amour, une fois pleinement épanoui dans son cœur, ne l’aveugle et ne le rende sourd à mes conseils. Et je voyais déjà l’amour commencer à le posséder. “

Mais hélas pour Chinonso, il n’est qu’un simple éleveur, alors que Ndali vient d’une riche famille qui ne tolère absolument pas cette relation.

Afin de se faire accepter par cette famille qui ne cesse de l’humilier, il va reprendre ses études à Chypre après s’être séparé de tous ses biens. Mais rien ne va se passer comme prévu, et il ira de désenchantement en désenchantement…

Ce que j’en dis :

” Ô Mmalitenaogwugwu, les anciens disent que si on garde un secret trop longtemps, même les sourds finiront par l’entendre. “

Alors il est grand temps que je vous parle de ma toute première lecture de l’année 2020 que je gardais secrète jusqu’à sa sortie en librairie.

Ce roman extraordinaire est également on ne peut plus surprenant, puisque c’est à travers la voix du Chi de Chinonso, son esprit protecteur selon les croyances igbo, que nous allons la découvrir.

Ce narrateur centenaire remonte le temps et nous comte le destin de son hôte, un destin jalonné de joie, d’amour, d’espoir, d’injustice, de peine, de colère, de trahison.

Et pourtant Chi veille et apporte à chaque épreuve toute son expérience et sa sagesse.

Une sagesse qui m’a gagné peu à peu, comme si le Chi avait le pouvoir de transmettre également ses précieux conseils aux lecteurs.

” Ô Ikukuamanaonya, l’impatience est l’un des plus curieux traits de l’esprit humain. Elle est une goutte de sang vicié dans les veines du temps. Elle domine tout et rend l’homme incapable de faire quoi que ce soit, sinon supplier le temps de passer plus vite. Un événement retardé par le cours naturel du temps ou par une intervention humaine finit par obséder l’esprit d’une personne. Il pèse sur le présent jusqu’à l’annihiler. (…) L’homme anxieux et impatient tente de percer l’avenir en gestation, de connaître l’événement qui n’a pas encore eu lieu. Avant le voyage, il se voit déjà dans le pays. Il s’imagine danser avec les habitants, goûter la cuisine locale, admirer les paysages. Telle est l’alchimie de l’impatience, fondée sur une personne, celle d’un événement ou d’une rencontre qu’on ne supporte pas devoir attendre. Bien des fois j’ai vu cela. “

Ce récit bouleversant nous emporte tel un comte, nous éblouis par sa grâce, nous charme par plume divine et son style flamboyant jusqu’à nous déchirer le cœur à la fin de cette quête tragique.

C’est puissant, terriblement beau et c’est un énorme coup de cœur que je vous encourage à découvrir.

J’ai de ce pas commandé à mon dealer préféré son premier et précédent roman : Les pêcheurs.

Pour info:

Chigozie Obioma est né en 1986 au Nigeria, et vit désormais aux États-Unis où il enseigne le creative writing.

Son premier roman, Les Pêcheurs (L’Olivier, 2016), finaliste du Booker Prize, lui a valu une reconnaissance mondiale.

La prière des oiseaux, son deuxième roman, a lui aussi figuré dans la « short list » du prestigieux prix et a été traduit dans douze pays.

Je remercie Claire et les Éditions Buchet . Chastel pour cette épopée éblouissante.

Les toits du paradis

Les toits du paradis de Mathangi Subramanian aux Éditions de l’aube

Traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne

” Pour connaître l’histoire du peuple du Paradis, il suffit de regarder ses maisons. “

« Le Paradis », est un incroyable bidonville de Bangalore, jusqu’à ce jour indestructible. C’est ici que vivent cinq adolescentes avec leurs familles.

” À Bangalore, il y a toujours plus à plaindre que soi. Même quand on vit dans un endroit comme le Paradis. Nous ne possédons peut-être pas grand chose, mais nous avons chacune un toit, un sol et des murs. Ainsi qu’une enfance.  »

Ces cinq jeunes demoiselles, Banu, Deepa, Padma, Joy, et Rukshana, volontaires, intelligentes intrépides parfois, liées comme les cinq doigts de la main, rivalisent d’imagination pour faire de leur vie parfois misérable un véritable enchantement. Elles accumulent les petits bonheurs pour illuminer chaque instant de leur quotidien.

 » Nous, les filles, n’avons pas besoin de grand-chose. Nous avons appris à nous passer de tout. Nous sommes là les unes pour les autres, nous sommes entourées de nos mères, de nos grands-mères. Et puis il y notre train qui file à travers le ciel. Cela nous suffit.  »

Pour combattre la pauvreté, rien de tel que l’amour, l’amitié, la bienveillance et la solidarité. Alors quand un bulldozer menace de détruire leur Paradis, au nom du développement et de la modernité, les adultes, les enfants, et même l’institutrice mettent tout en œuvre pour sauver  » Les toits du Paradis « .

” C’est étrange d’être une fille. Cette spécificité est censée vous tirer vers le bas, vous mettre en échec, vous forcer à reculer sans arrêt. Pourtant, si vous la prenez par le bon bout, elle vous pousse à avancer. “

Ce que j’en dis :

Chaque fois que je m’aventure en Inde à travers un roman, je suis subjuguée par toute la luminosité qui se dégage de ces récits malgré la pauvreté de ce pays.

Les toits du Paradis m’a ébloui de mille façons. J’ai d’abord découvert une plume magnifique dès les premières pages, présage d’une lecture on ne peut plus agréable.

Puis j’ai fait connaissance avec cet endroit particulier et cette bande de filles qui ne quitterait ce paradis pour rien au monde, malgré les belles demeures de la ville.

Une belle brochette d’amies tellement touchantes et tellement attachantes qu’elle nous font oublier la misère où elles vivent et nous donnent à travers leurs courages , une belle leçon d’humanité.

Elles partagent avec nous leurs souvenirs, leurs quotidiens mais aussi celui de leurs familles. Et de fil en aiguille on découvre toute l’histoire, et les secrets de ce bidonville pas comme les autres.

Entre ces pages, point de misérabilisme ni de pathos, bien au contraire. Elles sont peut-être pauvres, elles n’ont peut-être pas grand chose, mais elles ont un cœur immense où l’amour et l’amitié ne font qu’un.

Les toits du Paradis fut un voyage merveilleux, en compagnie de filles et de femmes aux grands cœurs, des femmes courageuses qui dansent, même au bord de l’abîme.

Un roman splendide, lumineux, empli d’humanité, d’espoir, porté par une plume stylée font de ce roman un incontournable de la rentrée littéraire 2020.

Gros coup de cœur pour ces filles aux destins inoubliables.

Pour info :

Mathangui Subramanian est éducatrice aux États-Unis, où elle est née.

Elle a vécu plusieurs années à New Delhi.

Les toits du Paradis est son premier roman déjà publié en anglais et en italien.

Je remercie les Éditions de l’Aube et Aurélie de l’agence un livre à soi pour cette divine lecture.

Le dernier sur la plaine

Le dernier sur la plaine de Nathalie Bernard aux Éditions Thierry Magnier

” – Kwana, murmure ma mère tandis que l’herbe verte épaisse de mes ancêtres m’accueillent tendrement.

– Le Parfumé, répète mon père, pour s’imprégner de mon existence.

Ma grand-mère s’approche à petit pas, comme je l’ai toujours vue se déplacer. Elle est si légère que ses mocassins foulent la terre sans y laisser d’empreinte. Elle s’accroupit près de ma mère, retire le couteau qu’elle a glissé dans sa ceinture et, d’un coup sec, elle coupe le cordon ombilical. Ses lèvres s’entrouvrent, elle avale un peu d’air pour dire à voix haute cette vérité qu’elle a entendu bien des fois de la bouche des anciens :

– Dire le nom, c’est commencer l’histoire… “

Kwana vient d’arriver sur terre. Il est le fils du grand chef Peta Nocona et d’une femme aux yeux bleue.

Il fait partie de la tribu des Noconis, qui signifie « Les Errants » en langue Comanche.

Leur territoire est immense, la terre est leur mère, et le soleil leur père.

” Les terres sur lesquelles nous chevauchons ne nous appartiennent pas, mais notre territoire s’étend à perte de vue. “

” Car nous ne sommes plus simplement des vivants, mais bien des résistants ou, pire, des survivants. Si nous voulons que nos enfants vivent comme ils l’entendent sur ces plaines, nous devons faire face à cet envahisseur qui ne respecte rien, ni les traités, ni les bêtes, ni la terre… “

Hélas l’arrivée des blancs met en danger le peuple indien, en les exterminant pour s’approprier leur territoire.

” Les blancs amènent la destruction partout où ils passent et nous sommes sur leur passage. “

Le destin des indiens des grandes plaines américaines est en péril.

Kwana nous raconte son histoire, sa lutte jour après jour pour sauver son peuple.

Ce que j’en dis :

Passionnée par les indiens, leurs cultures, leurs traditions, leurs combats, leur Histoire, je ne pouvais résister à l’envie de découvrir ce nouveau roman même si à priori il s’adresse à un jeune public.

À peine commencé, j’étais sous le charme de la plume, sensible, poétique qui m’a emportée avec beaucoup d’émotion auprès de cette tribu indienne et de ce jeune indien Kwana dans une aventure extraordinaire.

Se basant sur des faits réels, Nathalie Bernard nous plonge dans une histoire aussi passionnante que bouleversante.

On s’attache forcément à ce peuple et on se révolte une fois de plus face à toute cette cruauté à leur égard, sans oublier la profanation de la terre et la destruction des bisons par ces blancs, ces voleurs de vies, ces cruels destructeurs, ces briseurs de liberté.

Quand on voit l’immensité de ce pays, on ne peut se résoudre à comprendre et à pardonner de tels actes de barbaries pour s’approprier des parcelles de terre.

Nathalie Bernard, nous offre un récit brillant qui peut se mettre entre toutes les mains de 7 à 77 ans…mais surtout grâce à sa passion et à ses romans, amener les jeunes lecteurs à se passionner à leur tour pour ce peuple indien et faire en sorte qu’on ne les oublie pas.

C’est à lire, à offrir, à partager absolument.

Pour info :


Nathalie BERNARD
 est publiée depuis une vingtaine d’années chez différents éditeurs.

Fascinée par les contes et les récits d’initiation, elle a d’abord écrit pour les grands des histoires de vampires, de sorcières, de sirènes et autres créatures fantastiques.

Depuis quelques années, elle se consacre plus particulièrement à l’écriture pour la jeunesse.

Chanteuse à ses heures perdues, il lui arrive de donner une forme « spectaculaire » à ses romans.

Elle espère apporter à ceux qui la lisent un peu du rêve et du réconfort qu’elle a elle-même reçu en parcourant certains livres…

Je remercie Babelio et les Éditions Thierry Magnier pour cette belle aventure en terre indienne.

La meute

La meute de Thomas Bronnec aux Éditions Les Arènes

(…) Il s’approche de Castelli êtes met à lui parler tout bas.

– Ici je me sens bien. Je ne me sens bien qu’ici, même. Au milieu des gens. Les vrais. À Paris, tout est factice. L’Élysée même est factice. Il faudrait changer d’endroit. Quelque chose de plus moderne, plus fonctionnel, moins solennel.

Le conseiller lui demande s’il croit vraiment, à ces fadaises sur les artifices de la capitale. François Gabory n’a jamais vécu que pour ces artifices.

– Tu as tort, et tu as raison. Une partie de moi a rêvé d’être un anonyme au milieu de la beauté du monde, indifférent aux luttes ridicules qui m’ont pourtant occupé toute ma vie. Et quand c’est arrivé, je n’ai pensé qu’au jour où je reviendrai. Tu sais pourquoi ?

Il fait non de la tête.

– Parce que le pouvoir, c’est pire qu’une drogue, c’est un poison qu’on t’a inoculé. Un poison délicieux, mais ça reste un poison, quelque chose pour lequel il n’y a pas d’antidote et qui finit par te tuer. Mais avant ça… Profitons !

D’un côté nous avons François Gabory ancien président de la république bien décidé à reprendre sa place.

De l’autre Claire Bontems, une jeune femme plutôt séduisante et sans scrupule que rien n’arrête, prête à tout pour obtenir la première place à l’Elysée.

Au cœur de ce duel, une rumeur qui tel un virus se propage et commence à tuer la vérité et donner vie aux mensonges.

Il n’y a qu’une place à prendre, alors tous les coups semblent permis pour l’obtenir.

Les loups se retrouvent entre eux, la meute est en marche.

Qui réussira à l’arrêter ?

Ce que j’en dis :

Ancien journaliste politique, Thomas Bronnec mets à profit son expérience dans ce milieu pour nous offrir un récit d’un réalisme hallucinant.

Dans ce roman , il nous entraîne au cœur d’une spirale infernale où les hommes et les femmes sont capables du pire pour arriver au pouvoir.

Il suffit d’une rumeur propagée à travers les réseaux sociaux pour mettre un pavé dans la mare et affaiblir son adversaire. Dans cet univers, tous les coups sont permis.

On ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à certains personnages politiques et enrager un peu plus contre eux.

En transposant cette histoire dans un futur proche, l’auteur nous amène à réfléchir sur ce qui pourrait arriver si on en venait aux votes électroniques, très facile à truquer, et nous mets en garde contre tous ces tests qui circulent sur le net, pouvant servir de base de données à des fins purement stratégiques et dangereuses.

Pour qui aime l’univers de la politique aussi véreuse soit-elle, ce roman est fait pour vous, pour les rebelles comme moi, détestant tout ce qui touche à ce milieu de chacals, ce sera plus difficile pour les charmer, en dehors de la plume enrichissante et éclairée de l’auteur que j’ai vraiment apprécié.

Une belle découverte même si je ne suis pas sûre de rester fidèle à l’auteur étant donné son thème de prédilection.

Pour info :

Journaliste et auteur de documentaires pour la télévision, Thomas Bronnec a exploré pendant plusieurs années les coulisses du monde politique.

Après Les Initiés et En pays conquis, il poursuit son exploration des élites françaises.

La Meute, son cinquième roman, raconte une société qui voit le modèle patriarcal vaciller, où l’exigence de transparence est devenue une arme de destruction massive capable de se retourner contre ceux qui l’utilisent, une société transformée chaque jour un peu plus en un cirque médiatique scénarisé comme une vulgaire sitcom.

Je remercie les Éditions les arènes pour cette plongée dans les coulisses de la politique.

“ Adieu fantômes ”

Adieu fantômes de Nadia Terranova aux Éditions La Table Ronde

Traduit de l’italien par Romane Lafore

Afin d’aider sa mère à faire du tri dans les affaires du passé, Ida revient dans la maison de son enfance, celle qu’un jour son père a quitté sans explication.

 » Nous avions habité là, ensemble, pendant plus de vingt ans, de ma naissance au jour où j’étais partie pour Rome ; mon enfance et mon adolescence étaient là à veiller sur l’appartement, comme les hirondelles dont je perçus un battement d’ailes hors saison tandis que ma mère retournait son sac à main à la recherche de son trousseau de clés. ”

Se retrouver au milieu d’objets anciens réveillent immanquablement les souvenirs enfouis et les vieilles blessures.

“ La chambre dans laquelle j’avais dormi, joué, travaillé était restée figée dans le temps, à ceci près qu’à présent plancher et mur étaient encombrés par le magma d’objets échappés du débarras de la terrasse, que ma mère avait dû déblayer avant mon arrivée pour laisser le champ libre aux ouvriers. Une chambre morte, envahie par les flots de souvenirs. ”

La maison tout comme sa mémoire semblent envahies de fantômes, il serait peut-être temps de leur dire enfin adieu, et de les laisser partir.

» On ne peut pas désirer ce qu’on a déjà, tandis qu’aimer un absent, si ; c’est ce que je faisais depuis que j’avais treize ans. “

Ce que j’en dis :

J’ai découvert la plume de Nadia Terranova à travers son premier roman « Les années à rebours  » (Ma chronique ici) que j’avais adoré, et c’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé son écriture stylée pleine d’émotions où les personnages sont emplis d’une profonde sensibilité.

Dans cette histoire, l’auteure explore les difficultés de faire le deuil des disparus auxquels nous sommes toujours attachés. Ida porte en elle des blessures profondes, réveillées par le fantôme de son père qui erre dans cette maison pleine de souvenirs.

Nadia Terranova pose un regard d’une grande précision sur les liens familiaux, les rapports mère fille. Elle nous emporte à travers cette histoire où le passé s’affronte avec le présent et permet au final l’ultime lâché prise pour un futur plus serein.

Décidément cette auteure me ravie à chaque fois, une belle plume italienne lumineuse à découvrir absolument.

Pour info :

Nadia Terranova est née à Messine.

Elle a suivi des études de philosophie et d’histoire. 

Pour son premier roman, Les années à rebours, elle a reçu en Italie le prix Bagutta Opera Proma, le prix Brancati, le prix Fiesole et le prix Grotte de la Gurfa. 

Adieu fantômes est son second roman.

Je remercie les Éditions de La Table Ronde pour cette fabuleuse balade italienne.

“ La montagne vivante ”

La montagne vivante de Nan Shepherd aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’anglais par Marc Cholodenko

 » Me voici donc allongée sur le plateau, sous le cœur central de feu depuis lequel a été lancée cette masse grommelante et grinçante de roc plutonique, au-dessus de moi l’air bleu, et entre le feu du rocher et le feu du soleil, les éboulis, le sol et l’eau, la mousse, l’herbe, la fleur et l’arbre, les insectes, les oiseaux et les bêtes, le vent, la pluie et la neige – là montagne au complet. Lentement j’ai trouvé mon chemin à l’intérieur. “

Toute sa vie durant, Nan Shepherd (1893/1981) a arpenté les montagnes écossaises de Cairngorm, un endroit aux hivers rudes et aux conditions de vies assez précaires.

” Certains portent à ces lieux sauvages un amour fervent et ne demandent rien de mieux que d’y passer leur vie. Ceux-là héritent du savoir de leurs pères et parfois l’enrichissent. Les autres, rétifs à ces conditions primitives, pour qui il n’y a que sentimentalisme à les célébrer, s’en vont. “

À travers La montagne vivante l’auteure nous entraîne au cœur de ses pérégrinations, elle nous invite à découvrir la faune et la flore, la montagne enneigée, les rivières, partage avec nous ses méditations, et nous présente ses camarades d’un jour ou d’une vie croisés ici et là sur les chemins montagneux lors de ses explorations.

” (…) souvent la montagne se donne le plus complètement quand je n’ai pas de destination, quand je ne cherche pas un endroit particulier, quand je suis sortie rien que pour être avec la montagne comme on rend visite à un ami sans autre intention que d’être avec lui. “

Ce récit, écrit dans les années 1940, durant les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, est resté dans un tiroir pendant trente ans avant d’être publié en Grande-Bretagne, il est aujourd’hui enfin traduit et publié en France.

San Shepherd a mené toute sa vie une quête, elle est allée à la recherche de la « nature essentielle » des Cairngorms. Cette quête l’a conduite vers l’écriture de ce récit de méditation sur la magnificence des montagnes et sur l’imaginaire du monde sauvage qui nous entoure.

Ce que j’en dis :

En publiant pour la première fois en Français  » La montagne vivante « , les Éditions Christian Bourgeois nous offre l’occasion de faire connaissance avec Nan Shepherd, véritable pionnière du Nature writing, un univers jusqu’à présent plutôt masculin, comme l’ont prouvé les textes, à l’époque, de Bruce Chatwin (En Pantagonie), John McPhee (En Alaska), Peter Matthiessen (Léopard des neiges), mais aussi J.A. Baker (Le Pélerin).

Nan Shepherd connaît bien sa montagne, et en est même amoureuse, de ce fait elle entre en communion parfaite avec elle et nous livre une véritable déclaration d’amour, un bel hommage à cette montagne qui lui a tant donné.

Son regard féminin, posé sur cette faune et cette flore mais également sur les paysages qui changent selon le temps et les saisons, l’entraîne vers de profondes méditations et nous offre un spectacle touchant et un bien-être extraordinaire.

Ce livre apaise telle une balade, il aspire au dépaysement, il nous fait voyager au cœur d’un endroit sauvage en compagnie d’une femme tantôt exploratrice et tantôt poétesse.

Elle nous ensorcelle, nous captive, et nous fait aimer cette montagne, si belle et pourtant si rude.

Tel un peintre qui nous laisserait une toile en souvenir, Nan Shepherd nous laisse un récit magnifique et inoubliable sur la nature et les paysages de Grande Bretagne.

Elle rejoint les écrivains qui grâce à leurs romans préservent à leurs manières toutes les richesses de notre planète, et nous offrent des voyages exceptionnels.

Amoureux de la nature, la montagne vivante vous attend pour une balade inoubliable.

Pour info :

Nan (Anna) Shepherd (1893/1981) était une auteure et poète moderniste écossaise.

Le paysage et la météo écossais ont joué un rôle majeur dans ses romans et sont au centre de sa poésie. Shepherd a enseigné l’anglais au Aberdeen College of Education pendant la majeure partie de sa vie professionnelle.

Elle est aujourd’hui représentée sur les billets de 5 £ d’Écosse.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour cette balade écossaise de toute beauté.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois au Éditions de l’Olivier

– Alors, il est comment le Goncourt 2019 ?

Excellent !

Mais encore…

Et si tu le lisais, parce que franchement il vaut le coup.

Ce que j’en dis :

Goncourt ou pas, ce livre que j’ai eu la chance de recevoir pour mon anniversaire (avec plein d’autres, j’ai des copines formidables) était prévu dans mes lectures.

D’une part parce que malgré mes nombreuses lectures annuelles, je ne connaissais pas encore cet auteur dont on disait le plus grand bien, (alors qu’il était présent dans ma monstrueuse bibliothèque, qui s’est enrichie de nouveaux titres de l’auteur dernièrement pour compléter ma collection), et d’autre part pour faire honneur à ce chouette cadeau parti de Bretagne vers  » L’autre rive » avant d’être réceptionné par mes petites mains après avoir prononcé le mot de passe, qu’il m’avait fallu décodé au préalable, du morse en plus, typique des bretons ce jeu de piste.

Bon je sais, je vous raconte ma vie, au lieu de vous parler de ma lecture et alors ? L’histoire du livre à son importance aussi, elle en fait un objet précieux, un souvenir joyeux et donne davantage d’émotion à ce qui va suivre, une fois les premières pages tournées, en tout cas pour moi.

Je fais donc connaissance ENFIN, avec la plume de Jean-Paul Dubois et dès le départ je suis subjuguée, conquise, sous le charme.

Car en premier lieu, c’est avant tout par l’écriture que l’envie d’aller découvrir l’histoire se révèle ou pas ? Et présentement, le talent est bien là, et le désir d’aller plus loin dans l’aventure bien vivant.

Une écriture subtile, soignée, qui éveille les sens, pleine d’humanité et fait parfois passer du rire aux larmes, si douces soient-elles.

” L’enfermement a une odeur déplaisante. Des remugles de macération de mauvaises pensées, des effluves de sales idées qui ont traîné un peu partout, des relents aigres de vieux regrets. L’air libre, par définition, n’entre jamais ici. Nous respirons nos haleines en vase clos, des souffles communs chargés d’éclats de poulets bruns et de sombres projets. Même les vêtements, les draps, les peaux finissent par s’imprégner de ces exhalaisons auxquelles on ne s’habitue jamais. Au retour des promenades, quand l’air du dehors s’arrête au seuil des tourniquets, la transition est à chaque fois brutale et une vague nausée se charge aussitôt de nous rappeler que nous vivons et respirons dans un ventre qui nous charrie continuellement, longtemps nous digère, avant, le moment venu, de nous expulser pour se libérer plutôt que pour nous rendre la liberté. “

Au fur et à mesure, les souvenirs de cet homme qui purge une peine de prison avec pour codétenu un Hells Angel, se libèrent, franchissent les murs de cette cellule et nous font frissonner de plaisir mais également d’effroi, entraînant un sentiment de révolte face à tant d’injustice.

C’est bouleversée que je referme ce livre, la tête emplie du récit de Paul Hansen qui malgré toute sa bonté, toute sa générosité se retrouve emprisonné pour n’avoir pu empêcher l’inévitable.

L’auteur nous fait cadeau de l’histoire d’une vie, parsemée de joie, de peine, de partage mais aussi d’iniquité, à travers des contrées variées, parfois hostiles mais souvent envoûtantes, et nous montre bien, qu’effectivement : Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Ce n’est donc pas à mon sens un prix, si prestigieux soit-il qui définit un grand livre et qui orientera mon choix de lecture mais bien évidemment sa qualité littéraire, et me fera dire au final que ce roman, c’est vraiment de la bonne came.

Les fidèles de l’auteur seront comblés et pour les autres, tel que moi, l’aventure ne fait que commencer puisque d’autres titres m’attendent…

Un peu plus de voies impénétrables et cette année je ne lisais pas le Goncourt… mais j’aurais quand même lu Dubois.

Pour info :

Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement.

Journaliste, il commence par écrire des chroniques sportives dans Sud-Ouest. Après la justice et le cinéma au Matin de Paris, il devient grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur.

Il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l’Olivier : L’Amérique m’inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002).

Écrivain , Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans (Je pense à autre choseSi ce livre pouvait me rapprocher de toi). Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996), le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une vie française (Éditions de l’Olivier, 2004).

Je remercie infiniment Guilan pour ce magnifique cadeau et ce formidable jeu de piste, parsemé d’énigmes qui m’ont amenées vers lui.