“ La grande escapade ”

La grande escapade de Jean-Philippe Blondel aux Éditions Buchet.Chastel

” Parfois les adultes ignorent le poids qu’ils peuvent avoir sur la destinée des enfants qui ne sont pas les leurs. “

Les habitants d’une petite ville de province nous propulsent à travers cette histoire dans les années 70. On y croise notamment une bande d’instits bien pensants, persuadés du bienfait de leur travail sur ces enfants quitte à filer quelques claques pour se faire entendre. À l’époque c’était permis, on est encore bien loin de l’interdiction de la fessée.

C’est l’époque des cabanes dans les arbres, des jeux de plein air, du film très attendu le mardi et le samedi soir, des commères de village toujours promptes à débusquer les couples adultères et autres cancans tout aussi truculents.

” Bien sûr, elle cesserait d’être une simple spectatrice. Elle trouverait elle aussi une raison imparable pour se rendre dans la capitale (…) Et elle interviendrait. Parfaitement. Parce que là, stop, hein. Passe encore qu’on se morfonde devant un amour inassouvi en se rendant compte qu’on a raté sa vie, mais qu’on fasse en sorte de rattraper le temps perdu, et puis quoi encore ? On est sur cette terre pour souffrir. On est responsable de ses choix. On les assume. Sinon, c’est la chienlit. “

C’est l’époque des coups de foudre mais aussi des trahisons. Des grandes amitiés et des premières fugues. Des grands éclats de rire et de quelques larmes. L’époque de la sagesse et des grandes ambitions. Des électrochocs en cas de folie…

” (…) elle ne se rend pas compte du barouf qu’elle a créé dans le quartier, tout le monde est au courant de ce qu’elle a hurlé, de toute façon, à peine auront-ils posé le pied par terre que c’est direction la psychiatrie et les électrochocs, c’est sans doute ce qu’il y a de mieux pour remettre d’aplomb sa caboche à celle-ci, de toute façon, les tarés, honnêtement, s’il pouvait ne pas se rater, ça rendrait le monde meilleur, mais bon, ça, c’est des raisonnements que tu ne peux pas tenir à haute voix, surtout quand tu es pompier. “

Puis le port de la ceinture de sécurité devient obligatoire, les classes deviennent mixtes, les femmes commence à s’affirmer…

Une époque pas si lointaine et pourtant…

Ce que j’en dis :

Quel bonheur cette virée dans le passé aux côtés de personnages qu’on imagine très bien, tellement l’auteur en brosse les portraits avec un réalisme surprenant.

On les a tous croisé dans sa vie, à moins d’avoir 20 ans, c’est certain et page après page, cette histoire réveille nos souvenirs et nous rends mélancolique de ce passé si simple, si doux, bien avant l’affluence en tout genre. Une époque où l’on pouvait encore rêver, s’amuser simplement, aimer et croire aux lendemains qui chantent.

Un récit qui fait sourire, très plaisant à lire, idéal pour tous les nostalgiques du temps passé, de l’ambiance noire et blanche et des décors vintages.

Les vacances se terminent pour certains mais la rentrée littéraire est déjà là, alors profitez d’une petite pause pour vous projeter hors du temps pour une recréation livresque pleine de charme, de rire et juste quelques larmes de bonheur.

Pour info :

Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne Ardennes. Il a déjà publié chez Buchet Chastel sept romans.

Je remercie les Éditions Buchet Chastel pour cette lecture pleine de nostalgie absolument savoureuse.

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“ L’été où tout a fondu ”

L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel aux Éditions Joëlle Losfeld

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Dans les années 80, dans l’Ohio, au Sud des Appalaches, le procureur Autopsy invite par l’intermédiaire d’une lettre, le diable dans sa petite ville de Breathed.

” Cher Monsieur le Diable, Messire Satan, Seigneur Lucifer, et tous les autres croix que vous portez, je vous invite cordialement à Breathed, Ohio. Pays de collines et de meules de foin, de pêcheurs et de rédempteurs.

Puissiez-vous venir en paix.

Avec une grande foi,

Autopsy Bliss “

S’attendant à voir débarquer une bête monstrueuse avec des cornes, sa surprise fut d’autant plus grande en voyant apparaître un jeune garçon noir aux yeux verts prénommé Sal.

Pensant cet enfant échappé d’une ferme voisine, le procureur décide de l’accueillir chez lui.

” La chaleur est arrivée en même temps que le diable. C’était l’été 1984, et si le diable avait été invité, tel n’était pas le cas de la chaleur. Mais on aurait dû s’y attendre. Après tout, la chaleur est la marque fabrique du diable, et depuis quand voyagerait-on sans sa marque de fabrique ?

Cette chaleur ne s’est pas contentée de faire fondre des choses tangibles, comme la crème glacée, le chocolat, les Popsicles. Elle a aussi fait fondre l’intangible. La peur, la foi, la colère, et les lieux communs du bon sens le plus éprouvé. Elle a fait fondre des vies aussi, qui n’ont connu que le triste destin de la terre pelletée par le fossoyeur. “

Le temps d’un été, Sal va partager la vie de cette famille, auprès du jeune Fielding et de son grand-frère Grand, de leur mère qui a la phobie de la pluie et ne sort jamais de leur maison, de l’irascible tante Fedelia et de la chienne Granny, sans oublier le procureur.

La canicule s’est installée au même moment déclenchant simultanément quelques événements plutôt inquiétants.

Les habitants voient d’un mauvais œil l’arrivée de ce noir, si jeune soit-il et un climat de discrimination envahit la ville où règne déjà une importante ferveur religieuse.

Il ne faut pas longtemps pour la suspicion et le racisme prennent possession de la ville où la mort rôde.

” Le fait d’être le diable faisait de lui une cible, mais lui donnait aussi un pouvoir qu’il n’avait pas en tant que simple garçon. Les gens le regardaient, l’écoutaient. Le fait d’être le diable faisait de lui quelqu’un d’important, le rendait visible. Et n’est-ce pas ce qu’il y a de plus tragique dans cette histoire ? Qu’un garçon doive être le diable pour être pris en considération ? « 

Ce que j’en dis :

C’est à travers les souvenirs de Fielding que cette histoire nous est comtée.

Si au départ j’ai cru m’aventurer dans un roman aux allures du grand Stephen King, j’ai très vite réalisé qu’il possédait une véritable profondeur mettant le doigt sur certains principes religieux mais surtout sur les ravages occasionnés par la discrimination raciale et homophobe.

Le mal sommeille dans chaque personne et il aura suffit d’un prétexte comme l’arrivée de ce jeune noir en même temps que cet embrasement caniculaire qui sévit sur la ville pour déclencher une véritable épidémie de méchanceté, de rumeurs et autres mauvaises actions entraînant la mort.

Tel un incendie, le mal attisé par tant de partisan s’intensifie et envahit ce petit coin de paradis et le transforme en enfer.

Un roman profond qui brosse le portrait peu flatteur d’une Amérique hélas égale à elle-même sur bien des sujets toujours présents de nos jours.

Un premier roman extraordinaire qui mérite toute votre attention.

Pour Info :

Tiffany McDaniel est née et a grandi dans l’Ohio. L’été où tout a fondu est son premier roman, pour lequel elle a remporté le Guardian’s Not the Booker prize 2016 du Guardian.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce roman fabuleux.

“ La fourrure blanche ”

La fourrure blanche de Jardine Libaire aux Éditions Pocket

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste

” – Comment s’appelle-t-il ?

– Jamey

– Où vous êtes-vous rencontrés ? (…)

– À New Haven. On était voisins. Ce qui est marrant parce qu’on vient vraiment de deux planètes différentes.

– De laquelle vient-il ?

Elise hausse les épaules. Buck s’est allongé à ses pieds et elle lui frictionne le ventre des orteils.

– Celle du fric. Il vient d’une famille super classe.

– La classe, tu n’en manques pas, ma petite. “

Elise a beau venir d’un Ghetto, elle n’en demeure pas moins sexy même si elle manque un peu de classe avec son petit côté vulgaire. Elle a quitté sa famille et vit en colocation avec son pote Robbie, un gay qui multiplie les aventures amoureuses. Dans la maison voisine habitent deux étudiants de Yale. Elise tombe amoureuse de l’un des deux et très vite, contre toute attente, ils deviennent inséparables.

” Il y a chez Elise une absence de fioritures, une pureté de lignes, réduites à leur plus simple expression, comme une épave de voiture qui a été dépecée et vendue pièce par pièce. Le parfum qu’elle portait le soir du dîner sentait le shampoing pour moquettes. Ce qu’elle lui a fait relève du vaudou. “

Jamey est issu d’une famille de banquiers renommés. Une famille qui va tout mettre en œuvre pour mettre fin à cette mascarade.

Les saisons se suivent, leur passion vire à l’obsession, mais parviendront-ils à garder intact le feu de l’amour qui brûle en eux, face à tous ceux qui tentent de l’éteindre ?

Ce que j’en dis :

Quand tu ne lis pas les quatrième de couverture, tu peux t’attendre à certaines surprises, comme découvrir que tu t’apprête à lire l’histoire d’un amour impossible qui donne déjà à travers le premier chapitre une entrée en matière surprenante et très prometteuse.

Ce n’est pourtant pas ta came, mais dès les premières pages, tu te retrouves captivée par l’écriture fabuleusement envoûtante.

Deux êtres que tout oppose, issus de classes sociales différentes de même que leurs origines raciales, vont se retrouver piéger par la même passion dévorante l’un envers l’autre, prêts à vivre un amour enragé, bercé par une folie douce et même parfois furieuse. Chacun se retrouve face aux préjugés de leurs familles et de leurs amis qui les amèneront à prendre des décisions radicales.

La force de leur amour résistera-t’il à tant de pression ?

Au cœur de New-York où la richesse côtoie la pauvreté, où l’amour flirte avec la haine, il n’est pas surprenant que deux êtres d’origines si différentes s’éprennent l’un de l’autre et se laissent aller à s’aimer, un peu, beaucoup, à la folie…

Pretty woman fait pâle figure dorénavant face à cette histoire aussi surprenante que touchante.

Une belle et grande histoire d’amour, non cousue de fil blanc, intense, féroce, torride, souvent irrévérencieuse, à découvrir absolument.

Un roman magistral, porté par une plume extraordinaire.

Un véritable coup de foudre à la hauteur de cette folle histoire d’amour.

Pour info :

Diplômée d’arts de l’université du Michigan et du Skidmore College, Jardine Libaire vit à Austin, au Texas. 

La Fourrure blanche est son deuxième roman et le premier à être publié à l’étranger. 

je remercie les Éditions Pocket pour cette aventure amoureuse enragée et passionnée.

“ Les morts de Bear Creek ”

Les morts de Bear Creek de Keith McCafferty aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique-Jouin-de Laurens

” La femelle grizzly n’était pas difficile. Elle avait tenté de déterrer le corps humain plus tôt au cours du printemps, quand la surface de la terre à 2750 mètres d’altitude était aussi dure que l’ardoise d’une table de billard. Ses deux petits n’étaient à l’époque pas plus gros que des ballons de basket poilus. Désormais de la taille de border collies, débordant de la même énergie inépuisable, ils regardaient, le museau frémissant, leur mère extraire le corps décomposé de la terre. Même s’il fallait être généreux pour appeler ça de la chair, une seule bouchée putride valait une douzaine de campagnols montagnards et elle avait le grand avantage de rester immobile. Elle déchira goulûment les lambeaux de vêtements, mettant à nu la peau parcheminée et répugnante… “

Quand Katie Sparrow accompagnée de Lothar, son chien étaient partis à la recherche de Gordon Godfrey porté disparu, elle ne pensait pas tomber sur une tombe en pleine forêt. Cette macabre découverte, révélée grâce un grizzly affamé, va conduire les enquêteurs sur une histoire plutôt surprenante.

Le Shérif Martha Ettinger va demander de l’aide à Sean Stranahan un détective privé de la région. Déjà embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver de précieuses mouches de pêche disparues, Sean va vite s’apercevoir qu’il y a un lien entre les deux affaires, impliquant des personnes puissantes de la région.

” Il ne restait qu’à déchiffrer la piste. “

Ce que j’en dis :

Retrouver le Montana et les décors sublimes de l’Ouest américain pour une nouvelle aventure, en compagnie du shérif Martha Ettinger et du détective Sean Stranahan, découverts dans le premier volet : Meurtres sur la Madison (ma chronique ici), c’est comme retrouver une bande de potes pour des vacances pleines de belles surprises.

De nouvelles aventures palpitantes au rendez-vous qui ne manqueront ni d’humour, ni de suspens au cœur d’une nature luxuriante où la faune peut se révéler parfois dangereuse, il est donc fortement conseillé de ne pas oublier son spray au poivre.

Et pour profiter à fond des joies de la pêche toujours se munir d’une bonne canne et de quelques mouches, mais attention aux chasseurs et aux balles perdues.

Keith McCafferty nous fait cadeau d’un dépaysement extraordinaire grandeur nature à travers une histoire captivante et nous en mets plein les yeux avec le charme de cette région et des personnages fascinants.

On referme ce livre avec regret mais impatient de retrouver cet endroit et ses habitants pour une nouvelle aventure tout aussi divertissante.

Une fois encore l’auteur a fait mouche et m’a prise dans ses filets sans jamais me perdre en route, le livre dans une main et l’autre bien accrochée à un spray anti- grizzly, on ne sait jamais l’humour féroce peut parfois prendre une autre apparence…

Surtout n’hésitez pas à vous aventurer entre ses pages, merveilleusement distrayantes.

Pour info :

Keith McCafferty a grandi dans la region d’Amérique pauvre et peu peuplée des Appalaches, un pays de sombres vallons et de ténébreuses superstitions, avec la forêt qui poussait derrière sa maison. Sa première source de fascination fut les serpents, avec ou sans crochets, mais ce fut le projet de pêcher la truite qui l’emmena dans le Montana, dans les Rocheuses, où il devint le rédacteur du magazine de vie au grand air Field & Stream. L’une de ses missions consistait à passer deux nuits d’hiver en montagne, par très basse temperature, sans feu. Il survécut à la première en creusant le sol tel un ours, à la seconde en s’enveloppant dans une bâche. Répondant à un besoin naturel, il pissa malencontreusement sur la bâche et, allongé là, transi et miserable, se dit qu’il devait exister de meilleures façons de gagner sa vie, et que le moment était venu d’écrire ce roman qu’il avait toujours voulu écrire. C’était il y a sept hivers, et sept romans, dont la plupart se situent le long de la fameuse Madison River. Le Montana pouvant s’avérer un peu désert, il écrit souvent avec sur les genoux un chat nommé Rhett, ou au café, ou même dans un vieux truck garé près de la rivière, canne à pêche à portée de main. Les jours particulièrement froids, il suivrait bien les pas d’Ernest Hemingway (Keith pêchait souvent avec son fils Jack) pour écrire dans ces super cafés de Paris, remplaçant le chat par une de ces couvertures chaudes qu’on vous propose dans des endroits comme la Terrasse des Archives.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette aventure aussi dépaysante que palpitante.

“ Le grand silence ”

Le grand silence de Jennifer Haigh aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Janique Jouin-de-Laurens

 » La plupart d’entre vous sont maintenant au courant de ce qui est arrivé à mon frère, ou du moins d’une version de l’histoire : les événements dramatiques du printemps et de l’été, l’accusation ignoble, unique et toujours sans preuve qui a ruiné sa vie. À Philadelphie, où je vis, son histoire s’est retrouvée enfouie au milieu des pages nationales, un paragraphe laconique tiré d’une agence de presse, ne donnant guère plus que son nom, Arthur Breen ; (…) Les journaux de Boston s’y sont davantage intéressés, fouillant dans son passé, ses années de séminaire, le séjour à Rome, les trois paroisses de banlieue dans laquelle il avait officié sans le moindre incident. Comme il est d’usage dans ce genre d’affaire, son accusatrice n’était pas nommée. “

En 2002, quand le scandale visant les prêtres de l’Eglise catholique de Boston éclate, Sheila McGann installée à Philadelphie est loin d’imaginer que son frère aîné, Art, se retrouverait également soupçonné d’abus sur un jeune garçon dont il est proche.

Malgré la distance qu’elle avait pris avec sa famille trop étouffante, elle prend la décision de rentrer à Boston, pour défendre son frère dont elle était restée très proche malgré l’éloignement. Mike, leur autre frère, ancien policier est également disposé à découvrir la vérité en menant sa propre enquête.

N’importe quelle rumeur sème le doute dans les esprits de chacun, et bien davantage lorsqu’il est question d’enfants. À travers différents témoignages récoltés pendant les diverses enquêtes, le doute persiste et s’installe créant un climat malsain dans l’entourage de ce curé si dévoué. Il ne sera malheureusement pas épargné.

” L’histoire d’Art est, pour moi, l’histoire de ma propre famille, avec toutes ses dérobades et ses mystérieuses omissions : les secrets non dissimulés longtemps ignorés, les sombres reliques jamais déterrées. Je comprends, aujourd’hui, que la vie de Art a été ruinée par le secret, une tare familiale ; et que j’ai joué un rôle dans sa chute – un rôle mineur, bien sûr, une entrée au troisième acte ; mais un rôle malgré tout. Ça n’apaisera pas mon frère, plus maintenant ; et Aidan Colon est toujours un enfant ; il est trop tôt pour dire ce que lui réserve l’avenir. Alors peut-être est-ce pour moi-même que j’accomplis cet acte public de contrition. Ma pénitence est de raconter tout ce que je sais de cette vérité crue, parfaitement consciente que c’est beaucoup trop peu, beaucoup trop tard. “

Ce que j’en dis :

Pour passionner et captiver les lecteurs avec un sujet aussi sensible sans tomber dans le voyeurisme ou le pathos, il faut un certain talent de conteuse que Jennifer Haigh possède indiscutablement.

En abordant cette histoire à travers la voie de Sheila, la sœur du jeune prêtre, l’auteure nous plonge au cœur d’une famille américaine catholique qui subit de plein fouet les accusations portées sur l’église de Boston et sur leur fils. Une famille qui à elle seule engrange de douloureux secrets.

Une histoire pleine de suspense qui soulèvent en nous de nombreuses interrogations et sème le doute dans notre esprit bien souvent influencé par toutes les rumeurs véhiculées par les médias, qui font de ce prêtre un coupable idéal, mais au final qui détient la vérité en dehors des enfants ?

Le grand silence fait partie des récits inspirés de faits réels qu’on ne peut qu’admirer pour leur clairvoyance puisqu’il dépeint sans jugement une situation dramatique à laquelle hélas beaucoup d’innocents ont été confrontés. Des vies détruites suite à une rumeur, des familles brisées et des enfants innocents pris au piège d’un système qui est censé les protéger.

Une histoire poignante portée par une plume remarquable que je vous recommande vivement.

Pour info :

Jennifer Haigh est née en 1968 à Barnesboro, en Pennsylvanie. Elle étudie en France, se tourne d’abord vers le journalisme avant de tout quitter pour se consacrer à la littérature. Vivant de petits boulots, elle écrit son premier roman et devient élève du prestigieux programme de Creative Writing de l’Université de l’Iowa. Elle est publiée pour la première fois en 2003 et remporte le PEN/ Hemingway Award. Elle est l’auteur de six romans et d’un recueil de nouvelles. Depuis plus de dix ans, son succès aux États-Unis ne se dément pas. Elle vit à Boston.

je remercie les Éditions Gallmeister pour cet extraordinaire roman absolument bouleversant.

“ Toute une vie et un soir ”

Toute une vie et un soir d’Anne Griffin aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (Irlande) par Claire Desserrey

Dans une bourgade d’Irlande, un vieil homme prends place au bar du Rainsford House Hotel, seul comme toujours.

Ici c’est le calme plat. Pas un péquin en vue. Il n’y a que moi, qui marmonne dans ma barbe et tambourine sur le bar, pressé de boire ma première gorgée. Si je réussi à me la faire servir… “

Il est amoureux de Sadie depuis leur première rencontre, mais hélas il y a deux ans Sadie est partie pour toujours.

Même de mauvais poil, elle était jolie. Des cheveux châtains bouclés avec des reflets roux assortis à son rouge à lèvres. Une peau laiteuse. Des tâches de rousseur parfaites partout sur son nez froncé comme si elle les avait dessinées le matin devant sa glace. Des yeux bleus comme un ciel d’été dans le comté de Meath.

Inconsolable, ne pouvant vivre sans elle, il a pris une décision importante, mais avant cela, il va porter cinq toasts, aux cinq personnes qui ont le plus compté dans sa vie.

Je suis prêts pour le premier de mes cinq toasts : cinq toasts, cinq personnes, cinq souvenirs. Je pousse vers elle ma bouteille vide. Elle l’attrape et se détourne, ravie de s’occuper les mains, et moi je murmure dans ma barbe : « Je suis ici pour me souvenir – de ce que j’ai été et de ce que je ne serai plus. »

Le temps d’une soirée, toast après toast, on fait la connaissance de son grand frère Tony, de Noreen, sa belle-sœur un peu fêlée, de la petite Molly, son premier enfant, de son fils Kevin, un brillant journaliste qui mène sa vie aux États-Unis et de Sadie, sa femme qu’il a tant aimé. Cinq toasts pour rendre hommage à ceux qui ont jalonné sa vie pour le meilleur et parfois pour le pire…

Toute une vie se révèle le temps d’un soir, sans fards, à cœur ouvert, avec pudeur et grâce, et nous offre une belle histoire qui contient toute l’âme de l’Irlande.

” En balayant la salle du regard, je repense à la journée que je viens de passer, à l’année – deux années, en fait – sans ta mère. Je me sens fatigué et pour tout dire, pas rassuré. Je frotte mon menton râpeux en observant les bulles remonter, je m’éclaircis la gorge pour évacuer mes soucis. Il est trop tard pour reculer, fiston. Trop tard. “

Ce que j’en dis :

Et si à mon tour je portais cinq toasts pour saluer dignement ce superbe roman.

Le premier toast sera pour le magnifique moment de lecture qu’il m’a fait passé en compagnie d’un homme plein de surprises. J’ai adoré partager les confidences et découvrir cette vie le temps d’une soirée accompagnés de quelques verres.

Je lève mon verre pour un deuxième toast pour souligner l’originalité du récit pour nous présenter les souvenirs de ce taiseux qui a pourtant beaucoup à nous confier.

Des félicitations s’imposent et amènent un troisième toast pour la couverture et le titre qui prennent tous leurs sens au cours de la lecture.

Une histoire ne peut être réussie sans une belle plume et c’est avec grand plaisir que j’ai savouré celle-ci et lui porte un quatrième toast.

Et mon dernier toast sera commun pour féliciter l’auteur Anne Griffin et pour remercier les Éditions Delcourt de l’avoir accueilli dans leur maison auprès de talentueux auteurs du monde entier.

Alors si comme moi, vous aimez les histoires atypiques qui ont une âme, n’hésitez pas à découvrir Toute une vie et un soir et n’oubliez pas de trinquer à son succès absolument mérité.

Une nouvelle plume irlandaise divinement savoureuse, à lire sans modération.

Pour info :

Récompensée par le John McGahern Award, Anne Griffin a publié ses nouvelles dans The Irish Times et The Stinging Fly. Elle a été libraire à Dublin et Londres, et travaille pour plusieurs associations caritatives. Née à Dublin, elle vit aujourd’hui à Mullingar. Son premier roman, Toute une vie et un soir, paraît dans sept pays en 2019.

Je remercie les éditions Delcourt pour ce fabuleux roman absolument inoubliable.

“ Pères et fils ”

Pères et fils de Howard Cunnell aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Stéphane Roques

C’est par Seaside Road que l’on entre et sort de la ville. Si on prend à droite, et qu’on va assez loin, on tombe sur le Régal, la salle de jeu, et sur le Painted Wagon près du centre-ville, où tout les petits durs qui habitent à l’est de la jetée traînent les soirs d’été, fumant et crachant par terre, attendant qu’il se passe quelque chose. Dans quelques année, Luke sera l’un des pires durs du coin. Pour ma part, je ferai seulement semblant d’en être un. (…) Je veux que les autres garçons m’aiment bien parce que cela pourrait contredire ce que je sais à mon sujet. Que je ne vaux rien. Que c’est pour ça que mon père est parti. Sans moi, il n’aurait pas quitté maman et Luke, et ils seraient toujours heureux. Papa savait à quoi s’en tenir avec moi avant même ma naissance. Ça ne valait pas le coup de rester pour moi. “

Grandir sans père, le narrateur s’y est attelé du mieux qu’il ait pu, même si ce fut difficile. L’absence du père crée un manque douloureux, un vide difficile à combler et l’entraîne jour après jour vers une rébellion qui l’incite à jouer les durs pour ne pas montrer ses faiblesses aux autres.

J’ai bu une gorgée, puis une autre.

La colère en moi était permanente, et je n’aurais jamais pensé pouvoir éprouver autre chose.

La colère était un monstre qui vivait en moi, se nourrissait de l’absence.

Mon père ne voulait pas de moi parce que j’étais une merde.

Boire fit disparaître le monstre. Dès la première gorgée. Je n’arrivais pas à y croire. Cela me protègera de ce que j’éprouve. “

Longtemps, emplis de culpabilité. Il laissera le chaos envahir sa vie. Des années noires, se mettant en danger en permanence, jusqu’au jour où il laissera entrer dans sa vie l’amour et connaîtra à son tour la paternité.

Même si en premier temps, il sera un père de substitution pour les enfants de sa compagne, il prendra ce rôle très au sérieux, surtout pour Jay, qui vit une adolescence torturée et se révèle peu à peu être un garçon.

” C’est là – tandis que son cœur bat fort contre ma main – que Jay, en plus de tout ce qu’elle est par ailleurs, me donne plus que tout l’impression d’être un cadeau.

Je me dis en brossant les cheveux de Jay qu’en l’absence de liens du sang, la force où tout ce qui fait la connexion entre nous reposera toujours sur l’amour et rien que sur l’amour. L’amour que je donne à Jay, à ses deux sœurs et à leur mère me sera toujours rendu au centuple.

Cette hache qui sculpte, c’est l’amour. “

Ce que j’en dis :

Construit à la manière d’un diptyque, on suit le chemin de la vie du narrateur, de sa jeunesse à l’âge adulte. Un parcours à la fois chaotique et bouleversant où l’on découvre les souffrances et la culpabilité de cet homme qui a grandi sans père.

Habité par une profonde colère il réussira pourtant à donner l’amour que l’on peut attendre d’un père, aux enfants de sa compagne, avant d’être père biologique si l’on peut dire, à son tour. Un défi d’autant plus grand, qu’il sera confronté avec la femme qu’il aime, aux changements qui s’opèrent jour après jour sur Jay, cette jeune fille qui se sent garçon.

L’auteur puise dans les souvenirs de son enfance, dans ses propres expériences qui lui ont donné une certaine maturité pour nous offrir un récit très intime et touchant, et pourtant complètement autofictionnel.

Il explore l’absence du père à travers des références littéraires – de Kerouac à Hemingway en passant par Carver – des auteurs qui l’ont aidé à se construire, à accepter cet abandon et à comprendre son histoire.

Une écriture poignante, une langue délicate qui s’habille de lyrisme pour nous offrir un très beau récit sur la paternité.

Une très belle découverte,

Pour info :

Howard Cunnell est universitaire et écrivain. Il est l’éditeur et le coordinateur de Sur la route ; Le rouleau original de Jack Kerouac.

Il vit à Londres avec sa famille.

Pères et fils est son premier roman traduit en français.

Je remercie Claire et les éditions Buchet . Chastel pour cette très belle découverte.

“ Les Dieux de Howl Mountain ”

Les dieux de Howl Mountain de Taylor Brown aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Laurent Boscq

Le garçon leva un bref instant les yeux vers la vieille maison, dont les rondins de chênes découpés à la hache s’imbriquaient en queue d’aronde. La véranda s’affaissait un peu sous le toit de tôle, mais elle tenait bon. Les fenêtres brillaient d’une chaude lumière ; autour des vitres, le mastic d’argile miroitait dans l’obscurité comme des bandes blanches. Derrière, il y avait la cabane qui servait de grange, avec son toit aux panneaux arrachés, puis la porcherie et le fumoir. Chaque chose était à sa place. Et la prairie tout autour, pas impeccable mais entretenue, miroitait d’un bleu profond sous la lune. “

C’est ici, dans cette vieille maison, que vit Rory Docherty auprès de sa grand-mère, une femme étonnante. De retour de la guerre de Corée, où il y a laissé une jambe, il tente de se reconstruire malgré les cauchemars qui le hantent trop souvent. Pas facile d’oublier cette guerre, quand la douleur et un membre fantôme vous le rappellent constamment.

Sa mère, est hélas internée dans un hôpital psychiatrique depuis une agression qu’elle a subi avant la naissance de Rory. Muette depuis, elle n’a jamais pu révéler le noms de ses agresseurs. Rongée par les remords et la culpabilité, de n’avoir pu protéger sa fille, Ma fait son possible pour veiller sur son petit-fils.

” Parfois, elle se demandait comment elle avait pu donner naissance à une aussi belle et douce enfant. Et comment elle avait pu échouer à protéger cette créature de lumière des démons de l’enfer. Elle n’avait jamais retrouvé ses agresseurs. Elle ne les avait jamais fait payer pour leur crime, ne leur avait pas tranché la gorge ni arraché le cœur. Depuis ce jour, l’univers de sa fille s’était désaxé. Malgré ses ruses et ses talents de sorcière, elle avait échoué à lui rendre son équilibre. Et aujourd’hui que son petit-fils était revenu chez elle avec la guerre dans le sang, elle s’inquiétait de savoir où ça pourrait le mener. Au bout de cette route engloutie depuis longtemps par la montée des eaux. Elle s’inquiétait aussi de la peur et de la culpabilité qui pourrait surgir et obscurcir son cœur. Elle ne connaissait ça que trop bien. “

Rory livre pour le compte de son oncle de l’alcool de contrebande. Longtemps considéré comme le baron de l’alcool clandestin, Eustace voit son empire menacé par la concurrence et par l’arrivée d’un nouvel agent fédéral prompte à faire du zèle. Au volant de Maybelline, Rory va devoir ruser pour déjouer la surveillance des agents fédéraux bien décidés à mettre fin à ce trafic, tout en affrontant ses rivaux et les fantômes liés au passé. Et ce n’est pas l’apparition de cette belle fille dans le paysage qui va beaucoup l’aider à ne pas perdre la tête.

Ce que j’en dis :

Qu’il fut bon de croiser sur ma route Les Dieux de Howl Mountain et de découvrir la magnifique plume de Taylor Brown pour me raconter cette histoire.

Ce roman possède toute les qualités dont je pouvais rêver. Une écriture singulière qui s’habille de lyrisme pour nous décrire cet endroit de Caroline du Nord, des personnages authentiques auxquels on s’attache forcément, qu’ils soient du passé ou du présent, on ne peut rester insensible à leurs vécus et à la force qui les habite, pour faire face à tous ses mauvais coups disséminés sur leurs routes.

Et c’est avec plaisir que l’on savoure ces pointes d’humour caustiques et parfois gonflées qui s’immiscent entre les lignes pourtant très sombre, qui apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Entre Rory et Ma sa grand-mère, on sent un attachement féroce, un respect mutuel, une belle complicité, un grand amour malgré les années qui les séparent et le passé douloureux qui les a réuni.

Mais également les personnages secondaires, qui ne manquent pas de caractère, tel que Eli l’ami de Rory ou encore Eustace son oncle. Et d’autres bien évidemment que je vous laisse le plaisir de découvrir…

Taylor Brown nous offre un récit fabuleux aux côtés de ces bootleggers, dans les années cinquante, parsemant son histoire de coutumes et de croyances, dans un coin reculé des États-Unis et rejoint de ce fait le clan des auteurs qui donnent voix avec beaucoup de talent aux oubliés de l’Amérique tels que Ron Rash, Donald Ray Pollock ou encore Tom Franklin.

Une nouvelle voix qui ne manque ni de style, ni de caractère, ni d’humour. Je n’ai pas aimé, j’ai adoré, et c’est avec une grande impatience que je me prépare pour une future rencontre grâce à Léa créatrice du Picabo River Book Club et aux Éditions Albin Michel.

Je les remercie tous deux infiniment pour cette divine lecture pleine de charme et pour ce prochain rendez-vous qui va me permettre de féliciter en live ce grand auteur.

À souligner également la magnifique traduction de Laurent Boscq et la magnifique couverture très représentative qui nous embarque à bord de cette voiture vers une contrée mystérieuse.

” – Il y a quelque chose qui cloche chez ce type, reprit-il, genre depuis la naissance.

– J’en ai connu des comme ça, là-bas. Des mauvais de naissance.

Eli pivota sur un coude et le fixa du regard.

– En Corée ?

Rory acquiesça.

– C’était comment ? (…)

– Tout ce que je peux te dire, c’est que c’est un endroit où tu as envie que ce genre de fils de pute soient de ton côté, et derrière toi. Les pires. Les plus fous. Là-bas, le mal était un bien.

(…) je crois bien que tu reviens en plein bordel, conclut-il en secouant la tête.

Rory jeta sa cigarette par terre et l’écrasa avec son pied valide.

– Au moins, je suis revenu, dit-il. Enfin, en partie. “

Pour info :

Taylor Brown est né en 1982 en Géorgie, dans le sud des Etats-Unis, puis il a vécu à Buenos Aires et San Francisco avant de s’installer en Caroline du Nord. 

Les dieux de Howl Mountain est son troisième roman après La Poudre et la Cendre (Autrement, 2017) et The River of Kings (à paraître chez Albin Michel).

Par ailleurs nouvelliste, il a publié ses textes dans une vingtaine de revues littéraires, et a été récompensé par le Montana Prize in Fiction.

“ Cotton County ”

Cotton County d’Eleanor Henderson aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Amélie Juste-Thomas

Les nourrissons reposaient tête-bêche dans un berceau, Winnafred d’un côté, Wilson de l’autre. Dans ce minuscule nid bourré à craquer, avec leurs doigts entrelacés semblables à de petites griffes délicates et leurs frémissantes paupières veinées de bleu, on aurait dit deux poussins, leurs crânes blancs comme les deux moitiés de l’unique coquille d’œuf dont ils auraient éclos. Il fallait vraiment y regarder de plus près – et personne ne s’en privait – pour remarquer que la fille était rose comme un porcelet et le petit garçon café au lait. “

À Cotton County en Géorgie dans les années 30, Elma Jesup fille d’un métayer de la région vient de donner la vie à des jumeaux de couleur différente. L’un s’avère être blanc et l’autre noir, à la stupéfaction générale.

Ce qui aurait du faire la joie de tous entraîne pourtant un drame affreux. Genus Jackson, un ouvrier agricole est tout de suite accusé et se retrouve lynché par une foule haineuse avant sa mise à mort.

” Depuis trois ans, on croyait la Géorgie revenue à la raison. L’homme du Ku Klux Klan a finalement été évincé de la résidence du gouverneur, et le lynchage avec lui. Mais, en janvier, Irwin County a fait replonger l’Etat dans cette période sombre. Maintenant que le record a été battu, pourquoi ne pas continuer, n’est-ce pas ? La tragédie d’Irwin County restera dans L’Histoire comme un acte barbare, mais au moins le shérif disposait d’aveux. Dans le cas qui nous occupe, en revanche, il n’y a aucune preuve, rien à part un égo meurtri et une justice sauvage.

Personne ne sera pourtant accusé et le meurtre reste impuni.

” Le démon s’est installé en Géorgie et si nous ne l’exorcisons pas, je crains qu’il ne décide de rester. “

Aidé d’Edna la jeune domestique noire qu’elle considère comme sa sœur, Elma élèvera ses deux enfants au cœur d’une ségrégation raciale toujours bien présente dans le Sud.

Mais ce drame a fragilisé les liens qui les unissaient et bientôt la vérité aussi douloureuse soit-elle va éclater et diviser cette famille.

Ces deux femmes que seule la couleur de peau sépare vont devoir chacune affronter les secrets de leur histoire familiale.

Ce que j’en dis :

À travers cette épopée américaine, Eleanor Henderson signe un roman ambitieux et nous offre une histoire dramatique où la ségrégation et le racisme règnent dans cette contrée rurale de Géorgie magnifiquement représentée.

La naissance de ces jumeaux entraîne un enchaînement de violence, de haine, de mensonges et de vengeance que l’on découvre à travers des flash-backs qui nous entraînent entre le passé et le présent de tous les habitants de cette contrée où les secrets de famille perdurent depuis plusieurs générations.

En véritable conteuse, Eleanor Henderson nous offre un magnifique roman choral porté par un plume captivante et mérite sa place auprès des plus grands auteurs américains.

Un énorme coup de cœur pour ce roman magnifiquement construit, qui peut paraître parfois exigeant mais qui s’avère absolument passionnant.

Je ne peux que vous encourager ce voyage dans le passé de la Géorgie au côté de ces deux sœurs de cœur.

Pour info :

Eleanor Henderson est une auteure américaine. Née en 1980 en Grèce et élevée en Floride, elle écrit son premier roman en 2011. Il est traduit deux ans plus tard en français sous le titre Alphabet City chez Sonatine Éditions.

Dès sa sortie aux Etats-Unis, Alphabet City remporte un franc succès et se retrouve dans la sélection des dix meilleurs livres de l’année du New York Times.
Eleanor Henderson vit aujourd’hui à Ithaca, New York, avec son mari et ses deux enfants. Elle y travaille comme professeur.
Cotton County est son deuxième roman.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette extraordinaire roman.

“ Une flèche dans la tête ”

Une flèche dans la tête de Michel Embareck Aux Éditions Joëlle Losfeld

” Elle place alors un bras autour de la taille de son père tandis qu’il lui pose une main sur l’épaule. La vie passe à la vitesse de petits riens dont la mémoire se nourrit pour en faire des souvenirs de la veille. (…) Les mots d’enfants résonnent à son oreille comme entendu hier. Il la regarde en coin, décèle les traits de l’enfance sur son visage, ce moment de grâce qui avait précédé les remous des calendriers, emportant la famille à hue et à dia. « Une fille saine», seule expression qui lui vienne à l’esprit. “

À la Nouvelle-Orleans, un père et sa fille vont tenter de renouer après une longue séparation. En sillonnant ensemble la route du blues, ils espèrent rétablir des relations qui étaient jusqu’à présent plutôt chaotiques.

” Sans le moindre éclaircissement sur ce fichu violon placé dans le coffre, elle se gare sur le parking quasi désert du musée, dubitative quand aux effets thérapeutiques d’un voyage pour mettre de l’ordre dans des souvenirs de bonheur en vrac et en berne. “

Peu à peu ils découvrent les pièges à touristes et apprennent pourtant la vérité sur la mort d’un géant du blues.

Mais ce voyage est l’occasion pour le père de s’interroger sur ses crises de migraines, qu’il supporte depuis si longtemps, une douloureuse maladie qui la conduit à des rapports misanthropes avec son entourage.

” Il vit avec un serpent, une aiguille à tricoter, un marteau piqueur ou une barre de fer dans la tête. “

Difficile dans de telles conditions de se laisser aller à la confidence.

” À chaque occasion l’histoire repasse les mêmes plats, chaque fois plus amers, moisis, dissimulés derrière un vocabulaire aussi vide que pompeux. On peut être tenté de mettre fin à ses jours par dégoût des autres. Ou par dégoût de soi-même. Il avait cumulé les deux pendant suffisamment longtemps pour avancer désormais vers la mort sans la redouter. “

Ce que j’en dis :

Le pèlerinage de ces deux êtres nous fait découvrir la route mythique du blues, et les plus énigmatiques géants du blues s’invitent dans le paysage.

Le blues en parfaite harmonie avec le mal de vivre qui habite cet homme qui soufre depuis si longtemps, le cœur brisé et la tête fracassée par d’incessantes migraines.

Dans cette errance, un père et sa fille aux âmes blessées tentent désespérément de se rapprocher tout en s’éloignant davantage à chaque tentative en écho à ce monde en perdition.

Un roman où la musique et les pensées philosophiques s’entremêlent pour nous offrir une douce balade digne des plus beaux blues.

À savourer avec en fond sonore l’album” Migraine Blues ” de Fred Sheftell

Pour info :

Journaliste au magazine Best de 1974 à 1983, Michel Embareck, né en 1952 dans le Jura, a écumé les scènes rock des années 1970 et 1980, collaborant à Rolling Stone et Libération.

Il est l’auteur d’une trentaine de romans, polars et recueil de nouvelles avec entre autres, aux éditions de l’Archipel, Cloaca Maxima, Avis d’obsèques, Personne ne court plus vite qu’une balle (2015) et Jim Morrison et le diable boiteux (2016, Prix Coup de foudre des Vendanges Littéraires de Rivesaltes). Ont paru chez Archipoche : La mort fait mal (2013, prix Marcel Grancher) et Le Rosaire de la douleur (2015).

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce magnifique blues sur les routes du Mississippi.