“ L’empreinte ”

L’empreinte d’ Alexandria Marzano- Lesnevich au Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié

” Il n’y a aucun moyen d’échapper aux souvenirs, pas lorsqu’ils viennent de l’intérieur. “

En 2003, Alexandria Marzano- Lesnevich est une jeune étudiante en droit. Suite à un stage dans un cabinet d’avocats en Louisiane dans le but de défendre les hommes accusés de meurtre.

Son père et sa mère sont tous deux avocats. De son côté, elle est absolument opposée à la peine capitale, jusqu’au jour où elle se retrouve confrontée à un tueur d’enfant.

J’ai obtenu une partie des comptes rendus du procès de l’homme, et j’ai lu des milliers de pages de son dossier pour en arriver là. J’ai lu et relu son nom, l’ai relu encore et encore, jusqu’à ce que mon tremblement s’apaise, jusqu’à parvenir à le mémoriser.(…) Il était coupable de meurtre, c’était établi. Qui pouvait bien avoir insisté pour remettre ça ? Et comment Lorelei est-elle parvenue à se battre pour lui alors qu’il avait tué son fils – tandis que moi, bien qu’opposée à la peine de mort, j’en étais incapable ? “

Rick Langley a tué cet enfant de six ans. Sa confession ébranle bien plus Alexandria qu’elle ne s’y attendait. Cette histoire la hante et la conduit vers son passé et sa propre histoire et réveille des souvenirs douloureux.

La douleur est donc un poids que je dois porter seule. À chaque Halloween, lorsque les fantômes et les sorcières commencent à apparaître dans les décoration qui colorent la ville, je deviens nerveuse et je perds le sommeil, comme si mon subconscient croyait en ce que me disait autrefois mon grand– qu’il est un sorcier, et qu’un jour il aura ma peau. ”

Face à sa propre histoire, pendant dix ans, Alexandria va mener une profonde enquête pour tenter de comprendre ce qui a conduit Langley à ce meurtre abominable.

Le travail de la justice est de déterminer la source de l’histoire, de nommer le responsable. Il n’y a qu’une cause immédiate qui soit déterminante, c’est celle que la loi désigne. Celle qui fait de l’histoire ce qu’elle est. “

Ce que j’en dis :

Faire d’une telle histoire un récit passionnant ce n’est pas donné à tout le monde.

Dès que les enfants sont malmenés, tués, maltraités de quelque manière qu’il soit, est pour moi difficile à lire, et il est certain que j’appréhendais cette lecture. Et pourtant, porté par un souffle romanesque incroyable, ce récit m’a vraiment emporté bien au-delà de mes attentes.

Avec une fluidité surprenante pour une histoire aussi complexe, l’auteur nous livre ses souvenirs et partage avec nous son enquête journalistique sur Rick Langley, le meurtrier du petit garçon de six ans.

L’auteur nous embarque dans une intrigue où s’installe une extrême tension entre passé et présent sans jamais nous perdre en chemin, malgré les moments extrêmement affreux que l’on est amené à découvrir.

On ne peut qu’être admirative devant une telle plume, devant un tel courage pour évoquer de si douloureux souvenirs. Un sacré travail de recherche et de mémoire pour nous offrir un récit aussi abouti et beaucoup de souffrance derrière tout ça.

Un livre brutal et pourtant remarquable, à découvrir le cœur bien accroché.

Pour info :

Alexandria Marzano-Lesnevich vit à Portland dans le Maine, elle est professeur assistante d’anglais au Bowdoin Collège.

L’Empreinte, a été salué par une critique unanime et a été nommé l’un des meilleurs livres de l’année par l’Entertainment, Weekly, Audible.com, Bustle, Book Riot, The Times of London et The Guardian.

Elle écrit depuis dans des journaux prestigieux tels que The New York Times ou Oxford American.

Je remercie les éditions Sonatine pour ce récit déchirant.

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“ Le paradoxe du bonheur ”

Le paradoxe du bonheur d’ Aminatta Forna aux éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Claire Desserrey

 » À moins d’un kilomètre au sud-est de Bricklayers’ Arms, Jean, une Américaine établie à Londres depuis un an, assise sur le toit de son appartement, souleva ses jumelles pour suivre un renard qui avançait d’un pas dansant sur le mur d’enceinte de l’immeuble. Si elle avait dû décrire les nuances rousses de son pelage, elle les auraient qualifiées d’auburn. C’était d’ailleurs ainsi qu’elle avait surnommé cette petite femelle de moins de trois ans. Elle lâcha les jumelles, attrapa son appareil photo sur la table et fit une série de clichés. La renarde s’arrêta, tendit la tête pour renifler ; on aurait dit qu’elle venait de déceler une altération des molécules de l’air. Une seconde plus tard, elle glissa le long du mur parmi les branches d’un buddleia non taillé et disparut. “

Quelques renards se sont installés dans la Capitale Londonienne et cohabitent avec les humains. Rencontrant parfois quelques difficultés pour survivre dans ce milieu urbain, leurs sorties nocturnes provoquent parfois des rencontres improbables.

Un soir de février, un renard traverse un pont, une femme se lance à sa poursuite et percute un passant. C’est lors de cet événements plutôt banal que Jean, l’Américaine croisa pour la première fois Attila, un ghanéen. Ce sera le début d’une succession de rendez-vous invraisemblables entre ces deux personnages et une multitude d’autres, des étrangers de l’ombre, officiant dans les palaces, les parkings, les parcs, de Londres.

Cette communauté disparate d’exilés va s’unir pour retrouver un petit garçon récemment disparu. Sans même le savoir, un lien particulier unit les hommes et les animaux sauvages de cette ville, et le bonheur pour certains pourrait très bien découler de la présence d’un renard sur un pont, un soir de février.

Ce que j’en dis :

Prenez une ville, peuplée là d’une faune atypique et colorée, ajoutez-y des personnages attachants, puis une bonne dose d’humanité agrémentée d’humour et de joie mais aussi quelques douleurs et vous aurez un condensé de moments qui au final donne un roman on ne peut plus formidable, Le paradoxe du bonheur.

Le passé et le présent s’entrelacent et nous amènent à réaliser que certains chemins douloureux peuvent conduire au bonheur, le traumatisme n’est pas une fatalité mais un passage vers un futur plus joyeux.

Et nous pouvons compter sur la présence à nos côtés du monde animal pour nous montrer la voie, à condition de les laisser vivre en paix, même au cœur des villes.

Ce livre est bien plus qu’un beau roman, il est une belle leçon de vie, et nous apporte davantage qu’un agréable moment de lecture. Il nous ouvre les yeux et nous invite à apprécier tous ces petits moments du quotidien qui mis bout à bout effacent le chagrin et réveillent les cœurs endormis.

Le paradoxe du bonheur, un livre intelligent, profond et poignant à découvrir absolument.

Pour info :

Aminatta Forma  est née à Glasgow d’une mère écossaise et d’un père sierra-léonais, et a grandi en Sierra Leone, puis en Thaïlande, en Iran et en Zambie.

Ses romans voyagent aussi et ont été traduits dans 18 langues. Elle est l’auteur de quatre romans (dont Les jardins des femmes, Flammarion 2003).

On lui doit également un documentaire, Africa Unmasked.

Ses nouvelles et essais ont été publiés par Freeman’s, Granta, le Guardian, LitHub,  le New York Review of Books, l’Observer et Vogue.

Elle enseigne aujourd’hui à l’Université de Georgetown, aux États-Unis.

 Je remercie les éditions Delcourt pour cette balade londonienne pleine de belles surprises.

“ Le Cherokee ”

Le Cherokee de Richard Morgiève aux Éditions Joëlle Losfeld

Il a pivoté vers le zinc qui a surgi à cent mètres, trois étages au-dessus du sol, un chasseur Sabre, sans lumière, réacteur coupé, noirâtre – odeur de brûlé, d’essence. Autre odeur bizarre, chaleur.

Corey s’est jeté à terre instinctivement. Le Sabre est passé au-dessus de lui dans un souffle violent. Corey a relevé la tête pour le voir filer sans bruit, le train d’atterrissage sorti. “

Au cours de l’année 1954, aux USA, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, atterrit en pleine nuit un chasseur Sabre, sans aucune lumière, ni pilote.

Inopinément le Shérif Nick Corey assiste à la scène, lors de sa tournée de nuit à la première neige.

Après avoir découvert une voiture abandonnée, cette nuit est de plus en plus surprenante et annonce un sacré branle-bas de combat.

Suite à ces événements, le FBI et l’armée débarque. Tous sont sur les dents.

Corey de son côté se retrouve confronté à son propre passé, le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie, réapparaît.

Le tueur n’avait pas été retrouvé. La guerre était venue et tout le monde s’était intéressé à un autre type de meurtre. Il n’était pas impossible que l’assassin de ses parents ait été décoré pour bravoure et héroïsme. Corey espérait qu’il était vivant, lui n’avait pas clos l’enquête. Il n’avait pas la possibilité d’avoir accès à toutes les procédures pour homicides, à toutes les enquêtes, alors il attendait. Il attendait depuis vingt et un ans. Il n’espérait pas — c’était un type au bord de l’eau qui attendait que ça morde, sans ligne, sans hameçon. “

Corey a assez attendu, il est temps pour lui de faire face à ses cauchemars et de reprendre la route pour suivre les traces de ce tueur qui parsème sa route d’indices troublants de manière très particulière que seul un indien pourrait trouver. Le Cherokee pourrait être une aide précieuse au shérif, à l’allure Apache.

Un sacré fantôme de plus dans une ville de fantômes. Il connaissait son labyrinthe et ne craignait pas d’affronter la nuit. Ce qu’il craignait d’affronter, c’était la vérité. “

C’est sur sa Harley, qu’il fonce à la poursuite du tueur, le cœur battant la chamade pour cet agent du FBI. Même dans les pires moments, personne n’est à l’abri de tomber amoureux pour la première fois…

” Il espérait et comprenait que c’était ça vivre, cet espoir qui ne se disait pas, ne se prononçait pas. Cet espoir en nous et qu’on projetait sans le savoir, sans en être conscient, pour marcher sur la corde au dessus du vide. “

Ce que j’en dis :

Tomber d’amour pour un polar, en ce qui me concerne c’est assez rare. Dès le départ j’ai été sous le charme de la plume de Richard Morgiève, d’une qualité remarquable, sans compter l’histoire qui se profilait qui avait tout pour me plaire.

C’est en tout premier lieu, le titre qui m’a interpellé puis la couverture attirante qui m’a donnée envie de voir ce que ce roman cachait.

Adepte des lectures à l’aveugle ou vierge de toute information, je ne me suis pas attardée sur le synopsis, et dès les premières pages, j’étais comblée et sous le charme de ce shérif atypique. L’aventure se présentait sous de merveilleux auspices.

Il ne fallait pas croire que Corey était un bon gars simple et gentil. Des blagues. Il pensait qu’il était un sacré fumier — et on ne se refait pas. “

Un polar à la hauteur de toutes mes espérances qui recèle de nombreuses qualités.

Dans un style d’une grande maîtrise, une plume de caractère, délicieuse, acérée, avec ce petit côté de surnaturel où résonnent les croyances ancestrales des indiens d’Amérique, ce récit m’a conquise.

On accompagne Corey, ce shérif hyper attachant, qui porte en lui un lourd fardeau, accompagné de quelques fantômes qui le hantent jour et nuit, tout en lui permettant de mieux appréhender la vie et même de résoudre quelques énigmes au passage.

Quand l’enquêteur était à la ramasse, quand son âme battait des ailes, quand il était à bout de son humanité, alors la vérité pouvait venir à lui. Corey ne le savait pas encore. Corey était un homme, pas un ange. “

Et également un serial killer sournois qu’on aimerait bien voir finir derrières les barreaux.

Salué par Jean Patrick Manchette en 1994, pour Cueille le jour, ce polar tout aussi magnifique est à découvrir absolument.

Moment de lecture exquis.

Et s’apercevoir qu‘ Un petit homme de dos, et Boy m’attendent patiemment dans ma bibliothèque, me font regretter d’autant moins mes achats compulsifs.

Un auteur que je vais continuer à découvrir avec plaisir après cet énorme coup de foudre.

Pour info :

Richard Morgiève devient très tôt orphelin, sa mère meurt d’un cancer alors qu’il n’a que sept ans, et son père se suicide quand il en a treize.

Il vit ensuite une adolescence chaotique, au cours de laquelle il se débrouille en dealant du faux haschisch, entre autres activités, avant d’entamer toute une série de petits métiers.

Il publie son premier livre, un recueil de poèmes, à compte d’auteur à l’âge de vingt ans mais, honteux et écœuré de devoir payer pour être lu, il s’interdit d’écrire pendant dix ans. Il exerce tour à tour des emplois de débrouille tels fort des halles, employé de bureau, ouvrier, mécanicien, peintre en bâtiment, plâtrier, représentant, colporteur, déménageur de caves, standardiste ou chauffeur poids lourds.

Foncièrement autodidacte, Richard Morgiève publie, à l’âge de trente ans, en 1980, son premier livre à compte d’éditeur : un roman policier. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire, entamant véritablement son œuvre personnelle avec la publication de son premier roman de littérature générale, Des femmes et des boulons, en 1987.

Aujourd’hui, il a écrit plus d’une vingtaine de romans, nombreux publiés aux éditions Joëlle Losfeld.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce polar qui vaut son pesant d’or.

“ Janesville une histoire américaine ”

Janesville une histoire américaine d’ Amy Goldstein aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aurélie Tronchet

” Tandis que es milliers de travailleurs perdaient leur emploi et que Mike s’inquiétait, la nuit, de ce qui leur arrivait à tous, il portait en lui une autre information : quand le quatrième dernier jour arriverait, ce serait son tour. (…) il a regardé sa petite équipe démanteler l’usine, pièce par pièce, une chaîne de montage après l’autre. L’usine a disparu un peu plus chaque jour jusqu’à être désormais vide, ce qui s’apparente au sentiment intérieur de Mike.

Ce matin, il a dit au revoir à chaque membre de l’équipe, conscient qu’il n’a pas été aussi proche d’eux que beaucoup d’autres qui sont déjà partis. C’est l’après-midi de son dernier jour et il ne veut pas être coincé par les longues conversations. Alors il a ce long regard depuis la porte et, après dix-huit années passées chez Lear, il s’en va. “

Le 23 décembre 2008, en pleine crise économique, la dernière voiture General Motors produite à l’usine de Janesville sort de la chaîne de montage, avant que celle-ci ferme définitivement ses portes.

Des milliers d’emplois disparaissent soudainement, des familles se retrouvent en grande difficulté morale et financière, la ville souffre mais déjà un formidable élan de solidarité se met en place et personne ne restera sur le carreau, même si l’usine restera fermée.

” Nous devons être fiers de notre communauté, a écrit Mary, et nous devons tous êtres des Ambassadeurs de l’optimisme. “

Grâce aux courages d’hommes et de femmes, Janesville conservera l’image d’une ville où il fait bon vivre.

” Au moment de la fermeture de l’usine, les États-Unis connaissaient une crise financière écrasante qui a laissé une région frappée par les suppressions d’emplois et les baisses de salaire. Pourtant, les habitants de Janesville croyaient que leur futur serait à l’image de leur passé, qu’ils pourraient façonner leur destin. Ils avaient des raisons d’y croire. “

Ce que j’en dis :

À travers ce livre, Amy Goldstein nous offre un formidable récit, un incroyable témoignage qui se lit comme un roman, absolument passionnant.

Derrière des faits historiques et économiques, c’est avant tout une histoire humaine.

L’auteure nous offre une radiographie de cette ville plongée dans la tourmente en donnant la voix, jour après jour à tous les habitants. Qu’ils soient employés, licenciés, travailleurs sociaux, entrepreneurs locaux, figures syndicalistes ou politiques, formateurs, hommes, femmes, enfants, tous prennent la parole. Ils vont tenter de donner un nouveau sens à leur vie quitte à se réinventer en puissant au plus profond d’eux-mêmes.

Face à une telle crise financière il est difficile pour chacun de garder le moral, mais une entraide incroyable s’organise jour après jour pour combattre cet enchaînement de catastrophes qui suit la fermeture de l’usine.

Amy Goldstein réussit à brosser le portrait d’une classe ouvrière avec une grande humanité, beaucoup d’humilité et d’empathie, et une bonne dose d’émotions.

Un récit authentique, magnifiquement écrit, une histoire américaine aussi intéressante que poignante que je vous encourage à découvrir.

Un des dix livres préférés du Président Obama en 2017

Pour info :

Amy Goldstein est journaliste et rédactrice au Washington Post depuis trente ans, où une grande partie de son travail a porté sur les enjeux de la politique sociale. En 2002, elle a reçu le Prix Pulitzer du reportage national. Elle a été membre de la Fondation Nieman pour le journalisme de l’Université Harvard et de l’Institut Radcliffe pour les études avancées. Elle vit à Washington, D.C.

Janesville, Une histoire américaine est son premier livre. Ce dernier a été récompensé par le Prix Financial Times and McKinsey Business Book of the Yearling, ainsi que le prix Anthony Lukas, un prix non-fiction prestigieux remis par l’école de journalisme de l’université de Columbia.

Je remercie les éditions Christian Bourgeois pour cette lecture poignante.

“ Le camp des autres ”

Le camp des autres de Thomas Vinau aux Éditions 10/18

” Dans le ventre sauvage d’une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n’en finit pas. Un capharnaüm de résine et de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça. Sa lumière morte ne perce pas partout mais donne aux yeux qui chassent des éclairs argentés. Gaspard est recroquevillé contre le chien. À moitié recouvert par lui, il le sert dans ses bras trop courts. Le feu n’empêche pas d’avoir froid, le maintient dans un demi-sommeil parcouru de sursauts. Le feu n’empêche pas d’avoir peur, le monde entier autour d’eux grouille comme une pieuvre sombre. “

Gaspard un jeune garçon est en fuite avec son chien blessé. C’est là qu’il va tomber sur Jean-le-blanc, un étrange bonhomme, une espèce de sorcier dont il se méfie.

Jean-le-blanc a utilisé des mots simples, pour dire des choses simples. Il a dit J’ai choisi un camp. Le camp de ceux dont on ne veut pas. Le camp des nuisibles, des renards, des furets, des serpents, des hérissons. Le camp de la forêt. Le camp de la route et des chemins aussi. De ceux qui vivent sur les chemins. De la trime et de la cloche. (…) Les fuyards. Les insoumis. Les orphelins. (…) Aujourd’hui je vis là. Je suis un bâtard libre. Je ne suis d’aucun camp et ceux qui ne sont d’aucun camp sont les bienvenus ici.

De part ses pouvoirs de guérisseur, Jean a affaire à des gitans réunis autour de la Caravane à Pépére. Une belle bande de bohémiens, de voleurs, de déserteurs dirigé par un certain Capello, qui terrorisaient la population.

Gaspard, l’insoumis partira un matin sur la route pour les rejoindre.

C’est à cette époque, en 1907, que Georges Clemenceau créa les fameuses Brigades du Tigre, pour en finir une fois pour toute, avec cette bande de pillards, de voleurs et d’assassins qui étaient la terreur des campagnes.

Ce que j’en dis :

J’ai découvert la plume de Thomas Vinau à travers son précédent roman La part des nuages (ma chronique ici) qui m’avait enchanté, j’avais donc hâte de le retrouver.

Le camp des autres nous emmène dans une ambiance plutôt noire dans les années 1900 juste avant la création des Brigades du Tigre.

À travers une plume aussi poétique qu’enragée, il nous offre différents portraits de personnes vivants en marge de la société, en compagnie de Gaspard un enfant rebelle qui les a rejoints. Des hommes et des femmes d’ici et d’ailleurs que l’on a tenté d’exterminer au cours du véritable génocide des tziganes.

Il dépeint à merveille cette nature aussi hostile que protectrice, et cette société qui n’a guère changé de nos jours.

Il leur rend hommage, à travers cette histoire tel un cri du cœur à tous les sans- famille, les sans-abri, les sans-papiers, les sans-patrie.

Une écriture chargée d’émotions, de colère et d’humanité.

Un récit féroce et tendre à la fois qui conforte ma passion pour la plume de Thomas Vinau que je vais continuer à suivre avec attention.

Pour info :

Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse et vit au pied du Luberon. Il est auteur de nombreux recueils de poésie dont Bric à brac hopperien et Juste après la pluie, il de romans, notamment Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Ici, ça va, La part des nuages et Le camp des autres.

Je remercie les éditions 10/18 pour cette histoire au lyrisme touchant.

“ Marlena ”

Marlena de Julie Buntin aux Éditions La belle colère

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe-Girault

Je n’ai jamais cru au concept de spectateur innocent. L’acte de regarder change tout. Ce n’est pas parce qu’on ne touche à rien qu’on est exonéré. Vous pourriez être tenté de m’excuser parce que je n’avais que quinze ans, que j’étais dépassée par les événements, que je ne savais pas comment gérer, que je ne pouvais pas comprendre cette manière qu’ont tous les choix, même les plus petits, de créer par effet domino, jusqu’à ce qu’on soit irrémédiablement adulte, la personne qu’on était destinée à devenir. Ou bien, dans le cas de Marlena, la personne qu’on n’aura jamais la chance de devenir. Le monde se fiche que vous soyez seulement une fille. “

Suite au divorce de ses parents, Cat 15 ans, emménage avec sa mère et son frère dans une maison préfabriquée à Silver Lake dans l’État du Michigan.

À peine arrivée, elle fait la connaissance de Marlena, sa voisine d’une beauté renversante. Celle-ci habite en face dans une espèce de « grange » avec son petit frère et un homme rachitique qui semble être son père.

Marlena est assez folle et accro aux cachetons. Tout les séparent mais elle vont se rapprocher et devenir meilleure amie.

” Jour après jour, je faisais des sacrifices, même si pour moi ce n’en étaient pas vraiment, je me redéfinissais auprès d’elle, jusqu’à ce qu’on forme le duo suprême – elle impulsive et intrépide, moi prévoyante et vigilante ; elle dangereuse, moi inspirant confiance ; elle jolie, moi gentille ; elle stone, moi bourrée ; et ainsi de suite. “

Pendant une année, elles vont vivre une époque troublante, pleine de transgression à travers une amitié aussi passionnelle que dérangeante.

” Ce que Marlena ne pigeait pas, et que je n’aurais jamais pu lui avouer, c’est que même si on se faisait profondément, gravement, irrémédiablement, dangereusement chier à Silver Lake, j’étais plus heureuse que je ne l’avais jamais été. Je me sentais libre. J’avais merdé à un point inimaginable, mais le monde ne s’était pas arrêté de tourner. “

Jusqu’à la mort de Marlena…

Vingt ans après, la vie de Cat est au point mort. Elle vit dorénavant à New-York avec Liam, son petit ami, mais n’a toujours pas d’enfant. Employée d’une petite bibliothèque, elle est hantée par les fantômes du passé et lutte chaque jour pour ne pas sombrer dans l’alcool, comme pour se punir des souvenirs du passé qu’elle ne cesse de revivre pour tenter de comprendre la mort de sa meilleure amie. Chercher des réponses qui n’existent peut-être pas…

” Liam savait pour Marlena, mais uniquement les grandes lignes – quand des proches en dehors du Michigan étaient mis au courant, ce qui n’arrivait presque jamais, c’était tout ce qu’ils obtenaient. Plus jeune, j’avais eu une amie qui était morte. Nous étions proches. Je n’en parlais pas. Lorsqu’on devient adulte, l’être qu’on était à l’adolescence prend une importance fabuleuse, ou bien devient complètement risible. Je voulais être le genre de personne capable de balayer d’un geste cette époque-là ; au lieu de quoi, j’en avais bien peur, elle me définissait. ”

Ce que j’en dis :

L’adolescence est une période charnière avant le passage vers l’adulte, et selon la manière dont elle est vécue, elle laisse parfois des traces et ne laisse pas toujours indemne.

À travers cette histoire qui met en scène deux adolescentes, l’auteur nous fait part de leur vie tumultueuse qui coûtera malheureusement la vie à l’une d’elle et marquera à jamais la vie de l’autre.

Entre le Michigan et New-York, l’auteur entrelace habilement deux temporalités pour retracer la vie de ces deux amies et ce qui en découle.

Julie Buntin nous offre un grand roman sur l’amitié, mais aussi sur la famille et les répercussions qu’entraîne un divorce., et sur les addictions si difficiles à quitter.

À la fois roman psychologique et témoignage, ce roman offre une réflexion profonde sur ce qui nous rattache au passé et nous empêche d’avancer, d’où la nécessité de lâcher prise pour se libérer et peut-être s’envoler.

Un récit qui dégage beaucoup d’émotions, une plume de qualité pour une lecture qui exige davantage d’attention par moment et j’avoue avoir préféré le Michigan à New-York, l’adolescence à l’âge adulte, mon petit coté nostalgique pour ce duo qui aurait du finir inséparables.

Un roman parfaitement en osmose avec les éditions de La belle colère, fidèle à leur thème de prédilection : l’adolescence, littérature young/adult.

Un premier roman réussit qui aidera peut-être certains parents à mieux comprendre leurs ados, ces rebelles incontrôlables.

Une belle découverte même si ce n’est pas le coup de cœur que j’avais espéré au départ.

Pour info :

Julie Buntin est originaire du nord du Michigan. Son premier roman Marlena a été finaliste pour le prix du National Book Critics Circle John Leonard, nommé meilleur livre de l’année par plus d’une douzaine de journaux y compris le Washington Post. Elle a enseigné l’écriture creative à l’université de New-York, l’université Columbia et le Yale Writers Workshop. Elle est également rédactrice en chef adjointe et directrice des programmes d’écriture à Catapult.

Je remercie les éditions de la belle colère pour cette histoire où l’amitié survit à tout et nous plonge dans nos propres souvenirs.

“ On dirait que je suis morte ”

On dirait que je suis morte de Jen Beagin aux Éditions Buchet / Chastel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy

 » En réalité, passer l’aspirateur faisait partie de ses activités préférées. Sur les formulaires, elle le mettait dans la liste de ses hobbies. Même enfant, elle préférait passer l’aspirateur plutôt que de jouer au volley ou à la poupée. On avait obligé ses copines de classe à apprendre le violoncelle et le violon, mais son instrument de prédilection avait été le Hoover Aero-Dyne Modèle 51. “

Manon, 24 ans, assez cabossée, bien plus douée pour les taches ménagères que pour choisir le reste, surtout pour ce qui pourrait l’amener vers une vie meilleure. Alors pour gagner vie, elle nettoie celles des autres avec beaucoup de méticulosité et même une certaine curiosité.

 » – Ah, tu es fouineuse.

– Méthodique. Et…observatrice. Il y a beaucoup à apprendre sur les gens en faisant le ménage chez eux. Ce qu’ils mangent, ce qu’ils lisent aux toilettes, quels comprimés ils avalent le soir. Ce à quoi ils tiennent, ce qu’ils cachent, ce qu’ils jettent. Je sais où est l’alcool, le porno, le godemichet à la con fourré sous le lit. Je vois tout le vide qui remplit leur vie. “

Pour occuper certaines de ses soirées, elle distribue des seringues aux junkies de Lowell dans le Massachusetts. C’est là qu’elle va faire la connaissance de celui qu’elle surnommera M.Dégoutant, un artiste raté et sans dent.

” – On a de la chance de s’être trouvé. Nous, les deux orphelins. “

Ce qui ne l’empêchera pas de tomber amoureuse. Son intuition peu fiable va encore lui réserver de drôles de surprises.

” – Tu es en train de me dire que tu fais le maquereau ? Parce que ce serait pire que de ne pas avoir de dents, bien pire.

– Je préfère « gangster de l’amour », répliqua-t-il sur un ton un peu prétentieux. “

Après une nouvelle déconvenue, elle décide de prendre un nouveau départ et file vers Le Nouveau-Mexique à Taos. Là-bas l’attendent des loufoques en tout genre. Toujours habité par sa curiosité et son besoin de nettoyer elle va être amenée à découvrir bien plus que ce qu’elle s’imaginait et peut-être enfin trouver sa place dans le monde.

Ce que j’en dis :

– Mes premières impressions au bout de quelques pages : à l’image de la couverture.

– Mais encore direz-vous ?

Et je rajouterais :

– drôle, subtil, original, prometteur, et la suite fut à la hauteur de mes espérances.

Il est clair que pour rendre le récit de la vie d’une femme de ménage captivant, il faut avoir une certaine imagination et si le rire est de la partie c’est gagné d’avance.

Il est parfois nécessaire de mettre des gants pour raconter certaines histoires car derrières des sourires se cachent parfois des drames, les apparences sont parfois trompeuses derrières certaines attitudes loufoques.

Et cette obsession du ménage, comme si, vider les poubelles des autres permettait de désencombrer les siennes.

C’est clair il faut bien le reconnaître, le ménage n’est jamais une partie de plaisir mais en compagnie de Mona, tout devient possible et bien plus sympathique.

Ce roman est incontestablement une belle surprise de la rentrée littéraire. L’auteur nous offre un roman ingénieux, rafraîchissant, d’une belle sensibilité et non dépourvu d’humour. Mona est attachante et même très touchante, le genre de personnage qu’on aimerait croiser et que l’on n’est pas prête d’oublier.

Je ne peux que féliciter la traductrice Céline Leroy pour avoir réussi à retranscrire avec brio toutes les émotions qui se dégagent de ce roman.

Alors j’espère que vous mettrez de côté votre ménage et vos Mappas pour vous plonger au plus vite entre les pages de cette délicieuse aventure rocambolesque pleine de charme.

Mon premier coup de cœur de la rentrée ❤️

Pour info :

Jen Beagin vit à Hudson, dans l’État de New York. Elle a collaboré à plusieurs revues et publié des nouvelles. On dirait que je suis morte est son premier roman, lequel a reçu un accueil enthousiaste outre-Atlantique et a été finaliste de plusieurs prix.

Je remercie les Éditions Buchet. Chastel pour cette rencontre éblouissante.

“ L’homme sans ombre ”

L’homme sans ombre de Joyce Carol Oates aux Éditions Philippe Rey

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban

Il est 9 h 07, le 17 octobre 1965. Le moment déterminant de la vie de Margot Sharpe, qui sera aussi le moment déterminant de sa carrière. “

En 1965 à Philadelphie, à l’institut de neurologie de Darven Park, une jeune chercheuse, Margot Sharpe, rencontre Elihu Hoopes, un nouveau patient atteint d’amnésie. À l’âge de trente-sept ans, il a été victime d’une grave infection qui a détruit une partie de son cerveau et ne lui a laissée qu’une mémoire immédiate de soixante-dix secondes.

” Quand il se croit seul, sans personne pour l’observer, E.H. cesse de sourire. Sombre, le visage plissé, il semble absorbé dans l’effort douloureux de comprendre. “

Margot Sharpe, professeur – neuropsychologue chercheur à l’université – est attachée à l’Institut universitaire, va entamer avec le Dr Ferris un long travail d’étude appelé « projet mémoire  » sur le sujet « E.H. » qui deviendra peut-être l’un des amnésiques les plus célèbres de l’histoire des neurosciences.

” Elihu Hoopes est prisonnier d’un présent perpétuel, se dit Margot. Comme un homme tournant en rond dans les bois crépusculaires : un homme sans ombre. “

Au cours des années, Margot est séduite, s’attendrit et s’attache à son patient. Elle tente de comprendre et de débloquer les souvenirs figés de E.H., et de déchiffrer ce qui semble obséder cet homme sans mémoire, qui s’entête à dessiner la même scène : une fille morte flottant dans l’eau.

” Margot comprend le malaise de ce pauvre homme, qui se rend compte que sa connaissance de lui-même ne peut lui venir que des autres, de parfaits inconnus. “

Tiraillée entre ses ambitions professionnelles, son amour obsessionnel pour cet homme et son éthique médicale, elle fouille dans le passé de E.H. et devra faire en sorte de ne surtout pas se perdre elle-même en cours de route.

” Personne d’autre dans sa vie ne compte autant pour elle. “

Ce que j’en dis :

Joyce Carol Oates nous offre comme toujours un roman très ambitieux.

Sous couvert d’une étonnante histoire d’amour, on découvre le laborieux travail des neuropsychologues, qui mettent tout en œuvre pour faire avancer la science.

Des études qui peuvent parfois semblées brutales tant l’acharnement manque parfois d’humanité malgré la déontologie qu’elles sont sensée avoir.

Une histoire édifiante qui soulève le douloureux handicap de la perte de mémoire dorénavant reconnue comme la maladie d’Alzheimer.

” Comment savons- nous qui nous étions si nous ne savons pas qui nous sommes ?

Comment savons-nous qui nous sommes, si nous ne savons pas qui nous étions ? “

Fascinée par les neurosciences, l’auteur nous éclaire et nous plonge au cœur de cette histoire édifiante, dans l’intimité de cette femme et de cet homme si proches et pourtant si éloignés l’un de l’autre.

Un roman aussi fascinant qu’enrichissant qui nous emporte dans les profondeurs de l’âme humaine portée par une plume maîtrisée à la perfection. Un récit qui captive le lecteur et l’invite à réfléchir sur ce que peut être l’identité d’un être sans sa mémoire.

La grande dame de la littérature américaine n’a pas fini de nous surprendre, et laisse dans le sillage de notre mémoire un nouveau roman étrange et poignant qu’il serait dommage de ne pas découvrir.

Pour info :

Membre de l’Académie américaine des arts et des lettres, titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires, parmi lesquelles le National Book Award, Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains.

Elle est l’auteure de recueils de nouvelles et de nombreux romans dont Les Chutes (prix Femina étranger en 2005), Mudwoman (meilleur livre étranger en 2013 pour le magazine Lire) et Sacrifice.

Je remercie les éditions Philippe Rey pour ce roman profond et bouleversant.

“ Faux amis ”

Faux amis de Linwood aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Canada) par Renaud Morin

” L’écran du drive-in Constellation, haut comme un immeuble de quatre étages, était en train de s’écrouler.

Une fumée noire s’élevait en tourbillonnant depuis sa base, sur toute sa longueur, tandis qu’il basculait lentement vers l’avant, côté parking, comme sous l’effet d’une tornade.

(…) Il y eu un moment de sidération muette. À peine une seconde. Puis une symphonie étranglée et dissonante d’alarmes de voitures, hurlant de panique.

Et d’autres cris. Beaucoup, beaucoup d’autres cris. “

Lors de la dernière soirée du drive – in, avant sa fermeture définitive, une explosion terrifiante s’est produite. L’écran géant s’est effondré sur les spectateurs, faisant quatre morts.

” Quelqu’un avait merdé dans les grandes largeurs. “

L’inspecteur Duckworth se retrouve sur l’enquête. Un important détail le chiffonne. L’accident s’est produit à 23 heures 23 minutes.

– Qu’est-ce qu’il y a ? On dirait qu’un truc vous chiffonne ?

– Il y’a simplement qu’au bout d’un moment on ne croit plus aux coïncidences. “

De son côté, le détective privé Cal Weaver est embauché par la fille d’Adam Chalmers, une des victimes de l’explosion. Suite à son décès, sa maison a été visitée et a mis à jour un drôle d’endroit…

De nouveaux scandales sont sur le point de voir le jour.

L’inspecteur et le détective privé vont devoir la jouer fine et unir leurs forces.

Il se passait des trucs bizarres dans cette ville.  »

Ce que j’en dis :

Après le premier volet Fausses promesses (Retrouvez ma chronique ici), nous revoici plonger au cœur de Promise Falls, cette bourgade américaine pleine de mystères et de secrets. L’aventure se poursuit avec les mêmes personnages, les habitants de cette ville qui ont bien du mal à vivre tranquille.

À travers des chapitres courts qui vont direct à l’essentiel, l’auteur sème les indices, et lève le voile sur certains mystères annoncés dans le précédent opus.

Une écriture qui tient en haleine le lecteur, comme pendant une bonne série télévisuelle.

Les scènes s’enchaînent à un rythme infernal, et les intrigues parfois déroutantes s’ajoutent les unes aux autres sans totalement mettre fin à de nombreuses interrogations qui demeurent sans réponses.

Même si ce second volet est addictif, accrocheur et ravira tous les fans de suspens plutôt efficaces, l’auteur prends à mon avis un énorme risque en laissant plein d’énigmes en suspend. Car il faudra attendre le dernier volume pour enfin connaître les tenants et aboutissants de tous ces mystères. Et là sincèrement, j’espère que le final sera explosif et déclenchera un waouh et non un : tout ça pour ça !

Là, il est certain que je l’attend au tournant. J’espère une fin qui ne me laissera pas sur ma faim.

À suivre donc …

Pour info :

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), En lieux sûrs (2017) ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Je remercie les éditions Belfond pour cette intrigue déroutante à Promise Falls.

“ L’herbe de fer ”

L’herbe de fer de William Kennedy aux Éditions Belfond, collection Vintage.

Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier

Albany, pendant la Grande Dépression, Francis Phelan revient au bercail, mais dans un triste état et semble complètement perdu.

 » Francis pensait à son talent à lui tel qu’il s’exerçait, jadis, sur les terrains de base-ball, par des après-midi tout embués de lumière ; comment il savait suivre le trajet de la balle dès que la batte la frappait, et fondre sur elle comme un vautour fond sur une poule ; comment il l’amadouait et la captait et plein vol, soit qu’elle se dirige droit sur lui, soit qu’elle se rapproche de lui en sifflant comme un serpent dans l’herbe. Il l’enserrait dans son gant creusé comme la serre d’un oiseau de proie…(…) Aucun joueur de baseball dans aucune équipe ne déplaçait son corps avec autant de dextérité que Francis Phelan, une sacrée machine à saisir la balle, la plus rapide de toute. “

Qu’est-ce qui a bien pu arriver à Francis Phelan pour qu’il finisse clochard et alcoolique, lui ce grand joueur de base-ball, à qui aucune balle ne résistait ?

” Au plus profond de lui-même, là où il pouvait pressentir une vérité qui échappait aux formules, il se disait : ma culpabilité est tout ce qui me reste. Si je perds cela, alors tout ce que j’aurais pu être, tout ce que j’aurais pu faire aura été en vain. “

Il tente de reprendre le dessus, mais les fantômes du passé l’assaillent et semblent vouloir régler leurs comptes.

Va-t-il fuir une fois encore, ou va-t-il réussir cette fois à se pardonner? Va-t-il réussir sa quête de rédemption ?

” Maintenant que mes souvenirs reviennent au grand jour, est-ce que tu crois que je vais enfin pouvoir commencer à oublier ? “

Ce que j’en dis :

Pour quelqu’un qui apprécie énormément la littérature américaine, j’ai pourtant beaucoup de lacunes mais grâce à la collection vintage des éditions Belfond, je découvre à chaque réédition de merveilleuses pépites.

L’herbe de fer ne déroge pas à la règle. Ce roman possède une verve exceptionnelle et un style incroyable qui mélange poésie et ironie avec talent. Le récit nous emporte, nous captive et nous bouleverse avec grâce. Francis Phelan, est un clochard avec une certaine éducation et des principes. Il est attendrissant, attachant et son histoire nous touche de bien des façons, entre les rires et les larmes qu’elle déclenche. Un roman aussi triste qu’insolent tout comme son héros pas ordinaire et tous les personnages que vous croiserez dans ce magnifique livre.

 » Tous deux connaissaient sur le bout des doigts le rituel du trimardeur avec ses tabous, son protocole. Ils s’étaient assez parlé pour savoir qu’ils croyaient tous deux en une sorte de fraternité des sans-espoir ; cependant les cicatrices qu’ils portaient aux yeux montraient bien qu’une telle fraternité n’avait jamais existé, que la seule chose qu’ils partageaient vraiment, c’était l’éternelle question : comment vais-je me tirer d’affaire pendant les vingt prochaines minutes ? Ce qui leur faisait peur à tous les deux, c’était les désintoxiqués, les flics, les matons, les patrons, les moralistes, les diseurs de vérité, et ils avaient également peur l’un de l’autre. Ce qu’ils adoraient, c’était les raconteurs d’histoires, les menteurs, les putains, les boxeurs, les chanteurs, les chiens qui remuent la queue, et les bandits d’honneur. Rudy, en somme, se disait Francis, ça n’est qu’une cloche, mais qui vaut mieux que lui ? “

Extraite de l’adaptation cinématographique

Il n’est jamais trop tard pour découvrir des bijoux littéraires, mais c’est sans conteste un devoir que de les partager et de jouer les passeurs de mots pour qu’à votre tour vous succombiez aux charmes de cette plume.

Laissez-vous tenter et faites un bout de chemin avec cette cloche cabossée en quête de pardon et épris de liberté.

Pour info :

D’origine irlandaise, William Kennedy est né en janvier 1928 à Albany dans l’État de New York, où il a grandi. Diplômé de l’université Siena de Loudonville en 1949, il est journaliste dans l’État de New York et à San Juan, Porto Rico, où il s’essaie également à la fiction. En 1963, il retourne à Albany, l’une de ses principales sources d’inspiration, qui sera le décor de nombre de ses œuvres. Il travaille alors pour des journaux et poursuit l’écriture de ses romans.


Son premier livre, The Ink Truk (1969), évoque un chroniqueur haut en couleur nommé Bailey, gréviste en chef dans un journal. Pour le roman qui suit, Jack Legs Diamond (Belfond, 1988 ; 10/18, 1994), William Kennedy combine histoire, fiction et humour noir, et s’attaque au personnage de Jack « Legs » Diamond, un gangster irlando-américain tué à Albany en 1931. Billy Phelan (Belfond, 1990 ; 10/18, 1994) chronique, lui, la vie d’un voyou rusé, qui s’amuse à contourner la politique locale.


C’est avec L’Herbe de fer (Belfond, 1986 ; 10/18, 1993), publiée pour la première fois aux États-Unis en 1983, que William Kennedy reçoit les honneurs en remportant le prix Pulitzer de la fiction 1984. Un roman audacieux, qui nous plonge dans la vie chaotique de Francis Phelan – le père de Billy Phelan –, vagabond alcoolique errant dans les rues d’Albany pendant la Grande Dépression. L’auteur publie la même année O Albany!, un récit passionnant sur la politique et l’histoire de sa ville.


William Kennedy a aussi écrit les romans Le Livre de Quinn (Belfond, 1991), Vieilles carcasses (Belfond, 1993), Le Bouquet embrasé (Actes Sud, 1996), Roscoe (2002) et Changó’s Beads and Two-tone Shoes (2011), qui complètent notamment le « Cycle d’Albany » ; les scénarios des films Cotton Club, réalisé par Francis Ford Coppola, et d’Ironweed : la Force du destin de Héctor Babenco, avec Jack Nicholson et Meryl Streep dans les rôles principaux ; et deux pièces de théâtre Grand View (1996) puis In the System (2003).

Avec son fils, Brendan Kennedy, il est également le coauteur de deux livres pour enfants : Charlie Malarkey and the Belly-Button Machine (1986) et Charlie Malarkey and the Singing Moose (1994).


« Avec L’Herbe de fer qui lui a valu le ‟genius grant” de la fondation Mac Arthur, le National Book Award et le prix Pulitzer, William Kennedy est devenu une gloire nationale… Son style, qui doit quelque chose à Joyce, à Fitzgerald, à Beckett, reste foncièrement original. »
The New York Times Book Review

Je remercie les éditions Belfond pour cette pépite de la littérature américaine.