“ La vague ”

La vague d’Ingrid Astier aux Éditions Les Arènes

” Le bateau amorça une valse avec l’océan. À quelques mètres, le mur d’eau s’élevait. Une masse tellement puissante qu’il fallait la voir une fois dans sa vie pour le croire. Depuis l’Antarctique, rien ne l’arrêtait sur huit mille kilomètres. Teahupo’o. Le mirage du bout de la route. La Vague. Le rêve de tout waterman digne de ce nom. L’approcher, c’était croiser le diable en robe d’écume. Elle était belle à se damner. (…) Dans la lumière du matin, la vague piégeait tous les bleus de la création. Le vent de mer ne s’était pas encore levé et les teintes de l’eau étaient transparentes et étirées – du verre de Murano. (…)

L’ange Teahupo’o passait.

Un miracle de la nature. Une déesse qui portait aux nues ou qui broyait.

C’est elle qui décidait. “

Au bout du monde, sur la presqu’île de Tahiti se trouve un lieu dit : Teahupo’o, la fin de la route est le début de tous les possibles.

Ici se trouve La Vague, la plus célèbre et la plus dangereuse du monde. Au fil des années elle s’est forgée une réputation crépusculaire. Ceux qui s’y attaquent sont soit des fous, soit des experts, aux nerfs solides et aux muscles affûtés. La moindre erreur est fatale.

En vieux Tahitien, tea – hu – poo signifie « Montagnes des crânes »

C’est ici que vit Hiro, un surfeur légendaire, unit à cette vague comme à une femme.

Un matin d’avril, l’arrivée d’un homme semble avoir perturbé l’équilibre de l’île, peu de temps après le retour tant attendu de la sœur d’ Hiro, Moea.

” Tout allait trop vite pour Hiro. Depuis que Moea était revenu, il devait jongler avec trop de responsabilités. Il n’était même plus sûr de savoir comment faire du bien à ceux qu’il aimait sans trop les protéger. “

Cet étranger semble croire que tout lui appartient. Il s’approprie La Vague et semble ne pas vouloir s’arrêter là.

L’esprit humain pressent. Il sait qu’il y’a danger.

Un danger plus sournois que n’importe quelle lame venue de l’océan.

Un danger qui sourit – et à pleines dents. “

Ce que j’en dis :

Ingrid Astier quitte sa zone urbaine pour les atolls polynésiens et ses plages majestueuses et nous plonge dans un univers paradisiaque auprès de surfeurs qui ne manquent pas de bravoure.

Au cœur de la société polynésienne, certains requins appâtés par le gain nagent en eaux troubles et sèment le chaos, pendant que les surfeurs et autres baroudeurs attendent la Vague suprême.

Tel Gauguin, elle dépeint à merveille cet endroit et éveille tous nos sens. Elle développe en nous un attachement féroce pour ses personnages haut en couleur et une antipathie certaine pour certains d’entre eux.

Sous ses airs de paradis tropical, l’envers du décor laisse à désirer et cache d’importants trafics de drogue et les quartiers des zones défavorisées sont les premiers touchés.

Une histoire peuplée de tradition, de passion, illuminée par la beauté luxuriante des paysages mais entachée par la jalousie d’un homme qui entraîne sur son passage une vague de violence.

Un roman fort dépaysant sous haute tension où la noirceur s’invite au paradis, tel un cyclone qui avance contre vents et marées et s’abat sans prévenir.

Bienvenue en enfer, ici c’est Teahupo’o, le mur des crânes. “

Pour info :

Ingrid Astier vit à Paris.

Elle a débuté en écriture avec le Prix du Jeune Écrivain (1999).

Son désir de fiction et son goût pour les péripéties sont liés à son enfance au sein de la nature, en Bourgogne, où se mêlent contemplation et action. Elle aimait autant tirer à l’arc que lire en haut d’un grand merisier.

Plus tard, elle a choisi le roman noir pour sa faculté à se pencher sans réserve sur l’être humain : Quai des enfers (Gallimard), son premier roman, a été récompensé par quatre prix, dont le Grand Prix Paul Féval de littérature populaire de la Société des Gens de Lettres.

Il campe pour héroïne la Seine, et a fait de cette amoureuse des océans et des fleuves la marraine de la Brigade fluviale.

Son roman suivant, Angle mort (Gallimard), entre western urbain et romantisme noir, a été salué comme « le mariage du polar et de la grande littérature », et la relève du roman policier français. Petit éloge de la nuit (Folio Gallimard) est le fruit de notes vagabondes, de nuits inspirées, de lectures et de dialogues croisés. Ingrid Astier est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages.

Par la tresse ténue du réel et de l’imaginaire, elle croit en l’écrivain comme bâtisseur de mondes, persuadée que notre besoin d’évasion est essentiel.

La Vague est son cinquième roman.

Je remercie les Éditions Les Arènes pour ce voyage paradisiaque où l’enfer n’est jamais loin.

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“ Le bon lieutenant ”

Le bon lieutenant de Whitney Terrell aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons

” Elle essaya de garder une voix calme pendant tout ce temps, s’efforçant de ne pas poser directement de question sur Pulowski. Elle était censée diriger tous ces gars, pas seulement lui. Mais elle ne put s’empêcher de sentir une vague de soulagement quand, après quelques grésillements au micro, la voix de Pulwski arriva sur les ondes.

– On est là avec Crawford. On était dans la ruelle, et puis le chef d’équipe (il parlait de Beale) a dit qu’on se faisait canarder et on a été, euh, séparés.

Il y eut un murmure étouffé, une main recouvrant le micro.

– Tu disque la dernière fois que tu as vu Beale, c’était dans la ruelle.

– Oui, lieutenant.

Comment trois hommes avaient-ils pu être séparés dans une putain de ruelle ? “

Emma Fowlers, lieutenant en mission dans la périphérie de Bagdad, s’efforce d’être droite et compétente auprès de sa section.

Chaque jour elle doit motiver sa troupe, faire les bons choix côtés tactiques et garder un œil sur ses hommes.

Alors quand l’un d’eux disparaît, elle se met en devoir de le récupérer coûte que coûte mort ou vif.

Très vite, elle s’aperçoit que toute cette affaire est le fruit de magouilles et d’erreurs au sein de sa section.

Un attentat, tuant deux soldats, aurait pu être évité, mais face à des informateurs suspects et des renseignements douteux, difficile de faire confiance.

” La guerre est une saloperie » , certes, mais que faire si l’ennemi se trouve dans votre camp ? À quel moment aurait-on pu éviter cet enchaînement tragique ?

Ce que j’en dis :

Fan de séries américaines ayant pour thème de prédilection le milieu militaire telles que ” Band of Brother : l’enfer du Pacifique “, ” Seal Team “, ” Shooter “, je ne pouvais que me réjouir de découvrir cette nouvelle plume américaine.

À travers une construction surprenante, qui pourrait en dérouter certains, l’auteur déclenche un compte à rebours comme pour le départ d’une bombe et remonte le fil du temps pour comprendre ce qui a déclenché cette tragédie mettant en péril la vie des soldats.

En analysant la logique parfois absurde de certaines décisions militaires, l’auteur tente de démontrer comment certains comportements nuisent au bon déroulement des opérations, mais également à comprendre ce qui amène certains soldats à suivre la voie militaire.

De l’action, du suspens, des mensonges, des trahisons font de ce roman de guerre, un récit explosif, original qui ne laisse pas indifférent sans pour autant oublier tous ces soldats qui se mettent en danger pour défendre courageusement leur pays.

Pour info :

Whitney Terrell est né à Kansas City, dans le Missouri.

Il a travaillé comme fact-checker pour The New York Observer avant de devenir journaliste et de suivre l’armée américaine lors de la seconde guerre d’Irak, qu’il a couverte en 2006 et 2010 pour The Washington Post, Slate et la radio publique américaine.

Il enseigne aujourd’hui la littérature.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure périlleuse dans l’enfer de la guerre.

“ Le plongeur ”

Le plongeur de Stéphane Larue aux Éditions Le Quartanier

” J’ai retiré trois cents dollars et je suis allé à la Brasserie Cherrier. Je suis rentré sans regarder personne et je me suis installé sur un des tabourets, devant la machine la plus susceptible de payer.

Nous étions le 5 octobre. Je ne le savais pas, mais trois semaines plus tard, il ne resterait plus rien des deux mille dollars de Deathgaze. Trois semaines que je passerais à jouer chaque jour et à manquer un cours sur deux. J’aimerais pouvoir dire que c’est à ce moment-là que je me suis ressaisi, que la spirale de déni et de pertes avait atteint son point le plus bas, mais personne ne me croirait. “

Au cours de l’hiver 2002 à Montréal, un jeune homme d’une vingtaine d’années, étudiant graphiste est tombé dans le cercle infernal du jeu. Jour après jour son addiction grandit et ses dettes s’accumulent. Il joue aux machines de vidéopoker.

” Non seulement je ne gagnais presque rien, mais pendant ces trois mois-là j’avais perdu davantage que dans les six mois qui avaient précédé. Je n’avais pas encore compris la formule. Plus tu joues, plus tu perds. Je jouais tous les jours. “

Il s’isole, perds ses amis, sa blonde, son appart, et n’a plus d’autres choix que de se trouver une job pour éponger ses dettes, et respecter ses engagements envers un groupe de Métalleux.

C’est à ce moment-là qu’il décroche une place de plongeur dans un grand restaurant La Trattoria où il bossera avec Bébert un jeune cuisinier très expérimenté au bagou de rappeur déjà usé par l’alcool et le speed.

” Bébert est retourné vers la cuisine de service en gueulant que là on allait rocker ça pour de vrai, c’te rush-là. Je me suis concentré sur mon travail. J’ai rempli un rack d’assiettes et de tasses à café, je l’ai envoyé dans le lave-vaisselle puis j’ai commencé à récurer les poêles du mieux que je pouvais. Au bout de dix minutes de frottage et de décrassage, j’étais presque aussi trempé que si on m’avait enfermé dans un lave-auto en marche. Mes mains se ratatinaient déjà dans la gibelotte du diss pit, le bout de mes doigts était éraflé par la laine d’acier, mes bras s’enlisaient jusqu’aux coudes dans l’eau brune et graisseuse. La vapeur d’eau faisait coller sur mon visage les miettes de nourriture et les éclats d’aliments calcinés qui revolaient sous le jet du gun à plonge. Je comprenais peu à peu pourquoi Dave voulait se débarrasser de ce travail. “

Pendant plus d’un mois, ils vont enchaîner ensemble les shifts de soir et même les doubles, et Bébert jouera auprès du plongeur le rôle de mentor et veillera sur lui dans leurs sorties nocturnes.

Dans les coulisses du restaurant, officie une vraie fourmilière survoltée, chef, sous-chef, cuisiniers, serveurs, barmaids et busboys, chacun fidèle à son poste tout en étant polyvalent.

Le plongeur s’accroche et tente de faire face à ses démons le temps d’une saison chaotique rythmée par les rushs, les coups de blues, les soirées trop arrosées, les espoirs et quelques écarts dans une ambiance musicale omniprésente.

 » Dave m’avait mis en garde, comme s’il voulait s’ assurer que je comprenais bien toutes les clauses de sa proposition.

– Tu vas voir, c’est de l’ouvrage. Mais la gang est le fun et la bouffe est payée. T’as déjà travaillé en restauration ?

– Non, jamais. “

Ce que j’en jase :

Ce roman Canadien absolument extraordinaire, publié en 2017 est enfin arrivé en France, de quoi ravir les lecteurs toujours friands de découvrir de nouvelles plumes d’ici ou d’ailleurs.

Couronné de succès dans son pays et même en passe de devenir culte, j’ose espérer qu’il en sera de même icitte.

Travaillant dans la restauration, Stéphane Larue nous offre un menu littéraire cinq étoiles qui respire l’authenticité et dépeint à merveille le monde du travail d’une gargote de Montréal et évoque au passage l’addiction au jeu, de ce fameux plongeur.

À travers une langue absolument délicieuse dans une ambiance survoltée, le plongeur nous offre un récit hyperréaliste au côté d’une galerie de personnages pas piqués des hannetons.

Un roman social qui m’a souvent amené à penser à cet autre ovni littéraire : À la ligne de Joseph Ponthus, (ma chronique ici), une cuisine pour Stéphane, une usine pour Joseph, et cette similitude de travail à la chaîne, une job pour l’un et une embauche pour l’autre qui les a conduit tous deux à l’écriture d’un bijou littéraire.

Stéphane Larue peut se péter les bretelles, son book est tiguidou, de la vraie balle, alors inutile de placoter, il vous le faut !

Moi suis tombée en amour pour le plongeur ❤️

Pour info :

Stéphane Larue est né à Longueuil. Il vit à Montréal.

Il détient une maîtrise en littérature comparée de l’Université de Montréal. 

Depuis un quinzaine d’années, il assure un emploi dans la restauration.

En 2016, il publie aux éditions Le Quartanier son premier roman, Le Plongeur, lauréat en 2017 du prix des libraires du Québec et du prix Senghor

Je remercie Le Picabo River Book Club et les éditions le Quartanier pour cette plongée littéraire absolument fantastique.

“ Mitragyna ”

Mitragyna de Sandrine Zorn et Alain Siméon aux Éditions Lajouanie

Camille, une jeune professeur de sciences, passe quelques jours sur Paris. Au programme, visites de musées, de monuments et quelques soirées dans les boîtes de jazz, de quoi passer d’agréables moments. Mais à peine commencé, son week-end se retrouve déjà perturbé. Lors de sa première sortie au musée d’Orsay, elle est victime d’une agression, et son sac disparaît.

” Récapitulons : je suis au musée d’Orsay, au cinquième étage. Avant de partir, je suis passée aux toilettes, j’ai été percuté par la porte au moment de sortir et vu que mon superbe sac n’est plus là, j’ai du me faire agresser. Merde ! Mes papiers, mon téléphone, mes clés, mon carnet… Pas un bruit, le musée doit être fermé.  »

Le lendemain le sac refait surface au pied du cadavre d’un clochard.

Une fois l’identité du SDF connu, Camille va se retrouver plongée dans son passé de biologiste qu’elle avait tenter d’oublier.

(…) Alors vas-y, raconte-moi maintenant. Il s’est passé quoi entre toi et Ton Viguier ? Je veux les détails : les circonstances, les relations entre vous pendant sa thèse. Je veux tout savoir : le professionnel et le privé. Et après, tu me raconteras aussi ta douleur, ta honte, ta rancoeur, ta culpabilité à laisser tes potes africains se faire piller parce que tu as laissé ton prof te piquer tes résultats sans réagir. “

Elle était loin d’imaginer que l’héritage de quelques graines d’une plante au vertus prometteuses, déclencheraient un tel tollé et éveilleraient la curiosité des policiers, de truands notoires, de détectives privés et des chercheurs en quête de miracles.

Avant de pouvoir sauver des vies, elle va devoir sauver la sienne et poursuivre ses recherches dans un climat sous haute tension où la confiance est mise à rude épreuve.

Ce que j’en dis :

Il n’aura fallu que quelques pages pour que je m’attache à Camille, l’héroïne de cette histoire mais également à l’écriture soignée que ce duo d’auteurs nous offre à travers une histoire pleine de rebondissements.

Très vite on se retrouve embarqué dans une intrigue captivante qui nous fait voyager entre la France et le Sénégal où se cache peut-être un complot sanitaire de grande ampleur.

Sans jamais nous saouler avec des termes scientifiques rébarbatifs, les auteurs nous plongent pourtant au cœur d’une histoire qui révèle les magouilles de certains laboratoires pharmaceutiques, prêts à tout pour s’approprier certaines découvertes médicales sans se soucier des pertes humaines.

Au côté de Camille, une femme de caractère, indépendante, qui ne se laissera jamais impressionnée par la gente masculine et gardera toujours un humour mordant tout en restant inflexible face à l’injustice.

Digne de la renommée des éditions Lajouanie, ce roman policier mais pas que, écrit à quatre mains mérite toute votre attention.

Un roman qui tient toutes ses promesses et risque même de vous surprendre bien au-delà de vos attentes.

Pour info :

Sandrine Zorn évolue dans le domaine de l’agriculture. Elle travaille et réside à Metz. Alain Siméon est enseignant et chef d’entreprise. Il habite Troyes. 

Ils se sont connus sur les bancs de l’uni­versité et se sont découverts une passion commune, la littérature policière. Depuis ils se retrouvent régulièrement sur les salons. C’est lors d’une manifestation consacrée au polar qu’ils ont décidé de se lancer dans l’écriture d’un roman à quatre mains.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour cette formidable découverte.

“ Dans les eaux du Grand Nord ”

Dans les eaux du Grand Nord de Ian McGuire aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais par Laurent Bury

” Il y a vingt ans, les eaux où nous sommes enceinte moment étaient aussi pleines de baleines, mais à présent, les bêtes sont toutes parties vers le Nord, loin des harpons. Comment le leur reprocher ? Les baleines sont des animaux intelligents. Elles connaissent les lieux les plus sûrs, où il y a le plus de glace, et où il est le plus dangereux pour nous de les suivre. Bien sûr, l’avenir, c’est la vapeur. Avec un navire à vapeur assez puissant, nous pourrions les chasser jusqu’au bout de la terre. “

Le Volunteer, un baleinier du Yorkshire est sur le point de prendre la mer, vers les eaux riches du Grand Nord, avec à son bord une belle bande de matelots en tout genre. Embarque également, Patrick Summer, un ancien chirurgien de l’armée britannique qui traîne une mauvaise réputation.

Espérant trouver un peu de répit à bord, il était loin d’imaginer l’aventure auquel il allait être confronté.

À la découverte d’un jeune mousse assassiné brutalement dans une cabine, il prends conscience que le mal à l’état pur est parmi eux. Et il pense avoir deviner qui est ce meurtrier.

” Le capitaine blêmit de rage, son trouble est profond. Il n’a encore jamais entendu parler d’un meurtre sur un baleinier : les bagarres entre membres d’équipage sont monnaie courante, bien sûr, et même les coups de couteau, en de rares occasions, mais pas les assassinats, surtout un enfant. Et il faut que cela se produise maintenant, pour sa dernière expédition, comme si le Percival ne suffisait pas à ternir à jamais sa réputation. “

L’expédition commence à prendre une tournure différente et dévoile peu à peu ses véritables objectifs.

Des confrontations semblent inévitable et risquent de mettre en danger tout l’équipage dans les ténèbres et le gel de l’hiver arctique.

” Ils entrent de nuit dans le détroit de Lancaster. Au sud, l’eau est dégagée, mais au nord, le paysage est granuleux et monotone, composé d’icebergs et d’étendues de glace fondue, lissées par endroits par le vent qu’îles sculpte, accidentées ailleurs, brutalisées et soulevées en mastodontes à l’affût par l’alternance des saisons et par la dynamique des températures et des marées. “

Ce que j’en dis :

N’ayant pas lu Moby Dick de Melville, je n’aurai pas l’audace de le comparer avec ce récit même si je suis persuadée que le thème principal abordé est identique, je pensais bien évidemment aux baleiniers.

Embarquée à bord du Volunteer aux côtés de marins sans foi ni loi, qui se révèlent parfois des brutes sanguinaires, je découvre une aventure glaciale.

L’action est au rendez-vous et le suspens autour de ce meurtre abominable agrémente ce roman d’aventure d’une intrigue effrayante et révèle l’avidité de certains êtres sans scrupules.

Un récit captivant, avec un final qui marque la fin d’une grande époque pour les chasseurs de baleines.

Véritable dépaysement, ce voyage donne parfois le mal de mer face à toute cette violence qu’elle soit due aux humains ou au climat polaire.

Un formidable roman d’aventure à lire au coin du feu.

Pour Info :

Ian McGuire a grandi près de Hull, en Angleterre, et étudié dans les universités de Manchester et de Virginie.
Il a cofondé le Centre pour la Nouvelle Écriture à l’université de Manchester et enseigne actuellement l’écriture créative à l’université de Nord Texas.
Ses écrits ont été publiés dans le Chicago Review et le Paris Review
Dans les eaux du Grand Nord est son premier roman à paraître en France. 

Je remercie les Éditions 10/18 pour ce fabuleux voyage.

“ Mes nuits apaches ”

Mes nuits apaches d’ Olivier Martinelli aux Éditions Robert Laffont

Illustrations de Topolino

Collection Les passe-murailles

” Mon père avait gâché ma vie. Ma grand-mère venait de bousiller mes dimanches.

L’adolescence n’est jamais une période facile à traverser. Et pour Jonas qui vient de perdre son père et sa grand-mère en peu de temps, ce ne sera pas une partie de plaisir.

Pour lui, la famille c’est fini.

«  Trois personnes, c’était si peu. Trois personnes, ça ne faisait pas une famille. “

Commence alors le début d’un long tunnel, jalonné de déceptions, de pertes et de frustrations jusqu’à ce qu’une étincelle illumine son chemin.

” Le rock a déboulé dans ma vie. Pour la première fois, j’envisageais de participer à cette aventure, d’en être l’un des acteurs. “

Désormais, tout va changer. Nouveau look, nouvelles filles pour des nuits électriques en route vers l’avenir.

Ce que j’en dis :

Une fois de plus, Masse Critique de Babelio m’a permis de découvrir un roman d’une collection atypique. ” Les Passe-Murailles ” qui revisite les classiques littéraires à travers des romans au récits à cheval entre rêve et réalité.

Si j’ai apprécié les illustrations, je n’ai pas été plus que ça charmé par le récit qui à mon sens s’adresse à un public plutôt jeune. Un style littéraire assez simple qui manque un peu de relief.

L’histoire est sympa et reflète bien l’univers des adolescents souvent perdus à cette époque pas simple à traverser.

Jonas a trouvé sa planche de salut dans le rock et donne un peu d’espoir à tous les rêveurs.

Un livre à faire découvrir à la jeunesse en manque d’inspiration.

Pour info :

Olivier Martinelli

Olivier Martinelli est né en 1967 et vit à Sète. Auteur de plusieurs romans et de nombreuses nouvelles, il a été lauréat du prix des Lecteurs de Deauville en 2012 avec La nuit ne dure pas et a obtenu le prix de la ZEC avec L’Ombre des années sereines en 2016. L’Homme de miel, son dernier roman, a été « coup de coeur » de quarante librairies en France et en Belgique.
 

Marc Topolino est né à Sète quelques jours après la mort d’Otis Redding. Depuis, il ne cesse de dessiner sur les feuilles et les arbres, de peindre sur les tableaux et sur les toits.

Marc Topolino

Je remercie Masse Critique de Babelio pour cette découverte.

“ La troisième Hemingway ”

La troisième Hemingway de Paula McLain aux Éditions Presse de la Cité

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Hertz

” Il était vêtu d’un tee-shirt déchiré et d’un short rescapé d’un fond de caisse à poissons – ce qui ne mettait pas particulièrement à son avantage. Quoi qu’il en soit, c’était bien lui. Une mèche de cheveux châtain foncé, presque noire, tombait d’un côté de ses lunettes rondes à monture d’acier. Il me surprit en train de le dévisager, et nos regards se croisèrent un dixième de seconde, puis il lissa distraitement sa moustache et reprit la lecture d’une pile de lettres. (…) Ce que je voyais m’impressionnait, mais je n’avais pas l’intention de me jeter à sa tête ni de lui avouer que sa photo me servait à marquer la page du roman policier que j’avais dans mon sac. “

Fin 1936, quand Martha Gellhorn la jeune romancière rencontre pour la première fois, Ernest Hemingway, elle a vingt-sept ans et une solide réputation de globe-trotteuse l’a précède.

Hemingway est en passe de devenir le monstre sacré de la littérature américaine.

Martha est célibataire mais à déjà une certaine expérience avec les hommes, lui en est déjà à son deuxième mariage.

Une complicité purement intellectuelle s’installe entre eux, mais la guerre a le pouvoir de déclencher les passions.

Martha a beau être amoureuse, elle n’en demeure pas moins lucide.

Je ne voulais pas lui faire de mal. Je savais seulement une chose : Ernest était un soleil qui brillait si fort qu’il m’éclipserait même sans le vouloir. Il était trop célèbre, trop avancé dans sa propre carrière, trop sûr de ce qu’il voulait. Il était aussi trop marié, trop enraciné dans la vie qu’il s’était forgée à Key West. Trop habité, trop impressionnant.

Trop Hemingway. “

De New-York bohème à l’Espagne ravagée par le franquisme, les amis deviennent amants, et Martha fait ses débuts en tant que reporters de guerre, tout en continuant d’écrire.

Au gré de leurs allées et venues à travers le monde, entre l’Amerique, l’Europe et Cuba, dans un monde à feu et à sang, leur rivalité littéraire ne cesse de croître et entache leur amour.

Comment se fait-il qu’un homme ait le droit de penser à sa carrière sans qu’on lui demande de rendre des comptes, alors qu’une femme qui ne laisse pas tout tomber pour rester chez elle est considérée comme une égoïste ? “

Les deux époux ne tarderont pas à goûter aux fruits amers de la vie conjugale…

Ce que j’en dis :

Bien plus, qu’une histoire d’amour , Paula McLain nous offre un formidable portrait de femme indépendante qui refusera de rester dans l’ombre d’un homme, même si elle en est fortement éprise. Elle y avait pourtant cru à son idylle avec Hemingway mais son âme de grande aventurière ne l’ayant jamais quittée, elle n’hésitera pas à tout mettre en danger pour pouvoir écrire et devenir à force de ténacité,, la première femme reporters de guerre.

Même si j’ai nettement préféré son premier roman Madame Hemingway, j’ai apprécié découvrir cette femme volontaire, déterminée qui refusera se soumettre à la volonté d’un homme, même célèbre et restera fidèle à ses idées.

Une lecture agréable qui nous fait également découvrir l’illustre Hemingway, même si le récit est partagé entre fiction et réalité.

Un roman qui rend hommage à une femme extraordinaire à travers une histoire plutôt passionnante.

Pour info :

Diplômée en poésie de l’université du Michigan, boursière du prestigieux National Endowment for the Arts, Paula McLain est l’auteur de deux recueils de poèmes, d’un essai, d’un roman jamais traduit en français (A Ticket to Ride) et d’une biographie romancée, Madame Hemingway, qui lui a valu les honneurs.

Elle vit avec ses enfants à Cleveland, dans l’Ohio.

Je remercie Masse Critique Babelio pour cette découverte.

“ Les femmes de Heart Spring Mountain ”

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur aux éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par France Camus-Pichon

” Vale trinque, son verre à elle contre son bourbon à lui: « Ils s’en sortiront, là-haut », assure-t-elle. Elle vient du Vermont – d’un appartement aux murs bleus surplombant la rivière. Les ouragans ne montent pas jusque là. C’est l’un de ces lieux étrangement épargnés : par les araignées et les serpents venimeux, les tornades, les tremblements de terre, les glissements de terrain. Mais le plan suivant montre un mobile home – revêtement de plastique vert, volets noirsemporté par les flots. « Merde », murmure-t-elle (…) Bonnie, la mère de Vale, vit justement dans l’une de ces villes en bordures de rivière qui sont actuellement dévastées par les inondations…

En août 2011, un nouvel ouragan s’abat sur les État-Unis, le Vermont ne sera pas épargné, et offre à présent un triste spectacle de désolation.

Loin de là, à la NouvelleOrléans, Vale suit les informations avec intérêt, même si elle a quitté cette région depuis plusieurs années, et tourné le dos à sa famille. Sa mère y vit toujours, et elle vient d’apprendre sa disparition lors du passage de la tempête. Une inquiétude la gagne et ne lui laisse d’autres choix que de rentrer à Heart Spring Mountain, sa ville natale.

Elle adore cette ville – sa douce chaleur, sa musique, sa lumière. Et elle déteste sa ville natale – son silence, sa blancheur, ses nids-de-poule, les gens qu’elle y a laissés.

« Bonnie », murmure-y-elle.

Le lendemain matin, elle enfile ses bottes, mets quelques affaires dans son sac à dos, retire de l’argent et part à pied vers la gare routière de Loyola Avenue. “

Elle va y retrouver les femmes qui ont bercé son enfance, la vieille Hazel que la mémoire fuit et Deb, toujours fidèle à ses idéaux hippies.

Vale contemple par la vitre les champs, un silo gris, une grange rouge, le ruban étincelant de la Silver Creek qui leur fait des clins d’œil entre les arbres. Chaque centimètre est familier, mais dans chaque carré de paysage quelque chose a changé, est comme renversé ou sculpté différemment. À force de vivre à la Nouvelle-Orléans, on finit par s’habituer à la menace des ouragans, à l’affaissement mais indéniable des terres. À constater l’impermanence du sol, des arbres, des murs, de sa propre peau.

Mais ici ? Elle est habituée à ce que les choses soient immuables. “

Sa mère reste introuvable, mais jour après jour Vale découvre les secrets des générations de femmes qui l’ ont précédées et décèle un attachement féroce pour cette terre qu’elle a tant cherché à fuir.

” Une citation de No Word for Time lui vient alors à l’esprit, une phrase qu’elle a lue le matin même : « Peu importe le sol que vous foulez, il devrait être sacré, car la terre tout entière est sacrée. » Elle ferme les yeux. Sent la terre solide et fertile sous ses pieds, et entend résonner à ses oreilles l’eau qui court sur les galets de la rivière. “

Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. “

Ce que j’en dis :

Retrouver une auteure, découverte en 2017 à travers le plus merveilleux recueil de nouvelles de ma vie de lectrice, Le cœur sauvage, (retrouvez ma chronique ici) était prémisse d’un moment de lecture intensément délicieux, et je ne me suis pas trompée.

On retrouve le Vermont, état cher à l’auteur, réputé pour ses paysages naturels et ses nombreuses forêts. Le dernier ouragan ne l’a pas épargné, dévastant au passage certaines zones rurales et la vie des habitants déjà malmenée.

C’est ici, au cœur du désastre que l’on va découvrir trois générations de femmes, à travers un roman choral où le passé s’invite dans le présent et nous révèle certains secrets de famille. À travers ces flash-back, habités par certaines croyances, la vie de ces femmes prends forme et envahit Vale d’une douce nostalgie et l’aide à mieux comprendre sa mère dont elle s’était éloignée.

Robin MacArthur est une merveilleuse conteuse, sa plume est un enchantement. Elle dégage une musicalité particulière qui transporte et envoûte les lecteurs. Elle donne à ses personnages féminins une force sauvage et aux plus rebelles une belle âme. Même cabossées , les femmes demeurent de grandes battantes.

En deux livres, l’auteure s’impose remarquablement dans le paysage de la littérature américaine. Elle nous touche, nous bouleverse aux fils des pages avec autant d’émotions que ce soit dans ce roman où dans son recueil de nouvelles.

Cette femme du Vermont n’a pas fini de nous éblouir et je n’ai qu’une hâte, celle de la retrouver très vite.

Je salue au passage la très belle couverture et la magnifique traduction qui m’a permis ce nouveau voyage livresque dans le Vermont aux côtés de femmes admirables.

Un nouveau coup de cœur pour cette écrivaine talentueuse que je vous encourage à découvrir.

Pour info :

Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui.

Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires.

Régulièrement comparée à Annie Proulx et Anthony Doerr, elle s’impose en deux livres seulement comme un des jeunes écrivains les plus prometteurs de sa génération.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette sublime balade livresque dans le Vermont en compagnie de femmes comme j’aime.

“ Le chant des revenants ”

Le chant des revenants de Jesmyn Ward aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” « Toutes les choses ont un pouvoir. »

Il a cogné sur une bûche.

« C’est mon arrière- grand-père qui me l’a appris. »

La bûche s’est fendue.

« Il disait qu’il y’a un esprit dans chaque chose. Dans les arbres, dans la lune, dans le soleil, dans les animaux. Il disait que c’est le soleil le plus important et il lui avait donné un nom : Aba. Mais on a besoin de tous les esprits, de tous les esprits de toutes les choses, pour qu’il y ait un équilibre. Pour que les récoltes poussent, que les animaux se reproduisent et qu’ils engraissent avant qu’on les mange. » (…) « Il faut un équilibre des esprits. Et un corps, c’est pareil, il m’a dit. » ”

Jojo est toujours à l’écoute quand son grand-père, Pop lui parle. C’est lui qui tente de lui donner une bonne éducation avec Mam sa grand-mère puisque sa mère Leonie, une toxicomane n’est pas à la hauteur.

Il vit avec sa mère et sa sœur, Michaela, chez leurs grands-parents dans une ferme du Mississippi.

Mam se meurt d’un cancer. Le père des enfants, un homme blanc séjourne en prison. Il ne reste plus que Pop pour soutenir la famille et faire de Jojo un homme.

Jusqu’au jour où le père est enfin libéré. Leonie embarque ses enfants et part avec une amie, direction Parchman, le centre pénitencier du Mississippi, pour retrouver son homme. Un voyage dangereux, encombrés de fantômes qui va une fois de plus malmener ces enfants.

” Il y a des gens : minuscules et distincts. Ils volent et marchent et flottent et courent. Ils sont seuls. Ils sont plusieurs. Ils se baladent sur le sommets. Ils nagent dans les rivières et dans la mer. Ils marchent en se tenant la main dans les parcs, dans les squares, disparaissent dans les bâtiments. Ils ne se taisent jamais. Leur chant est omniprésent : leur bouche ne remue pas et pourtant ça émane d’eux. Une mélodie dans la lumière jaune. Ça émane de la terre noire, des arbres et du ciel toujours éclairé. Ça émane de l’eau. C’est le plus beau chant que j’aie entendu, mais je n’en comprends pas un mot. “

Ce que j’en dis :

J’ai découvert cette formidable auteure à travers son premier roman Bois sauvage, en 2012. Un récit magnifique, marquant l’arrivée d’une nouvelle plume américaine talentueuse saluée d’emblée par le prestigieux prix du National Book Award.

À travers ce nouveau roman, Le chant des revenants, elle nous embarque dans un road-trip très particulier, un voyage dans le temps traversé par des fantômes où se côtoient les vivants et les morts.

Dans sa soif de réparer les injustices, l’auteure donne la voix à ceux partis trop tôt, mais également à ceux qui se battent face au racisme jour après jour.

Un monde brutal s’offre à nous, où sont plongés malgré eux ces deux enfants face à leur mère immature, sans une once d’instinct maternel.

Dans ce roman noir, fidèle aux croyances afro-américaines, le réel côtoie l’irréel, et donne à cette histoire, d’une beauté âpre une aura singulière.

Jesmyn Ward a un talent fou pour nous parler de ses racines, éveiller nos consciences face à cet éternel racisme toujours omniprésent, à travers des histoires touchantes et une plume magnifique où le lyrisme de son écriture illumine toute cette noirceur.

On ne s’étonnera donc pas, qu’elle reçu pour la deuxième fois, le National Book Award.

Un roman puissant, d’une beauté à couper le souffle.

Pour info :

Jesmyn Ward est née en 1977 à DeLisle, dans l’État du Mississippi.

Issue d’une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d’une bourse pour l’université.

Son premier roman, Ligne de fracture (Belfond, 2014 ; 10/18, 2019), a été salué par la critique. Mais c’est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2019) qu’elle va connaître une renommée internationale, en remportant le National Book Award. 

Son mémoire, Les Moissons funèbres (éditions Globe, 2016 ; 10/18, 2019), s’est vu récompensé du MacArthur Genius Grant.

Avec Le Chant des revenants, sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par le New York Times, Jesmyn Ward devient la première femme deux fois lauréate du National Book Award.


Jesmyn Ward vit dans le Mississippi, avec son époux et leurs deux enfants.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce roman émouvant où le chant des revenants résonnera en moi fort longtemps.

“ Les mafieuses

Les mafieuses de Pascale Dietrich aux Éditions Liana Levi

” Lorsqu’elle aperçut le téléphone sur la commode au bout du couloir, elle eut tout à coup la certitude que la personne à l’autre bout du fil allait lui annoncer la mort de son mari. (…)

– J’ai pensé que vous voudriez être tenue au courant sans tarder. Votre mari est tombé dans le coma.

Le cœur de Michèle se serra dans sa poitrine. Pas mort, mais presque.

– Vu sa maladie, c’est ce qui pouvait lui arriver de mieux, enchaîna le médecin. Il partira sans souffrir. “

Leone Acampora, un vieux mafioso grenoblois vient de sombrer dans le coma. Ses jours sont comptés. Mais ce n’est pas pour autant qu’il en a oublié ses dernières volontés et compte bien les faire respecter même après sa mort. Il a le bras long, surtout si c’est une question d’honneur.

Michèle sa femme et ses deux filles ont appris à composer avec les cadavres et les valises de cocaïne qui trainaient dans leur somptueuse demeure.

Et il est fort possible que Diane une des filles travaille dans l’humanitaire pour se racheter une conscience. Quant à Alessia, elle est pharmacienne et foisonne d’idées pour moderniser le business paternel.

Mais que feront ces trois femmes, face à un tueur à gage, engagé par l’homme actuellement dans le coma.

Qui sera éliminé avant l’heure du testament ?

Qui a brisé le code d’honneur ?

Ce que j’en dis :

Retrouver une auteure que l’on a précédemment apprécié est déjà au départ très réjouissant. Une île bien tranquille (ma chronique ici) était un petit bonbon très pétillant et plein de surprises. Les mafieuses nous plonge au cœur de la mafia Grenobloise en compagnie de Nanas qui n’ont pas froid aux eux, et seront prêtes à tout pour se protéger de ce tueur à gage, qui que se soit.

Le noir flirte avec l’humour, les sacs à main sont assez grands pour cacher un pétard et les nanas imposent leur loi dans ce milieu de machos.

Et même si le corps mourant est responsable de tous ces maux on est loin de sortir les mouchoirs. Non ici on dégaine les flingues, on s’organise pour ne pas finir dans le trou avec lui, ni à l’ombre. Il aurait tort de s’en faire le mafieux, la relève va assurer.

Pascale Dietrich réussit encore à réveiller mes zygomatiques. Elle m’a régalé avec ses mafieuses pleine de ressources. Un polar à la sauce italienne cent pour cent féminin qui remettra les mâles têtus à leur place.

Un récit savoureux, diaboliquement incorrect, bourrée d’adrénaline et d’une bonne dose d’humour. Une recette qu’elle affectionne, un régal pour les lecteurs qui désirent être agréablement surpris.

Alors faites moi confiance, Les mafieuses vous attendent et vous réservent de belles surprises.

Pour info :

Pascale Dietrich est née à Tours en 1980. Sociologue à l’Ined à Paris, ses travaux portent sur les populations précaires et les inégalités face aux logements et les conditions de vie des plus démunis.

Côté écriture, elle est l’auteur de nouvelles et de courts romans flirtant avec le polar, dont Le Homard (In8, 2013), Une île bien tranquille (Liana Levi, 2016) et Les mafieuses (Liana Levi, février 2019).

Je remercie les Éditions Liana Levi pour cette aventure pleine de piquants délicieusement surprenante.