» MORT point final « 

Mort point final de Frank Klarczyk aux Éditions Lucien Souny 


 » Trouver une réponse à un enseignement en perdition, à une jeunesse de plus en plus rebelle et à un malaise grandissant du professorat. Toujours est-il que le projet semblait prendre un bon départ. Pourtant après quelques semaines, deux sujets se sont mis à déraper. » 

À l’époque où la fessée est devenue interdite, où une claque d’un professeur envers un élève  l’enverrait direct au purgatoire, où la réforme de l’orthographe fait des ravages, une ère où même les devoirs à la maison seront bientôt proscrits, il se prépare dans l’ombre de nouveaux essais pour tenter de redresser la barre de l’éducation nationale. Mais chut c’est top secret.

Jusqu’au jour où un professeur de français pète les plombs, et là ça craint…


 » Notre vie entière est constituée d’événements impromptus avec lesquels il nous faut composer sans que, pour autant l’on puisse se permettre de laisser tomber tout le reste. Sinon où irait le monde ? Je vous le demande. « 

À force de tirer sur la corde le burn-out n’est plus très loin, mais avant Jean-Pierre Bernard  va régler quelques comptes avec cette bande de fumistes qui maltraitent la langue de Molière.


Et là vous serez content de ne pas participer à la dictée digne de celle de Pivot, mais si vous êtes parents d’enfants encore scolarisés, vous avez du souci à vous faire…

 » La majeure partie des lycéens se mirent à écrire, d’autres firent mine de rédiger, se demandant encore si tout cela était réel. Peut-être que ce canular allait soudainement prendre fin et que Cindy et Bertrand allaient se relever en riant de la blague qu’ils venaient de faire à leurs camarades . » 


Frank Klarczyk nous offre un super thriller enragé d’une terrible noirceur. Dés le départ une terrible tension s’installe et ne quittera plus le récit.  Une violence obscène, saisissante qui nous plonge dans l’angoisse. Une histoire sidérante, inquiétante avec un suspens hallucinant et un rythme oppressant, qui ne nous libérera qu’au final et encore…


Effrayant de réalisme, ce thriller m’a captivé. Je me suis retrouvée piégée dans cette classe, la peur au ventre, avec une colère en moi contre ceux qui ont trop hésité à défoncer la porte. Un reflet frappant de notre société actuelle ou en passe de le devenir.

Absolument terrifiant.


Frank Klarczyk se destinait à être professeur mais il s’est trompé de porte. Il est entré dans la police , voilà vingt-cinq ans. Il est un  » policier de la rue « , comme il aime le dire, c’est-à-dire qu’il exerce au sein de la police-secours. d’abord affecté en région parisienne, puis dans le Nord, il est  aujourd’hui en poste dans le Sud-Ouest, et plus précisément à Brive-la-Gaillarde. L’écriture est devenue son exutoire, même s’il a commencé à écrire bien avant d’entrer dans la police. Son tout premier texte était un scénario pour… une comédie policière ! Si ses histoires s’inspirent de son expérience et collent à la réalité, elles flirtent avec la fiction, le fantastique. Frank Klarczyk aime écrire sur le fil du rasoir, sachant qu’à tout moment cela peut basculer, saigner ou, pour le moins, surprendre. Ses deux premiers polars « Sanglante vérité » et «  Les crocs de la Corrèze » sont précédemment parus aux éditions Geste.


Un auteur à découvrir, une plume noire pleine de surprises.

Je remercie les Éditions Lucien Souny pour cette lecture sombre, absolument terrifiante. 

 

 

Publicités

 » Woorara « 

Woorara de Sébastien Vidal aux Éditions Lucien Souny collection Plumes noires


« Leur sacerdoce était tel qu’ils devaient se cacher dans les replis de la terre pour trouver un peu de répit. Mais le hasard se moque bien du repos des hommes de loi. Il saupoudre l’humanité de sa main imprévisible et facétieuse, puis s’assoit sur le rebord du monde pour observer le résultat. » 

Pour rire un peu 


Pas de bol pour les képis qui pensaient se planquer un peu avant de finir leur service, ils vont même devoir faire des heures supplémentaires et ce sera le début d’une longue série pour certains.


Le plateau des Millevaches si reposant en temps normal va devenir un hameau dangereux. On y retrouve des morts étranges. Les képis vont mettre tout en œuvre pour retrouver l’assassin. L’adjudant Walter Brewski se verra confier l’enquête. Pilotée également par l’intraitable juge Lainé et le colonel Tognotti.


Pas simple cette enquête, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais c’est sans compter sur la  ténacité de l’équipe de gendarmes n’en déplaise à certains.

 » Les ronds-de cuir galonnés détestent les vagues parce que leur slip n’est pas imperméable. Ce n’est pas bon pour leur carrière . Les vagues amènent l’incertitude et un vent incontrôlable. « 

Le tueur rôde, il a soif de vengeance. Impossible de ne pas ressentir une once d’empathie pour ce tueur.

« Il fallait qu’il achève sa quête. Il devait le faire ; s’il espérait trouver la paix, il ne pouvait pas y échapper. Mais il était juché sur une balance instable. »

 » Quoi qu’il fasse, il avait l’impression d’être perdant. Restait-il un espoir pour quitter ce manteau de peine , de laisser glisser toute cette colère sans pour autant renoncer à siphonner le passé ?  Il se sentait proche de la réponse, à moins que ce soit de la fin. »

Le passé se mêle au présent dans ce polar « Niché dans un écrin de verdure ». Le plateau devient un personnage à part entière. Une enquête qui nous plonge une fois n’est pas coutume dans les secrets de la gendarmerie, avec une équipe de képis étonnante et attachante. L’auteur en profitera pour dénoncer mine de rien certains travers du système. Un écrivain rebelle mais non dépourvu d’humanité et de poésie. Il défend ce qu’il aime, ce qu’il respecte et magnifie ce qu’il adore. Pour un premier Polar il a déjà captivé ses premiers lecteurs, de part sa plume et son intrigue. Il est bon de découvrir autre chose que du déjà vu ou déjà lu. Et là un point de plus avec ses képis.

Vous l’aurez compris, ce polar m’a enflammé tout autant que certaines scènes très érotiques  » Walt avait envie de faire le tour du propriétaire. Il passa entre les draps et descendit en humant le parfum âcre et suave de l’épiderme de la panthère qui occupait son lit. Il dispensa des baisers de-ci de-là et parvint enfin devant la caverne des plaisirs. » La suite p137


Tous les ingrédients sont là pour vous emporter sur ce plateau des Millevaches à la poursuite de cet assassin insaisissable. C’est du Corrézien, déjà une appellation d’origine contrôlée, ( en tout cas pour moi ) bon cru, belle plume, belle intrigue , des frissons de peur et de plaisir, et des personnages attachants qu’on espère recroiser dans une prochaine aventure.

Et si je ne t’ai pas convaincu, je te laisse découvrir l’avis de Céline  corrézienne de souche ,une histoire qui l’a touché en plein cœur.

Son Avis :

Plateau de Millevaches , coin reculé du limousin , où beaucoup aimerait vivre , d’habitude , si calme et tranquille, des paysages magnifiques , que seule cette région est capable de nous livrer , ce plateau où l’on aime se ressourcer , se balader , au milieu des forets , des prés , des lacs ….Meymac, Chaveroche, St Setiers, Viam, Bugeat, des villages qui ont la part belle dans cette intrigue dont les noms ne vous diront peut être pas grand chose mais qui ont une résonance particulière quand on y est né , ce plateau qui sous la plume de Sébastien , va nous faire découvrir que sous une chaleur caniculaire , la haine, la colère , des meurtres , mais aussi la cupidité et l’amour peuvent transformer un endroit splendide en un terrain très mystérieux , mais toujours aussi somptueux , alors si un jour vous passez par la région , n’hésitez pas à venir découvrir cette campagne sublime et pourquoi pas imaginer peut être croiser Walter Brewski, au détour d’un chemin de terre !

Une fois n’est pas coutume, j’ai mis mon képi et j’ai posé quelques questions à l’auteur. Si ça vous dit , on continue l’aventure, histoire d’en savoir un peu plus sur Sébastien Vidal et WOORARA

Dealerdelignes : – Comment t’es venu l’idée d’écrire ce premier polar ? 

 Sébastien : – Mon ami Christian Laîné, qui est aussi auteur (et un bon), me disait depuis des années qu’il ne comprenait pas pourquoi je n’écrivais pas de polar . Je lui répondais que étant un gros lecteur de polars, j’étais conscient de la complexité de l’écriture d’un polar, avec les chausse-trappes, les rebondissements qui semblaient avoir été préparés dès la genèse du roman. Je ne me sentais pas capable de faire cela. Et puis l’idée a fait son chemin, j’ai commencé à y réfléchir, et puis il y avait l’essentiel, l’envie. Et puis j’avais ce projet d’écrire sur « Les sentiments noirs ». Dès les premières lignes, j’ai su que c’était mon univers, je me suis régalé dans l’écriture comme jamais auparavant. Tous les problèmes que l’on veut aborder, qu’ils soient de société ou de l’ordre de la pensée et des choses qui font tourner le monde, tout cela s’exploite bien mieux par le polar.

Pourquoi mettre en scène des gendarmes ? 

Sébastien : – Les gendarmes par souci d’apporter de l’originalité. Dans les polars, 99 fois sur 100, les enquêteurs sont des policiers, pourtant, 45% de la population et 95% du territoire sont sous la responsabilité et la compétence des gendarmes. Et puis cette institution (la gendarmerie), de nature très secrète et mutique, est un monde à part, qui à mon sens, méritait d’être mieux connue.

Le format poche, un choix par rapport à ta maison d’édition ? Pour moi il aurait mérité sa place en grand format

Sébastien : – Le choix du format poche est stratégique. L’éditeur a, à raison je pense, choisi de créer la collection « Plumes noires » en format poche pour une raison simple : la plupart des maisons d’édition, grandes ou petites, possèdent leur collection dédiée au noir. Lucien Souny était conscient d’arriver un peu « après la guerre ». Comme le projet de la collection était de promouvoir des auteurs inconnus, il fallait inciter les lecteurs à prendre un risque avec un polar d’un auteur dépourvu de notoriété, au prix du poche tu prends le risque d’acheter, pas au prix du grand format.

Une suite apparemment ? Avec la même équipe ? 

Sébastien: – Woorara s’intègre dans une trilogie, « La trilogie des sentiments noirs ». Avec cette trilogie, mon ambition est de traiter de ces sentiments qui nous entrainent par le fond, le côté obscur qui est en chacun de nous, bon et mauvais. Des sentiments comme la colère, la haine, la convoitise et la jalousie, la cupidité et la honte. Des sentiments néfastes qui engendrent la vengeance, la rancœur, l’amertume, la folie. Donc une matière très riche pour un romancier. Woorara s’attache à explorer le thème de la vengeance, même si au second plan beaucoup d’autres choses sombres sont approchées. Dans le second volet qui paraîtra à l’automne 2017, le thème principal sera la honte. Mais cette trilogie n’est pas contraignante, chaque roman se termine, le seul point commun est le thème et quelques personnages récurrents.

Pour finir mon interrogatoire, tu m’offres une dose d’encre, un son , une bobine chers à ton cœur. 

Sébastien : -Si je t’offre une dose d’encre ce sera sans hésiter « Terre des hommes » d’Antoine de Saint Exupéry. Il y a tout dedans, l’amitié, la poésie, l’aventure. Pour le son ce sera Bruce Springsteen, « The ghost of Tom Joad », ballade sublime avec une ouverture à l’harmonica lancinante. En plus Tom Joad est le personnage d’un roman que j’adore « Les raisins de la colère » de John Steinbeck, alors on reste en littérature. En ce qui concerne la bobine, choix difficile, il y en a tant. Après réflexion je dirais « Gran Torino » de Clint Eastwood, Heat de Mickael Mann et Serpico de Sydney Lumet. On est dans le noir. 

Merci Sébastien pour cet échange fort sympathique et ce polar vraiment génial.

Lisez WOORARAet n’hésitez pas à nous en parler .Vous pouvez également retrouver mon article sur son précédent roman Un Ballon sur le cœur en cliquant ici. 

Bonne lecture .