“ Les sept jours du Talion ”

Les sept jours du Talion de Patrick Senécal aux éditions Fleuve noir

 » Une heure avant que les ténèbres ne s’abattent sur lui, Bruno Hamel remerciait la providence de lui avoir accordé une vie sans réelles épreuves. ”

Bruno Hamel, chirurgien, vivait une existence assez tranquille avec sa compagne et Jasmine, leur fille unique. En père aimant, Bruno est très proche de sa fille.

Rien ne l’avait préparé à ce qu’il allait devoir subir, lorsqu’un jour Jasmine ne rentre pas de l’école.

 » Dieu est parfois le pire des salauds. “

Très vite le meurtrier est arrêté. Sa culpabilité ne fait aucun doute, les preuves le confirment.

“ Le médecin s’approcha de la télé, se pencha et, le visage tout près de l’écran, fixa intensément le monstre figé devant lui.

Alors, les ténèbres ne se contentèrent plus d’altérer sa tristesse, mais l’abolirent complètement. Telle une tache d’huile grandissante, elle se répandirent dans tout son corps, jusqu’à remplir son regard. ”

Dès lors l’univers de cette famille meurtrie bascule. Bruno semble habité par une terrible haine. Jour après jour, un terrible projet prend forme dans son esprit. Il n’a plus qu’une idée en tête pour assouvir son chagrin.

” (…) la haine et la joie accompliraient le plus dévastateur des mariages. ”

Le jour de comparution de l’assassin de sa fille, il décide de s’en occuper à sa manière. Pendant sept jours, isolés du monde, le médecin va se rapprocher des ténèbres et embarquer le tueur avec lui, pour un voyage au cœur de l’enfer jusqu’à devenir à son tour le pire des monstres.

 » Les médecin soignent les humains, pas les monstres. « 

Ce que j’en dis :

J’ai fait connaissance avec la plume de Patrick Senécal, avec Le Vide, thriller absolument fabuleux que je n’avais pu lâcher avec un final explosif. Sa construction et son histoire m’avait bluffé. J’ai poursuivi avec Aliss et là j’ai été moins conquise, ce qui ne m’a pas empêché de poursuivre et d’avoir eu envie de découvrir Les sept jours du Talion.

Pour résumer en quelques mots, ce thriller est monstrueusement démoniaque.

L’histoire est assez classique mais tout est dans l’art et la manière de la raconter, ça fait toute suite la différence et bien plus froid dans le dos.

Il est clair que l’auteur n’épargne pas les estomacs délicats ni les âmes sensibles, ce n’est pas une histoire à mettre entre toutes les mains.

En abordant la thématique de la vengeance, il interpelle les lecteurs en les mettant en fâcheuse position face à un choix difficile. Pour lequel des deux bourreaux auront-ils le plus de compassion ? Que ferions-nous, si nous étions confrontés à une telle peine, face à la perte d’un enfant dans ces conditions ?

Un sujet vraiment délicat qui donne une histoire particulièrement sensible tout en étant d’une violence extrême.

Âme sensible, prudence.

Fan de l’horreur, régalez vous !

Pour info :

Né au Québec en 1967, Patrick Senécal a ouvert une voie à part dans le monde du thriller. Il s’est ainsi acquis un public fidèle au Canada, où ses livres sont des best-sellers. Un succès couronné en France du Prix Masterton du meilleur roman fantastique pour Sur le seuil, et au Canada du Prix Boréal du meilleur livre pour Aliss.         

Je remercie les éditions Fleuve Noir pour cette plongée au cœur des ténèbres.

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“ La mort selon Turner ”

La mort selon Turner de Tim Willocks aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand

La fille semblait aussi morte que n’importe quel cadavre. Elle était noire, dans les quinze, seize ans, et allongée face contre terre, sa joue gauche reposant sur la terre craquelée du parking. Des mouches rampaient sur ses yeux et ses lèvres desséchées. Un hématome s’épanouissait sur sa pommette. Apparemment, elle ne respirait plus. ”

Après une soirée particulièrement arrosée, un jeune Afrikaner issu d’un milieu aisé renverse en voiture une jeune noire et disparaît avec ses amis.

” – On a tous croisé cette fille dans la rue. On est passé devant tous les jours. Pourquoi a-t-elle tant d’importance maintenant qu’elle est morte ?

– Parce que se soucier d’elle maintenant qu’elle est morte, c’est le seul droit qui lui reste. “

Dans ce pays où règne la violence et la corruption, cette mort aurait tendance à vite être oubliée, mais Turner, un flic noir de la criminelle en a décidé autrement. Même s’il doit affronter Margot Le Roux, la mère du chauffeur et ses hommes de main.

” – Mais c’est mon fils, mon combat » (…) Ce sera bref mais beau, dit-elle, surtout beau pour vous si vous jouez vos cartes comme il faut. Si vous les jouez de travers, jamais plus vous ne dormirez paisiblement, parce que le but de ma vie sera de vous détruire. “

On ne peut pas dire que l’on réserve un bon accueil à Turner, dans cette région aride et désertique. Mais rien n’arrêtera cet homme qui a soif de justice.

” Peu importait le passif merdique qui était le vôtre, vous pouviez encore blâmer la malchance. Mauvais endroit, mauvais moment, mauvais parents. Vous aviez tout de même de l’espoir. Deux décennies de plus, et vous réalisiez qu’il n’existait pas de monde meilleur, nulle part. Une meilleure vie, peut-être, mais pas un meilleur monde. L’homme est un salopard vicieux, purement et simplement, et cinglé, en prime. “

La confrontation est terrible entre ce flic déterminé à rendre justice au péril de sa vie et cette mère décidée à protéger son fils, quel qu’en soit le prix à payer.

Que justice soit faite même si les cieux dégringolent… “

Ce que j’en dis :

En tant qu’acheteuse compulsive, toujours friande de bonne came, il me semble avoir tous les livres de Tim Willocks et pourtant c’est avec celui-ci que je fais connaissance avec sa plume que je présentais grandiose. Et je ne m’étais pas trompée. La première fois que j’avais autant été embarqué dans un récit qui mettait en scène l’ Afrique du Sud et les Township, c’était avec le fabuleux Zulu de Caryl Férey, qui a été ensuite magnifiquement adapté au cinéma.

J’ai retrouvé la même tension et la même violence omniprésente dans ce pays, décrite avec une précision chirurgicale. L’auteur ne nous épargne pas et nous offre un récit puissant, noir à souhait.

Et pourtant Tim Willocks prend un énorme risque en choisissant de commencer son histoire par la fin, puis remonter le temps pour revivre dans les moindres détails cette histoire terrifiante. Très vite, le ton est donné , les scènes s’enchaînent et nous plonge en enfer au côté d’un justicier fervent défenseur de l’injustice.

Tim Willocks nous conte un opéra d’une noirceur absolument hypnotique. Une écriture furieuse, sublime, intense qui donne une force et une grandeur incroyable à l’histoire.

C’est presque avec regret que l’on referme ce livre, que l’on quitte Turner mais avec le bonheur d’avoir lu un formidable roman et d’avoir découvert une plume exceptionnelle où la poésie côtoie la violence sans fausses notes.

C’est extrêmement noir mais absolument brillant.

N’ayez pas peur de vous aventurer entre ses pages, Turner veille…

Pour info :

Tim Willocks est un romancier britannique né en 1957 à Stalybridge. Chirurgien et psychiatre de formation, il est également ceinture noire de karaté et grand amateur de poker. Son premier roman Bad City Blues, publié en 1991, est adapté au cinéma par Dennis Hopper. Il a, depuis, écrit plusieurs polars à succès dont Green River ou Les Rois écarlates, avant de se lancer dans une entreprise littéraire titanesque avec une série de romans historiques à la force romanesque époustouflante initiée avec La Religion puis Les Douze Enfants de Paris. Ces deux ouvrages mettent en scène le personnage inoubliable de Mathias Tannhauser, mercenaire lettré et apatride jeté au cœur des fracas du XVe siècle. Tim Willocks est également l’auteur d’un roman jeunesse publié chez Syros, Doglands. Producteur et scénariste, l’écrivain a également travaillé avec Michael Mann, rédigé une vingtaine de scénarios, et co-écrit un documentaire avec Spielberg, The Unfinished Journey.
Je remercie les éditions Sonatine pour cette virée grandiose en Afrique du Sud.

“ Moi, témoin ”

Moi, témoin de Niki Mackay aux Éditions Marabout

Traduit de l’anglais (Écosse) par Claire Allain

” – Je… J’aimerais vous embaucher, murmure-t-elle, les yeux rivés au sol.

À nouveau, son air grave me dissuade d’éclater de rire.

– Et pourquoi diable voudriez-vous m’embaucher ?

– Je pense que je suis innocente. ”

Il y a six ans, Kate Reynolds a été retrouvé le corps couvert de sang de sa meilleure amie. Celle-ci gisait dans ses bras, sans vie. Elle fut vite reconnue comme coupable idéale et gagna direct un ticket d’entrée pour un séjour de six années derrière les barreaux.

À sa sortie de prison, convaincue de son innocence, elle engage une ex flic convertie en détective privé pour l’aider à se blanchir. Cette femme, Madison Attallee n’est autre que l’officier de police qui l’avait découverte sur la scène de crime.

Convaincue de la culpabilité de Kate, Madison accepte néanmoins l’affaire. Se replongeant dans le dossier, avec frénésie, elle commence à douter.

Je ressens une petite poussée d’adrénaline en ouvrant le couvercle. Tordu ? Un peu rapace ? Non, pas vraiment. C’était ce que j’essayais d’expliquer à Rob : ce sont les énigmes qui m’attirent. La soif d’assembler les indices qui atterrissaient sur mon bureau, pour comprendre ce qui pousse les gens à commettre des crimes abominables. Ce qui motive leurs choix, et ceux que l’on a fait pour eux, à leur insu. Ce qui nous fait basculer, en somme. Neuf fois sur dix, les criminels sont des gens comme tout le monde avant leur passage à l’acte. Et puis, ils perdent un truc, ou quelque chose se brise, et ils font une sortie de route. Ils basculent. Deviennent malsains, dangereux. “

Mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille et compte bien laisser le passé là où il est enterré quel qu’en soit le prix.

Enfin libérée de sa cage, Kate, elle aussi, est prête à tout pour que la vérité éclate.

” « – C’est du pur délire ! Elle n’a aucune idée du mal qu’elle nous a fait, merde. De ce qu’on a traversé. Elle a mis cette famille en pièce. »

J’acquiesce. À quoi bon lui dire qu’elle était déjà en pièce cette famille. Que son crime n’était rien de plus que la cerise sur un gâteau en état de décomposition. “

Ce que j’en dis :

Toujours agréable de découvrir une nouvelle plume et d’autant plus quand d’entrée le style est accrocheur, fluide, et t’embarque très vite dans une histoire plutôt bien menée qui réserve de belles surprises malgré un sujet déjà traité de nombreuses fois. C’est bien connu, les prisons sont pleine d’innocents.

Ce que j’ai apprécié dans ce roman choral, c’est d’une part l’alternance dans la narration entre les deux personnages principaux et les trois autres protagonistes. Puis ensuite viens l’attachement à la détective, elle-même poursuivie par ses propres démons, au caractère bien trempé, et d’un naturel assez caustique.

Une histoire qui aborde de nombreux thèmes fidèles aux codes du thriller psychologique , tels que la manipulation mentale, l’abus de pouvoir, les erreurs judiciaires, le mensonge, la trahison, les secrets de famille, les pervers narcissiques, avec des personnages en parfaite harmonie.

Une intrigue bien campée en compagnie d’une nouvelle héroïne audacieuse et surprenante qui gardera son suspense jusqu’au final.

Même si je ne suis pas une fan inconditionnelle de ce style de lecture, j’ai passé un agréable moment et je le recommande vivement aux amoureux du genre. Il devrait faire des heureux.

Je remercie Masse Critique de Babelio de m’avoir permis de découvrir cette nouvelle plume pleine de surprises.

Après un diplôme de journalisme et un début de carrière à temps partiel dans la presse professionnelle pour le bâtiment, Niki Mackay décide de donner la priorité au personnage auquel elle a donné vie dans plusieurs début de romans jamais achevé. C’est ainsi que débute la carrière de la détective Maddison Attallee, et celle d’une auteure à l’indéniable talent.

“ Une douce lueur de malveillance ”

Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Hélène Fournier

” Sans nicotine, son cerveau était comme brouillé par un sentiment d’effroi confus qui tournait en boucle, et il avait l’impression que le monde lui-même était plus hostile – qu’il en émanait, ne pouvait-il s’empêcher de penser, une douce lueur de malveillance. “

Dustin Tillman vit dans la banlieue de Cleveland avec sa femme et ses deux enfants. Ce quadragénaire mène une vie plutôt banale, tout en exerçant le métier de psychologue.

Il vient d’apprendre la libération de son frère adoptif, qui était en prison depuis trente ans. C’est suite à son témoignage, que Rusty a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches.

Des tests ADN récents prouvent son innocence, et inquiètent sérieusement Dustin.

Ça fait penser à ces drôles d’histoires qui font l’actualité a déclaré Lamber au Daily News. Mais vous ne pouvez pas imaginer une seule seconde que ça puisse arriver à l’un de vos proches. ”

Au même moment, il s’occupe d’un nouveau patient, un policier en congé longue maladie. Cette homme est obsédé par la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés. Il pense qu’ils ont affaire à un serial killer. Englué dans sa vie personnelle, il se laisse petit à petit convaincre d’accompagner son patient dans cette enquête qui dépasse largement son rôle de thérapeute.

” C’est tellement bon de sortir de soi ! On s’enfonce dans une autre vie et elle s’ enfonce dans une autre vie et elle s’enfonce en nous, et puis les forces s’équilibrent – certaines parties de soi ont été remplacées ou à tout le moins diluées. Toutes ces choses qui tournaient lentement et sans discontinuer dans notre esprit se sont volatilisées. Tu fais une enquête, elle te serre dans ses bras et requiert toute ton attention. “

Un travail de longue haleine commence et va le plonger dans les ténèbres. Il devra faire face à ses contradictions et aux défaillances de sa mémoire tout en essayant de protéger sa famille du douloureux passé qui resurgit.

” Et maintenant, bien sûr, ça me revient. Quand je pense à ce que Rusty a pu raconter à Aaron, cet ancien rêve refait surface, m’enveloppe, et il est toujours aussi saisissant. “

Ce que j’en dis :

Accrocher le lecteur avec un roman aussi atypique, c’est ce qui fait la force de Dan Chaon dans ce récit. Alliant différents genres tels que : le roman noir, le thriller psychologique, le roman à suspense, la quête de vérité, l’auteur nous offre un roman choral on ne peut plus surprenant. Tout tourne autour d’une véritable question : que s’est-il passé ce fameux 12 juin 1983. Une intrigue du passé qui va se confronter à une nouvelle du présent.

À travers des flash-back nous allons suivre un véritable jeu de piste qui nous mènera peut-être sur les traces d’un serial killer. Sans oublier tous les personnages magnifiquement représentés qui ont chacun leur rôle dans ce drame psychologique qui tourne pour certains à l’obsession.

Malgré l’ampleur du roman, jamais on ne s’y perd, même si le doute ne nous quitte jamais dans une atmosphère particulière et angoissante.

C’est inventif, surprenant, addictif, stylé, vertigineux ce roman avait tout pour me plaire et c’est réussi. Un roman inclassable qui trouve sa place dans la catégorie monument littéraire.

Je remercie Léa créatrice du groupe Picabo River Book Club et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis ce voyage livresque ingénieux.

Dan Chaon

Originaire du Nebraska, Dan Chaon est l’auteur de Parmi les disparus, Le Livre de Jonas, Cette vie ou une autre et Surtout rester éveillé, tous parus chez Albin Michel et salués par la critique. Dan Chaon enseigne à l’université à Cleveland (Ohio), où il vit aujourd’hui. Son nouveau roman, Une douce lueur de malveillance, a été consacré comme l’un des meilleurs romans de l’année par de nombreux quotidiens et magazines, dont le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times.

“ Quelque part avant l’enfer ”

Quelque part avant l’enfer de Niko Tackian aux Éditions Pocket

Ça aurait pu être une matinée comme les autres, seulement une faute d’inattention et c’est le drame. Un choc terrible… puis apparaît un tunnel.

La lumière blanche et paisible qui la baignait depuis le début de son expérience s’assombrit peu à peu. Anna se sentit aspirée vers le haut. Elle tourna sa tête invisible vers le ciel et découvrit un immense tunnel qui s’ouvrait au-dessus d’elle. Un tunnel de lumière noire…(…) Le tunnel la réclamait comme l’œil d’un cyclone affamé “

Drôle d’endroit pour une rencontre.

” — Qui …qui êtes-vous ?

– Mon nom n’a pas d’importance, y’a qu’un seul truc qu’il faut que tu saches, dit-il en souriant. Je vais te tuer… “

Anna s’en sort miraculeusement. L’heure de sa mort n’a pas encore sonné. Mais à peine sortie de l’hôpital, elle semble sentir une présence, quelqu’un semble sur ses traces et sème des cadavres de femmes dans Paris. Mais elle a été prévenue, elle sera la dernière sur la liste.

” Quelque- chose de profondément enfoui cherchait à sortir de l’abîme depuis son accident, il était temps que cela se fasse, Anna le savait. “

Ce que j’en dis :

Que ce soit en visionnant la série Alex Hugo (dont il est le créateur avec Franck Thilliez) ou en lisant un des ses thrillers, je suis sûre de passer un super moment. J’avais découvert sa plume dernièrement avec La nuit n’est jamais complète (ma chronique ici) qui m’avait scotché, et là il récidive à travers son tout premier récit qui n’a pourtant pas la patte d’un débutant.

Il aborde ici le sujet délicat de l’ EMI (expérience de mort imminente) à travers une histoire parfaitement orchestrée qui réserve de belles surprises et nous laisse étrangement dubitatif. C’est addictif, surprenant, on ne s’en lasse pas bien au contraire.

Un formidable conteur qui tisse des histoires incroyables qui ne laisseront aucune personne amoureuse du genre indifférente.

À suivre indiscutablement…

Cet ouvrage a reçu le Prix des bibliothèques et médiathèques de Grand Cognac.

Après une carrière dans le journalisme, Niko Tackian devient auteur de bandes dessinées chez Semic, puis chez Soleil Productions. Il prend ensuite la plume pour le petit écran et devient scénariste (Inquisitio, Main courante, La Cour des grands, Alex Hugo…) avant de réaliser son premier film, Azad (2008), qui recevra plusieurs prix internationaux. En 2015, il a publié son premier roman, Quelque part avant l’enfer, récompensé du Prix des Bibliothèques & des Médiathèques de Grand Cognac au Festival Polar de Cognac. Son deuxième roman, La nuit n’est jamais complète a remporté le Prix Polar Sud Ouest 2017 au Festival Lire en poche de Gradignan. Après ces deux publications aux éditions Scrineo, son troisième roman, Toxique, a paru en 2017 chez Calmann-Lévy.

Je remercie les Éditions Pocket pour ce thriller où la mort rôde entre ici et l’au-delà.

“ Le manuscrit inachevé ”

Le manuscrit inachevé de Franck Thilliez au Éditions Fleuve Noir

Ce livre que vous vous apprêtez à entamer ( mais ne l’avez-vous pas déjà entamé ? ) a pour titre Le manuscrit inachevé. C’était mon idée, et toute la maison d’édition a adhéré. Il n’y avait pas d’alternative.  »

Ça commence par un vol de voiture qui tourne mal et réserve déjà pas mal d’énigmes à lui tout seul aux alentours de Grenoble.

Puis on fait la connaissance d’une femme écrivaine mais qui se cache derrière un pseudo. Une femme déjà blessée par la disparition de sa fille, quatre auparavant et qui s’interroge sur l’étrange agression que vient de subir son mari.

 » Léane ne put s’empêcher de penser que, ces derniers jours, la fiction flirtait un peu trop avec la réalité. ”

Elle rejoint après une longue absence sa villa, L’Inspirante, posée au bord des dunes de la Côte d’Opale.

” Elle devait comprendre les mystères qu’avait abrités cette maison en son absence. “

Commence alors une véritable chasse aux réponses à toutes les questions que l’on peut être amené à se poser à ce moment précis de cette histoire, et qui semble liée à un étrange manuscrit…

Ce que j’en dis :

Rassurez-vous je ne vous ai rien révélé de plus que la quatrième de couverture, voir même un peu moins. Par contre, je peux me permettre de vous dire que cette histoire est bluffante n’en déplaise à Télérama.

Ce récit très particulier est fait de mystère et de suspense mais imbriqués d’une telle manière qu’elle est un véritable casse-tête pour le lecteur.

Imaginez-vous dans un château avec des milliers de portes de sortie mais une seule est la bonne. Et bien voilà comment l’auteur va vous balader, d’un endroit à l’autre, d’une personne vers une autre, vous distribuant des indices et quand vous pensez avoir toutes les bonnes cartes en mains, une nouvelle donne se profile et met toutes vos trouvailles aux oubliettes. Autant vous prévenir tout de suite, Franck Thilliez maitrise à la perfection les codes du thriller, et l’on retrouve dans sa plume son côté scénariste qui donne davantage de poids à l’histoire à travers toute cette excellente mise en scène.

Une lecture addictive, qui va vous surprendre plus d’une fois. Vous ne me croyez pas ? Lisez-le vous verrez. Inachevé ou pas, ce manuscrit va faire couler encore beaucoup d’encre.

Franck Thilliez est l’auteur d’une quinzaine de romans, parmi lesquels Le Syndrome E. et, plus récemment, Angor (Prix Étoiles du Parisien-Aujourd’hui en France pour le meilleur polar 2014), PandemiaREVER et Sharko. Il fait aujourd’hui partie des dix auteurs les plus lus en France.

Adapté au cinéma pour La Chambre des morts (prix SNCF du polar français), Franck Thilliez est aussi scénariste.

Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Je remercie les Éditions Fleuve pour ce manuscrit étonnamment surprenant.

 » La perfection du crime « 

La perfection du crime d’Helen Fields aux Éditions Marabout

Traduit de l’anglais par Luce Michel

” Ce lieu de repos convenait à la femme. Elle avait de la chance. Peu de gens quittaient le monde depuis un tel point de vue. (…) Quand les premières gouttes tomberaient, la fournaise serait telle que seule une inondation serait capable de mettre un terme à une puissance destructrice. ”

Dans un coin perdu des Highlands, un corps se consume. Après l’incendie il ne reste que les os, quelques dents et un morceau de tissu pour aider à son identification.

L’enquête pour homicide est confiée à l’inspecteur Luc Callanach, qui vient juste de prendre ses fonctions. Il devra faire ses preuves et se faire accepter par l’équipe sous ses ordres. Accompagné de sa coéquipière, Ava Turner qui se démène déjà sur une autre affaire concernant des nourrissons, il va tenter de mettre un terme à ce meurtrier aussi méticuleux soit-il.

Ensemble ils vont mener de front ces deux enquêtes et entamer une véritable course contre la montre pour tenter d’éviter de nouvelles victimes.

Ça ne va pas être simple d’arrêter un tel psychopathe.

” Il brûlait d’une soif de connaissance comme d’autres étaient follement attirés par l’argent. Dans ses conditions, se trouver une égale était compliqué. Raison pour laquelle il avait été contraint de tuer. Si elle n’avait pas été sacrifiée, il aurait été à tout jamais entouré de femmes incapables de satisfaire son intellect. (…) Il débarrasserait le monde d’un fléau. ”

Ce que j’en dis :

Pas toujours simple de résumer un thriller sans trop en dire pour ne surtout pas dévoiler l’histoire, mais suffisamment pour donner envie de le lire.

Ce thriller psychologique est surprenant. Il est en plus doté d’une écriture plutôt agréable. Sans style, la lecture devient pesante et perds tout intérêt, en tout cas pour moi, ce qui n’est pas le cas ici.

Avec des chapitres courts qui vont à l’essentiel tout en étant suffisamment argumentés et intrigants pour accrocher le lecteur, l’auteur réussit en quelques pages à planter le décor, donner le ton de l’histoire et présenter ses personnages principaux. Mais surtout, il captive et donne envie de poursuivre pour découvrir comment ces enquêteurs vont s’en sortir pour boucler ces deux affaires avec si peu voir pas d’indices.

La perfection du crime est la première enquête de l’inspecteur Callanach, que j’ai vraiment bien apprécié. Il réunit tous ce qu’on peut attendre d’un bon thriller, du style, du suspense, un tueur assez barge, des flics intéressants et de caractères dans une atmosphère plutôt glauque. J’attends donc patiemment la prochaine sortie en espérant y retrouver autant de plaisir. Pour un premier écrit c’est plutôt réussi.

Une lecture idéale pour la période estivale qui devrait ravir tous les adeptes du genre. Certains vont se délecter de certaines scènes plutôt horribles. Âmes sensibles vous voilà prévenues.

Ancienne avocate, Helen Sarah Fields se consacre désormais à l’écriture. Ce volume est le premier de la série des enquêtes de l’inspecteur Callanach qui rencontre un énorme succès outre-Manche avec près de 200 000 exemplaires vendus. Elle est pour la première fois traduite en France.

Souhaitons lui autant de succès dans notre pays.

Je remercie les Éditions Marabout pour cette première enquête très addictive et pleine de surprises.

“ Regarde-moi ”

Regarde-moi d’ Aga Lesiewicz aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais par Julia Taylor

” – J’ai reçu des e-mails bizarres… Un e-mail, en fait. Avec la photo d’une scène de crime, tu sais, de quand je travaillais pour la police.

– Qui te l’a envoyée ?

– Je sais pas…

– Est-ce que tu as essayé de demander de quoi il s’agissait ?

– Non… Je devrais peut-être.

– Tu pourrais essayer d’en parler à la police, si c’est une de leurs photos…

– Non, c’est une photo de moi, avec mon appareil à la main, sur la scène de crime. L’affaire du Violoniste, tu t’en souviens ? Je t’en ai parlé. “

Kris est photographe free-lance à Londres. Elle partage sa vie avec le beau et séduisant Anton artiste célèbre de street art. Ils mènent une vie de bohème plutôt sympa, jusqu’au jour où Kris découvre dans sa boîte mail un mystérieux message accompagné d’une étrange photo. Apparemment, un mystérieux inconnu cherche à lui nuire.

” – Un de tes amis ?

– Si c’était un canular, je pense que je le saurais déjà. Mes amis ne sont pas des psychopathes. Un peu dingues peut-être, mais pas à ce point-là… “

Bientôt, d’autre messages se succèdent, accompagnés de vidéos très intimes filmées dans son appartement. Jusqu’à ce montage macabre, mettant en scène sa propre mort. Sa vie devient un enfer et jour après jour, la paranoïa la gagne.

” On dirait que les différentes parties de ma vie a été infectées par un virus malveillant. “

Kris succombe peu à peu à la terreur. Comment va-t-elle faire pour démasquer l’expéditeur de ses menaces et reprendre sa vie en main ? À qui se fier ? Comment quitter ce cauchemar ?

” Se demander pourquoi quelqu’un pense qu’on mérite de recevoir un tas de merde. “

Ce que j’en dis :

Alterner ses lectures avec un thriller urbain, pourquoi pas ?

Être attirée par ce titre qui vous fait de l’œil et vous apostrophe , allons-y … Regardons-le…

Dès les premières pages je suis piégée et il est certain que je ne vais pas lâcher ce livre avant de découvrir qui essaye de détruire la vie de cette photographe.

L’auteur réussit à m’accrocher et à me plonger dans l’angoisse tout en me mettant en garde subrepticement contre les contenus privés de mes ordinateurs.

Un thriller urbain qui met en avant le métier de photographe et également le street art tout en soulignant les dangers que l’on peut rencontrer face à la cybercriminalité et autres nouvelles technologies en matière d’espionnage.

Malgré la naïveté qui accompagne le personnage principal et son côté un peu trop :  » Femme en chaleur » , l’intrigue est plutôt pas mal et attise ma curiosité.

Un livre fourmillant de détails, peut-être un peu trop encombrant pour en faire un excellent thriller. Une lecture plutôt aisée qui m’a permis de passer un moment agréable sans trop de prise de tête. Une lecture idéale pour la période estivale.

Aga Lesiewicz est née en Pologne mais vit en Angleterre depuis plus de trente ans. Après des études de littérature anglaise, elle a travaillé comme présentatrice à la radio, scénariste et productrice à la télévision, notamment pour les chaînes BBC World, Disney ou encore Discovery. Elle vit à Londres où se déroulent les intrigues de ses romans. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture intrigante.

“ Sous terre personne ne vous entend CRIER ”

Sous terre personne ne vous entend crier de Gilbert Gallerne aux Éditions French Pulp

” Ce soir, Mikael n’a pas envie de jouer les voyeurs passifs et invisibles. Ils veut être seul. L’intrusion de ces étrangers dans son monde est une agression. Il ne peut pas le tolérer. Sans savoir encore ce qu’il va faire, il se lève et part d’un pas lourd en direction de la salle où le groupe de plus en plus bruyant, va s’installer. (…) Il doit les faire fuir. Les inciter à ne plus jamais revenir. Ni eux ni personne. “

À Paris, pour fêter la fin des examens, des jeunes étudiants ont décidé de faire la fête dans un endroit plutôt insolite : les catacombes.

Le lendemain, le commissaire Jonzac qui avait déjà mal commencé sa journée au cours d’une interpellation qui a hélas mal tourné, était loin d’imaginer que le pire l’attendait dans les sous-sols parisiens.

” Vaste labyrinthe aux frontières sans cesse mouvantes aux périmètre changeant, et dans lequel cataphiles et cataflics se livrent à un perpétuel jeu de cache-cache. “

La victime, salement mutilée et à moitié dévorée, n’est autre que sa nièce.

Le début du chemin vers l’enfer ne fait que commencer. Jamais il n’aurait penser ce qui l’attendait et pourtant il semble impliqué bien plus qu’il ne le croyait.

Dans les ténèbres des couloirs du métro parisien, un prédateur se cache, à l’affût de sa prochaine proie.

” Aujourd’hui il est sur le point de réaliser ce pour quoi il a vécu, ce désir qui l’obsède depuis des années. “

Ce que j’en dis :

Après avoir découvert la série Nox diffusé actuellement sur MyCANAL, je me doutais bien que ce récit allait me conduire tout droit en enfer, mais j’étais loin d’imaginer jusqu’à quel point.

L’auteur ne fait pas de cadeaux aux âmes sensibles. Il plonge le lecteur dans un univers sinistre, répugnant et cauchemardesque. Un milieu de plus en plus macabre au fil des pages qu’une foule de détails ne manqueront pas de vous donner envie de finir cette histoire sordide.

Un scénario digne des bons films d’horreurs qui va ravir tous les adeptes des thrillers innommables sans compter l’intrigue pas banale plutôt surprenante.

Voilà un polar qui va vous filer la peur au ventre ou peut-être même davantage mais la correction m’empêche de m’exprimer davantage…

Bon appétit.

” Il porte l’animal mort à sa bouche. Commence à le dévorer.

Sous terre aussi, la loi est de manger ou d’être manger. “

C’est simple si vous n’êtes pas chochotte, foncez ça devrait vous plaire.

Gilbert Gallerne est un écrivain français auteur de thrillers et de romans policiers, lauréat du prix du Quai des Orfèvres 2010. Il a été critique littéraire et a traduit plusieurs best-sellers américains, parmi lesquels ” Danse avec les loups “ et ” Basic instinct “. Il signe également des récits fantastique sous le pseudonyme de Gilles Bergal.

Je remercie les éditions French Pulp pour m’avoir à tout jamais éviter la visite des catacombes de Paris ou d’ailleurs.

“ Les derniers mots ”

Les derniers mots de Tom Piccirilli aux éditions Gallimard

Traduit de l’américain par Etienne Menanteau

« – Votre frère sera exécuté dans onze jours. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous quelque chose à dire aux proches de victimes ?

– Et si vous me fichiez la paix, putain de merde !

Ça devrait le faire aux infos de dix-huit heures, même s’il coupent le « putain de merde ».

Terrier Rand est de retour dans le giron familial. Il s’en était éloigné depuis cinq ans, après un massacre perpétré par son frère Collie, lors duquel huit personnes ont été tuées sans aucune raison. Malgré tout, ce n’est pas parce qu’il est derrière les barreaux et que tout l’accuse que Collie est responsable de tout ces meurtres.

Lors d’une visite au pénitentier Collie se confie à son frère. Le doute envahit Terrier, il décide de mener une enquête.

«  Il ne vont pas me lâcher. Décontenancé je hoche la tête et maudis Collie en silence. Je me suis juré d’aller le voir encore une fois, mon frère, mais il faut d’abord que je sache ce qu’il attend de moi au juste. J’ai aussi envie de voir Kimmy, son enfant, et de la protéger de type comme Collie ou comme moi, mais j’ai laissé passer l’occasion. Je l’ai abandonné, ma copine, je ne me suis pas montré correct envers elle, ni envers moi-même. J’ai sacrifié mon bonheur sur l’autel des abîmes. Je ne suis pas encore prêt à redevenir un membre de la famille. Je sais bien ce qu’il en est. Je leur ai brisé le cœur. Je jette un coup d’œil à la porte d’entrée et constate que ma sœur est là, à me regarder m’enfuir de la maison une fois de plus.  »

Évoluant sur le fil du rasoir qui sépare la fraternité de la haine, la loyauté de la trahison, Terry va devoir explorer des secrets de famille profondément enfouis.

 » C’est ainsi que l’on procède tous quand on a vraiment envie de quelque chose ; on s’abandonne à l’irrationnel, à l’idée qu’il suffit d’y croire pour changer la situation, l’infléchir, l’amener à suivre un autre cours, puis revenir en arrière. C’est comme ça qu’un cambrioleur s’y prend dans l’obscurité, il s’efforce d’être invisible.  »

Ce que j’en dis :

Dans la famille Rand on est criminel de père en fils. Une belle bande de voleurs et d’arnaqueurs qui agit sans jamais faire couler le sang. Collie fut l’exception, pas étonnant qu’il soit le seul derrière les barreaux.

Si au départ je pensais découvrir les derniers jours d’un condamné à mort, très vite j’ai compris que je me retrouvais au cœur d’une intrigue plutôt originale. Un récit tout à fait stylé et captivant qui aborde le dur chemin de la rédemption mais également différents héritages génétiques. Le mal est ancré dans cette famille sous divers aspects.

Une histoire surprenante qui se poursuivra dans un second volet et pourra très certainement éclairer certaines zones d’ombres.

Les derniers mots, un excellent thriller plein de surprises que je vous invite fortement à découvrir.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Tom Piccirilli s’est notamment illustré dans le domaine du fantastique et de l’horreur. Avec les derniers mots, premier volet d’un diptyque à paraître à la Série Noire, il a confirmé qu’il excellait dans l’univers du thriller.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette surprenante lecture.

Une belle découverte à suivre…