“ Le couteau ”

Le couteau de Jo Nesbø aux Éditions Gallimard série noire

Traduit du Norvégien par Céline Romand-Monnier

« Un couteau dans le ventre, murmura-t-il, et ce sera passé. »

Elle serra les paupières et deux larmes brillantes se détachèrent de ses cils. Swein Finne rit doucement.

« Tu savais que j’allais venir. Tu savais que je ne pouvais pas te laisser partir. C’était une promesse que je t’avais faite. »

Il passa l’index sur sa joue où la sueur se mêlait aux larmes. Il contempla son œil à travers le trou béant de sa main. C’était l’œuvre d’une balle tirée par un tout jeune policier. Swein Finne avait été condamné à vingt ans de prison pour dix-huit agressions sexuelles… “

Swein Finne vient tout juste de retrouver la liberté après vingt ans passés derrière les barreaux. À l’époque c’est Harry Hole, tout jeune policier qui avait réussi à arrêter cet agresseur sanguinaire.

Mais cette libération ne réjouit pas Harry, et Swein l’obsède à tel point qu’il décide de le traquer, outrepassant les ordres de sa supérieure hiérarchique.

Il vient de se séparer de sa femme et le supportant très mal, il enchaîne les soirées trop arrosées.

Quand un matin, il se réveille sans aucun souvenir et les mains couvertes de sang, sa vie bascule.

” Dans le silence qui suivit, il sentit de nouveau la griffe dans sa poitrine, et bien qu’il ne croie pas outre mesure à la télépathie et à la clairvoyance, c’était comme si ce qui allait venir était ce que la griffe et les flashs essayaient de lui dire depuis le début. “

C’est le début d’une interminable descente en enfer où jour après jour tout s’effondre autour de lui, et même s’il croit avoir déjà tout perdu, il est bien loin d’imaginer que c’est encore loin d’être fini.

” Harry avait entendu cette chanson à maintes reprises. Elle ne parlait pas seulement de la vérité qui allait se faire jour, mais des traîtres qui vivaient heureux pendant que ceux qu’ils avaient trahis souffraient. “

Ce que j’en dis :

Découvrir un auteur avec son dernier roman, sans connaître le personnage principal peut s’avérer parfois ardu pour bien s’immerger dans l’histoire, manquant parfois d’informations importantes, mais cela n’a pas été le cas ici. Jamais je n’ai été gênée, j’ai juste éprouvée quelques regrets, sachant qu’en plus un certain nombre de ses thrillers figurent dans ma bibliothèque.

Dans cette nouvelle enquête où l’on retrouve Harry Hole, ainsi qu’une belle brochette de personnages qui ont tous leur importance, Jo Nesbø nous offre une intrigue démentielle où le mal s’offre plusieurs portes de sorties et nous entraîne sur des fausses pistes, sans jamais nous laisser en bord de chemin.

Je réalise enfin que son succès dans le monde du thriller n’est point démérité, et moi qui m’éloigne parfois de ce genre littéraire réalise qu’il suffit d’une belle pointure sur mon chemin pour me redonner l’envie d’y revenir.

Vous l’aurez compris, j’ai grandement apprécié ce thriller scandinave, sans fausses notes, où la musique s’invite entre les pages.

Un récit ambitieux, parfaitement maîtrisé qui ne manque ni d’intelligence, ni de suspens.

Les fans seront aux anges et pour ceux et celles qui tout comme moi débarquent dans l’univers de Nesbø c’est que du bonheur, on ne sera pas tenu d’attendre patiemment le prochain, il nous reste tous ses précédents titres à découvrir.

Une très belle découverte, digne de la série noire de Gallimard.

Pour info :

Né à Oslo en 1960, Jo Nesbø est également musicien, auteur-interprète et journaliste économique.
En 1997, il est propulsé sur le devant de la scène littéraire avec L’Homme Chauve-Souris qui reçoit le prix du meilleur roman policier nordique de l’année 1998. Pour la première fois, il y met en scène le personnage de Harry Hole, qui redevient très vite un inspecteur récurrent dans ses romans.

Je remercie les éditions Gallimard pour cette formidable enquête scandinave.

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“ Train d’enfer ”

Train d’enfer de Trevor Ferguson aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais (Canada) par Ivan Steenhout

Martin Bishop 16 ans, vient de perdre son père. La banque a saisi la ferme et son frère et sa sœur plus jeunes ont été envoyés séparément chez des membres de la famille.

De son côté, il part travailler auprès d’une gang qui construit une ligne de chemin de fer, au cœur de là taïga canadienne. Il est là pour contrôler, noter les heures de travail de ces ouvriers, une équipe minable composée de déchets de la société. des ivrognes, des fous, des criminels, tous rejetés de la ville.

Il va très vite s’apercevoir de certaines malversations du contremaître en chef, et tenter de lui tenir tête malgré son jeune âge.

” Le monde était un lieu difficile. Son père l’en avait averti et le jeune s’était convaincu qu’il était fait pour se mesurer au monde mais cela s’était passé en un autre temps et en un autre lieu. “

Son obstination va le mettre en danger, il va se retrouver banni du groupe pour cause de rébellion et sera contraint à rejoindre la horde sauvage, ” les craqués“, d’autres exclus qui survivent dans la forêt. Il entreprendra avec eux une fuite jusqu’à l’ultime confrontation.

Ce que j’en dis :

Bien évidemment en dehors des expressions canadiennes que j’ai pris grand plaisir à retrouver (un lexique à la fin du livre rendra bien service aux novices) j’ai pensé aux romans de Cormac McCarthy dans la même lignée que celui-ci.

Une véritable épopée sauvage, où les hommes, aux allures bestiales sont prêts à tout pour garder les privilèges qu’ils se sont accordés.

On ne peut qu’admirer le courage de ce jeune garçon de seize ans qui se rebelle contre l’injustice au péril de sa vie face à ses bêtes sauvages.

Porté par un souffle extraordinaire, ce roman de caractère vous emportera au cœur de la noirceur de l’âme humaine, pas loin des portes de l’enfer.

C’est violent, ça glace le sang et déchire le cœur, une véritable pépite de la littérature américaine à découvrir absolument.

Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre L’heure de vérité. Un film de Louis Bélanger, bande-annonce à découvrir ici, histoire de vous mettre dans l’ambiance.

Pour info :

Né en 1947 en Ontario, Trevor Ferguson arrive à Montréal à l’âge de trois ans, plus précisément dans le quartier multiethnique de Parc-Extension où aboutiront à leur tour plusieurs de ses personnages.

Il est l’auteur de plusieurs romans, traduits en français aux Éditions de la Pleine Lune dont : La Vie aventureuse d’un drôle de moineau, Onyx John, Train d’enfer, La Ligne de feu, Le Kinkajou et Sous l’aile du Corbeau.

Il est également l’auteur de plusieurs pièces de théâtre et a publié des thrillers sous le pseudonyme de John Farrow.

Trevor Ferguson vit actuellement à Montréal et se consacre entièrement à l’écriture.

Je remercie les Éditions 10/18 pour ce roman noir qui conduit ces hommes sur le chemin de l’enfer.

“ La vie dont nous rêvions ”

La vie dont nous rêvions de Michelle Sachs aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Romain Guillou

” Quelquefois, j’aime bien tracer un message dans la poussière. Ce matin, sans raison particulière, j’ai écris AU SECOURS. “

Depuis que Sam et Merry ont quitté New-York, ils vivent paisiblement avec leur bébé dans un cottage en Suède, tout du moins en apparence…

Loin de l’agitation New-Yorkaise et de toutes ses tentations, les voilà libres de tout oublier et de se réinventer.

Apparemment ils ont laissé derrière eux certains bagages trop encombrants, mais à trop vouloir ressembler à la famille parfaite, ça peut paraître suspect.

” Je crois que ce qui me rend réellement dépendant, ce qui est le plus agréable, c’est la tête qu’elles font quand vous leur avez fait mal. La façon dont elles craquent et se brisent. Dans le fond, même la femme la plus forte est une petite fille qui a désespérément besoin que vous la remarquiez. Elle en a tellement besoin qu’elle fera tout ce que vous lui demandez. Des choses abjectes.

Tu es cruel, Sam.

On me l’a tellement dit. Et c’est toujours aussi bon, bien que je ne puisse pas dire pourquoi. “

Étrangement, ils semblent avoir beaucoup de secrets, l’un et l’autre, mais aussi l’un pour l’autre. Sam tient son rôle de pervers narcissique à la perfection et Merry la femme soumise dans toute sa splendeur et pourtant…

” Tout ton monde est imbriqué dans celui d’une autre; le câble qui vous relie, épais et torsadé, ne craint pas les orages. Moi, toi, nous,on. Deux vies, deux femmes, liées en un poing serré comme les racines d’arbres centenaires, si profondes et emmêlées qu’on ne peut les distinguer – impossible de se débarrasser de l’une sans tuer aussi l’autre. Un peu de toi, un peu de moi. Meilleures amies. “

La venue de Francesca la meilleure amie de Merry risque bien de mettre de l’huile sur le feu, voir pire. Resteront-elles meilleures amies ou deviendront-elles meilleures ennemies ? Et Sam et Merry, résisteront-ils à rester unis pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort les sépare ?

Derrière ce petit coin de paradis, l’enfer n’est jamais loin, les masques vont tomber et révéler la noirceur des âmes humaines.

Ce que j’en dis :

Pour un premier roman, c’est absolument réussi.

L’histoire s’annonce captivante et envoûtante dès les premières pages et va même surprendre tout du long jusqu’au final. À travers ce thriller psychologique où les personnalités complexes de ce trio se révèlent chapitre après chapitre, on découvre jusqu’où peuvent aller certaines personnes éprises de jalousie qui tentent de s’approprier coûte que coûte la vie des autres. La perversion narcissique fait également partie du scénario, tout comme la soumission et pourtant les apparences sont parfois trompeuses. Tout comme les personnages, on se retrouve manipuler et le choc des révélations n’en n’est que plus intense.

Ce roman est également très sombre, et autant prévenir les âmes sensibles, certains passages sont assez durs, dès qu’il est question de l’enfant.

Amitié toxique, amour possessif, maternité contrariée, isolement, secrets, mensonges, trahison, tous les ingrédients réunis et bien utilisés pour parfaire ce thriller psychologique noir et lui donner une saveur douce, amère et diabolique qui ravira tous les fans du genre.

Une belle découverte et une véritable bonne surprise.

C’est machiavélique, addictif et c’est à glisser dans ses lectures cet été.

Pour info :

Née en 1980, Michelle Sacks a grandi en Afrique du Sud.

Titulaire d’un master de littérature et de cinéma de l’université du Cap, elle a été retenue à deux reprises dans la sélection du Commonwealth Short Story Prize, et dans celle du South African PEN Literary Awards.

Après un recueil de nouvelles, Stone Baby, publié aux Northwestern University Press, La Vie dont nous rêvions est son premier roman.

Elle vit à présent en Suisse.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture diaboliquement addictive.

“ Vraie folie ”

Vraie folie de Linwood Barclay aux éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Canada) par Renaud Morin

Rappelles- vous, précédemment à Promise Falls, les événements survenus.

«  Il avait commencé avec le meurtre horrible de Rosemary Gaynor. Et puis un certain nombre d’événements étranges s’étaient produits en ville. Des écureuils morts, une grande roue qui s’était mise en route toute seule, un prédateur sexuel à l’université et un bus en flamme qui avait dévalé une rue du centre-ville.

Et comme si ça ne suffisait pas, quelqu’un avait fait sauter le drive-in, tuant quatre personnes. ”

On ne peut vraiment pas dire que cette bourgade est paisible et tranquille.

Mais là, il semble que la situation s’est comme qui dirait aggravée.

– Il faut que vous veniez au poste, dit Carlson. On rappelle tout le monde.

– Que se passe-t-il ?

– C’est la fin du monde, répondis Carlson. Plus ou moins. ”

Depuis ce matin les sirènes d’ambulances n’ont pas chômé et les urgences accueillent à chaque instant de nouvelles victimes. Une véritable épidémie semble s’être abattue sur la ville. Le réseau hydraulique de la ville a été contaminé.

Pour l’inspecteur Barry Duckworth tout semble lié à l’insatiable meurtrier fanatique du nombre 23 qui sévit depuis quelques temps.

Mais ce n’est peut-être pas le seul meurtrier, il est temps de mettre un terme rapidement à ce carnage, même si pour cela un inspecteur et un privé devront unir leurs forces pour y parvenir.

Ce que j’en dis :

Après Fausses promesses (ma chronique ici) et Faux Amis (ma chronique ici) Vraie Folie clôture la trilogie et lève enfin le voile sur toutes les énigmes de Promise Falls.

Les catastrophes s’enchaînent à une vitesse vertigineuse et le climat est de plus en plus mortel. Une véritable tornade s’est abattue sur la ville.

Linwood Barclay ne laisse aucun répit à ses lecteurs et même si j’ai été moins emballé cette fois par l’écriture, j’ai apprécié de connaître enfin la vérité.

Ce final apocalyptique tient toutes ses promesses et sera d’autant plus apprécié si le lecteur a suivi chronologiquement les aventures de cette bourgade américaine.

Vous l’avez attendu, alors ne ratez pas ce dernier tome, et preparez-vous pour un final explosif.

Pour info :

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller.

Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), En lieux sûrs (2017) ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu.

Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller démoniaque.


“ Satan dans le désert ”

Satan dans le désert de Boston Teran aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Éric Holweck

Traduction révisée par Marc Boulet

Couverture de Sam Ward

(…) les journalistes ont vent de l’affaire et se ruent dans le désert à bord de leurs jeeps et de leurs 4/4. Ils sont en quête d’une bonne histoire, et celle-ci pue le gros titre à plein nez. “

Aux confins du désert Californien, un double meurtre aux allures sataniques a été commis dans une villa isolée. Ce véritable carnage n’a pourtant laissé aucun indice susceptible d’arrêter les auteurs de ce terrible massacre. Mais une jeune fille manque à l’appel, et semble avoir été kidnappée.

” Au milieu de la mer de sable enflammée par le vent nocturne, Cyrus et sa bande de jeunes loups disparates sont assis tels des guerriers indiens venant de traverser ensemble une nouvelle journée où la mort a frappé. Il vante leurs mérites. Leur rappelle qu’ils ont des chiens de meute s’attaquant à une société de mensonges. Des porteurs d’un message qui est aussi une grande peste. Les atrocités qu’ils ont commises jusqu’à ce jour, et qui ont connu leur apothéose avec le massacre de la Via Princessa, constituent une histoire en soi. Une histoire horrible, obsédante. “

La police rame et le sort de la jeune fille semble scellé. Complètement anéanti, son père, Bob Hightower, lui-même flic décide de partir à sa recherche. Il va se faire aider d’une ex-junkie qui a elle-même des comptes à régler avec cette bande de sauvages.

” – Sur ce coup-là, c’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjantée à un point que vous n’avez pas idée. C’est pas comme si vous entriez dans une librairie ésotérique de Hollywood Boulevard pour acheter quelques babioles sataniques. Ces types-là prennent leur pied en foutant en l’air les gens normaux…“

Bob Hightower est loin de prendre la mesure de ce qui l’attend mais il est prêt à tout pour retrouver sa fille, même s’il doit passer par l’enfer et affronter le diable en personne.

Ce que j’en dis :

Qui aime l’esprit sanguinaire de Quentin Tarantino appréciera forcément cette virée dans le désert Mojave, véritable porte des enfers.

Qui que soit derrière le pseudonyme de Boston Teran, c’est un véritable conteur machiavélique qui nous offre ce récit démoniaque.

Il est conseillé d’avoir le cœur bien accroché, et de ne pas être effrayé par tous ce sang qui entache ces pages où le mal est partout, du côté des bons comme des méchants.

Dans cette traque sauvage d’une violence infinie, l’espoir parfois surgit au détour d’un chemin mais sans jamais s’éterniser pour que l’on oublie pas que Satan dans le désert nous attend et n’est guère propice aux retrouvailles câline.

Une véritable claque qui vous emportera à la frontière du mal où seul deux êtres réussiront en unissant leurs forces à vaincre un psychopathe d’une violence sans bornes.

Une écriture d’une force incroyable, des personnages marquants dans une atmosphère brûlante, endiablée, pervers, satanique pour nous offrir un récit explosif impossible à quitter qui m’a mis K.O.

Vivement le prochain.

Pour info :

Boston Teran, dont on sait juste qu’il a grandi dans le Bronx, n’a à ce jour ni révélé sa véritable identité, ni communiqué sa photo.

Après le coup d’éclat de Satan dans le désert (God is a Bullet), récompensé par le John Creasey Award et encensé par la critique, il a écrit cinq romans dont Trois femmes, qui n’est toujours pas publié aux États-Unis, et Gig, commentaire d’un chien sur l’Amérique.

Boston Teran vit dorénavant au Mexique.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette lecture démoniaque.

“ Et le mal viendra ”

Et le mal viendra de Jérôme Camut et Nathalie Hug aux Éditions Fleuve Noir

” Et si on larguait tout pour sauver ce qu’il reste de beau en ce monde, avant que les hommes ne le détruisent ? “

Notre planète est en danger, ce n’est un secret pour personne, alors certains écrivains prennent la plume et unissent leurs talents pour nous offrir un thriller époustouflant qui a la capacité d’éveiller notre conscience.

Après Islanova (retrouvez ma chronique ici) Jérôme Camut et Nathalie HUG, ce duo unique en France, abordent des sujets brûlants de l’actualité sous couvert d’une intrigue, en revenant sur l’avant et l’après Islanova.

Et le mal viendra, poursuit et approfondit les thèmes abordés précédemment. Sans parti pris, les auteurs réussissent à nous responsabiliser face aux problèmes liés à l’eau.

” On vous a alertés sur la valeur inestimable de l’eau, vous n’avez pas voulu voir. Alors on vous a assoiffés, et vous vous êtes entretués. Va-t-il falloir que l’on entasse six mille cadavres d’enfants devant vos portes pour que vous réagissiez enfin ? “

En voyageant en alternance entre 2016 et 2028, ce thriller écologique et sociétal nous ouvre les yeux et dénonce tous ces enjeux économiques au détriment de la survie de notre planète.

Un thriller ambitieux qui nécessite une lecture attentive pour éviter de s’y perdre, tellement les détails sont précis et nombreux.

Ce duo signe une fois encore un grand thriller qui laissera sans aucun doute son empreinte indélébile dans le paysage littéraire.

Pour info :

Jérôme Camut et Nathalie Hug forment un duo unique en France, salué par la critique et le grand public. Ils sont auteurs de la série à succès W3 et de la tétralogie culte Les Voies de l’ombre, dont le bestseller Prédation est en cours d’adaptation pour le cinéma. Leur dernier roman, Islanova, a reçu le Prix Ouest 2018.

je remercie les Éditions Fleuve Noir pour ce thriller magistral.

“ Éphé[mère] ”

Éphé[mère] de John N. Turner aux Éditions de l’Aube

Elle était la petite dernière. Petite, elle l’était restée en taille. (…) Elle ne comptait pour rien. Elle n’avait personne derrière elle. Elle était celle dont l’avis ne comptait pas. Sa voix avait été oubliée, escamotée, soustraite à celle de l’assemblée. Pour la famille, c’était comme si Isa n’avait jamais existé.

Évidemment, elle existait, mais comme la cinquième bouche à nourrir de la fratrie, un corps de plus à vêtir, et non comme une enfant à part entière. Isa était un peu comme un animal domestique dont personne ne se souciait. C’était pratique parce qu’Isa ne disait rien, ne réclamait rien, ne désirait rien mieux que de disparaître. “

Qui est vraiment Isabelle. Que nous cache cette femme si effacée et taiseuse ?

Pour le découvrir, toutes les personnes qui ont croisé ou partagé sa vie, vont tour à tour prendre la parole pour nous raconter une histoire, son histoire.

De son amoureux d’enfance, en passant par sa mère, une sœur, une amie, une voisine, son mari, un journaliste, un médecin, un policier, tous ont quelque chose à dire, que ce soit un avis, un souvenir, un témoignage, une remarque , un soupçon.

Ils l’ont connue, aimée, désirée, ignorée, appréciée, oubliée.

À travers toutes ces confessions, le portrait d’une femme se profile mais seul le lecteur pourra assembler les fragments de cette vie et découvrir :

” Un secret inénarrable  »

Ce que j’en dis :

Porté par une écriture remarquable, ce récit absolument bluffant, m’a captivé et il m’aura fallu atteindre les dernières pages pour enfin réaliser l’étendue incroyable de cette histoire.

John N. Turner nous offre un roman choral d’exception à travers des personnages travaillés, où leurs psychologies est parfaitement étudiées et donnent à ce récit d’un réalisme surprenant une dimension particulière. Une analyse parfaite qui ferait pâlir Les plus grands comportementalistes.

On se retrouve au cœur d’un récit en chemin vers une vérité qui donne tout son sens à ce titre Éphé [mère].

Un histoire glaçante, surprenante, l’histoire d’un secret inénarrable que je vous recommande vivement.

Un auteur que je suis depuis ses débuts et je peux vous dire qu’il ne m’a jamais déçu. Après cette lecture vous n’aurez qu’une envie : découvrir ses précédents romans qui sont tous aussi passionnants.

Sous ce pseudonyme se cache un homme brillant, discret qui mérite toute votre attention, pas question de garder cela secret.

Pour info :

Derrière ce pseudonyme : John N Turner se cache un scientifique de renommée internationale. Il est bactériologiste, spécialiste notamment de l’anthrax ou « maladie du charbon » un des sujets principaux traités dans son premier roman Amérithrax, absolument grandiose, publié chez le même éditeur en 2014. Puis en 2015, il publie Alabama Shooting, une enquête saisissante qui retrace le parcours d’un professeur qui abattit froidement trois collègues à Huntsville, l’université d’Alabama.

John est passionné par la littérature américaine contemporaine, les grands espaces et la culture de ce pays-continent.

Nos chemins étaient faits pour se rencontrer.

Éphé [mère] est son troisième roman.

Je remercie l’auteur pour sa délicate attention et les Éditions de l’Aube pour ce roman bluffant absolument remarquable.

“ Anna – Belle ”

Anna – Belle de Lina Bengtsdotter aux Éditions Marabout

Traduit du suédois par Anna Gibson

” Maintenant, pensa Charlie. Maintenant, je lui dis. Challe, je ne peux pas aller là-bas. (…)

Elle aurait dû être au lit avec deux cachets d’aspirine et un comprimé d’oxazépam, en plus de laser traîne. Au lieu d’être là, nauséeuse et chamboulée, coincée dans cette bagnole, en route vers l’endroit du monde où elle s’était juré de ne plus jamais revenir.  »

Charlie avait quatorze ans lorsqu’elle quitta Gullspång et espérait sincèrement ne plus jamais y remettre les pieds. Mais aujourd’hui elle est devenue inspectrice à la brigade criminelle de Stockholm, et suite à la disparition suspecte d’une jeune fille, Chelle, son chef, a décidé de l’envoyer sur place avec un collègue.

” Le centre de Gullspång ressemblait à une ville fantôme. Magasins désertés, vitres brisées, visage d’Annabelle sur les unes de tabloïd placardées sur les réverbères, en plein vent. Sans la petite foule en gilet jaune fluo massée devant la supérette Ica, on aurait pu croire l’endroit. Sur le vieux banc devant le magasin, trois hommes alignés. Des hommes cassés, canette de bière à la main.

(…) Tout est quand même resté à peu près pareil, songea Charlie. Le temps a passé, mais rien n’a changé, au fond. “

Apparemment rien n’a changé. Le chômage et l’alcool ont un peu érodé tout espoir d’un monde meilleur, et cette disparition n’aide pas la population a retrouvé confiance.

Annabelle a disparu depuis quatre jours. Est-ce une fugue, un enlèvement, un suicide, un meurtre ? Toutes les hypothèses sont permises.

Et pour Charlie, l’affaire n’est pas simple. Confrontée à ses vieux démons et aux souvenirs qui resurgissent du passé, elle va devoir s’accrocher, quitte à déterrer au passage ce qu’elle a mis tant d’années à enfouir.

” Ce n’était peut-être pas tellement étonnant au fond si les gens en général, avaient tendance à confondre hasard et destin. “

Ce que j’en dis :

Il est écrit sur le bandeau qui accompagne ce roman : Révélation du polar scandinave, plus de 100 000 lecteurs conquis. Je ne peux que confirmer et me rajouter à cette longue liste de lectrices conquises par cette nouvelle plume.

Pour un premier roman, l’auteur nous offre une intrigue qui semble au départ assez banale mais qui se révèlera bien plus complexe au final, puisqu’elle servira également à introduire le personnage de Charlie Lager, une flic borderline qui se retrouvera mêlée à l’histoire sans le vouloir.

L’auteure y dépeint également le désespoir d’une population isolée où il y a peu de chance pour un brillant avenir.

À travers une construction captivante, l’histoire se profile alliant passé et présent, où s’immiscent au passage certains secrets jusqu’à maintenant bien cachés.

Son métier d’enseignante en psychologie lui permet d’apporter un soin particulier à ses personnages, et les rends forts attachants, c’est donc avec un plaisir non dissimulé que je retrouverai son prochain thriller  » For the missing “ où l’on retrouvera Charlie, qui sortira d’abord en VO en juin prochain.

Un premier thriller très addictif, très réussi, et une plume que je retrouverai avec joie.

Une bien belle découverte.

Pour info :

Lina Bengtsdotter est originaire de Gullspång, petite ville du centre de la Suède où chômage et pauvreté fragilisent la population.

Après avoir vécu en Angleterre et en Italie, elle est désormais installée à Stockholm où elle enseigne le Suédois et la psychologie.

Elle est l’auteure de nombreuses nouvelles publiées dans la presse.

Annabelle est son premier roman.

Je remercie les éditions Marabout pour cette intrigue scandinave très réussie.

“ Ce qui ne tue pas ”

Ce qui ne tue pas de Rachel Abbott aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais par Laureline Chaplain

” – Nom de Dieu !

Le chuchotement blasphématoire de Jason disait tout. Sur le lit, un amas de drap s’entortillait autour des bras et des jambes de deux personnes. Homme ou femme, elle était trop loin pour distinguer. Une odeur métallique confirma ce qu’elle voyait. Les deux corps gisaient, inertes, sur une literie trempée d’un sang sombre et épais.

Malgré la chaleur de la nuit, un frisson parcourut sa nuque. Que s’était-il passé ici ? Elle eut subitement envie de prendre ses jambes à son cou, d’abandonner derrière elle cette scène brutale. “

Après avoir reçu un appel d’urgence, la police se rend sur place et fait une découverte effroyable. Dans la maison d’un photographe de renom, Mascus Norton. deux corps ensanglantés gisent dans la chambre conjugale, et un bébé hurle dans une pièce assez proche.

Marcus North est sans vie, contrairement à Evie sa compagne.

Cleo North, la sœur de Marcus est convaincue de la culpabilité d’ Evie. Depuis le départ elle n’appréciait pas la relation de son frère et de cette femme. Quelque chose la mettait terriblement mal à l’aise. Marcus ne peut pas être le bourreau qu’on lui décrit.

En attendant le dénouement de l’enquête, Evie se retrouve enfermée.

Le plus dur, c’est le sentiment d’avilissement. Surtout aujourd’hui. J’ai été transporté dans un fourgon carcéral jusqu’aux sous-sols du palais de justice, avant d’être conduite au banc des accusés. Celui-ci n’est pas ouvert, comme ceux que j’ai parfois vus à la télé, mais séparé de la salle d’audience par une vitre laminée, comme si je souffrais d’une maladie contagieuse ou que j’étais un animal féroce. C’est peut-être le cas. “

Stéphanie King, va devoir démêler ce sac de nœuds, afin de découvrir qui est le bourreau et qui est la victime ? Alors que Cleo et Evie livrent chacune leur version sur Marcus, l’enquêtrice se retrouve au milieu de la plus ahurissante affaire de sa carrière…

” – Si j’avais poignardé Mark dans l’idée de me venger, sa souffrance n’aurait pas été aussi brève. Ce n’est pas ça, la vengeance. La vengeance, c’est s’assurer que la personne qui vous a fait du mal le paie par une très lente agonie. Si j’avais voulu me venger, il ne serait pas mort. Il serait accablé par la même douleur qui me ronge depuis des années. “

Les apparences sont parfois trompeuses, derrière chaque visage se cachent des secrets insoupçonnables. un seul dit la vérité, mais lequel ?

Ce que j’en dis :

Attention, le dernier thriller de Rachel Abbott a des pouvoirs fortement addictifs sur le lecteur. Tout en jouant avec nos nerfs, elle nous manipule tout comme ses personnages et nous embrouille en multipliant les fausses pistes en semant le doute en nous et en nous révélant avec parcimonie quelques indices assez troublants.

Comme au cinéma, chaque personnage joue son rôle à la perfection et nous bluffe admirablement.

À travers cette intrigue on découvre la mise en place d’une terrible vengeance et le pouvoir suprême de la manipulation.

La reine du crime du polar anglais a frappé fort avec cette histoire où les faux-semblants et les rivalités féminines attisent la jalousie et mènent à la folie.

C’est tordu, tragique, étrange, et c’est divinement réussi.

Les amoureux du thriller psychologique vont se régaler, c’est certain.

Retrouvez ma précédente chronique La disparue de Noël, ici.

Pour info :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année.

La parution d’Illusions fatales (2014), son premier roman autopublié, classé numéro un des ventes en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Après Une famille trop parfaite (2016) et La Disparue de Noël (2017) publiés dans la collection Le Cercle Belfond, l’auteure fait un retour en force sur la scène du thriller avec Ce qui ne tue pas.

 

Je remercie les Éditions Belfond pour ce thriller psychologique terriblement manipulateur.

“ Bad Man ”

Bad Man de Dathan Auerbach aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Nathalie Peronny

” Quelques voitures faisaient le tour du parking. Deux d’entre elles se dirigeaient déjà vers la sortie, à droite. Ben sentit son corps se projeter vers elles alors que ses pieds restaient plantés devant le magasin. L’indécision lui vrillait la poitrine. Chaque endroit qu’il n’inspectait pas était un endroit où pouvait se trouver Eric. Et pendant qu’il inspectait un endroit, il n’était pas en train de chercher ailleurs. Aucun choix ne semblait le bon. (…)

Tous les clients le dévisagèrent, une expression particulière sur les traits. Jugement, pitié peut-être ? Mais Ben ne les voyait pas. Il ne vit pas la caissière, seule, qui secouait la tête.

– Éric ! Vociféra-t-il.

Mais seul le silence lui répondît.

Eric avait disparu.

Ce qui ne devait être qu’un banal ravitaillement au supermarché entre frères, vire au cauchemar. Eric a échappé à la surveillance de Ben son grand-frère un instant et a malheureusement disparu.

Ben ne se le pardonne pas et continuera inlassablement de chercher son petit frère de seulement trois ans.

Cinq ans plus tard, toujours inconsolable tout comme sa famille, Ben décide de chercher un travail et se fait embaucher en tant que magasinier dans le supermarché où Eric avait disparu.

Après avoir réussi à affronter l’angoisse des premiers jours, il reprend ses recherches.

Quelqu’un sait forcément quelque chose et une présence étrange brouille ses pensées.

Il est bien décidé à résoudre enfin cette disparition et mettre un terme à cette ombre inquiétante qui plane sur la ville.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais simple de donner son avis lorsque l’on a été déçu par sa lecture, et pourtant le départ était prometteur mais hélas je me suis très vite ennuyée et très vite lassée.

En même temps lorsque qu’apparaît sur la couverture : successeur de Stephen King, on s’attend à de l’angoisse puissance maximum, des frayeurs énormes et une ambiance plutôt étrange et là à part l’ambiance étrange, je reste sur ma faim jusqu’à la fin. Du coup je suis terriblement déçue.

L’histoire est pas mal, et c’est dommage mais pour moi elle manque de style dans l’écriture et doit monter crescendo côté frayeur, sinon l’auteur risque quelques déconvenues.

Je suis contrariée car j’étais vraiment impatiente de découvrir ce nouvel auteur qui rend d’ailleurs par ce livre hommage à un de ses amis, mais hélas la magie n’a pas été au rendez-vous.

Que ça ne vous décourage pas, certains lecteurs et lectrices ont apprécié.

Comme je dis souvent : « Je lis de tout, mais je n’aime que le meilleur » et là ce n’est pas au niveau de King, c’est peut-être vendeur, mais attention à la chute si le livre tombe des mains des lectrices exigeantes telle que moi.

Un récit sympa qui s’en sortirait mieux sans la comparaison au grand maître du thriller, d’où ma grande déception.

Pour info :

Né dans le Sud des États-Unis, Dathan Auerbach vit aujourd’hui en Floride. En 2011, il commence à poster des nouvelles sur un forum consacré à la littérature d’horreur.
Ces dernières rencontrent un succès tel, qu’il réussit à faire financer son projet de roman via une campagne de dons, sur Kickstarter.com.
Ainsi paraît Penpal aux États-Unis, un premier roman (pas encore publié en France) qui fait sensation auprès de la critique et le fait remarquer de l’éditeur Doubleday. Bad Man est son deuxième roman, le premier à paraître en France.


Je remercie les éditions Belfond pour cette étrange lecture.