» Une vie comme les autres « 

Une vie comme les autres d’Hanya Yanagihara aux Éditions Buchet Chastel Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle Ertel

 » Aucun d’entre eux ne souhaitait réellement écouter l’histoire des autres, ils voulaient juste raconter la leur.  »

Dans les années 80, quatre étudiants s’apprêtent a conquérir New York. Leur amitié prit vie sur les bancs de la fac et ne cessa de grandir.

 » La situation n’avait rien d’étrange : vous étiez de jeunes hommes qui présumaient que tout le monde vous aimerait, non par arrogance mais parce que tout le monde vous avait toujours aimés, et vous n’aviez aucune raison de penser que, si vous vous comportiez de manière polie et aimable, on ne vous rendrait pas cette politesse et cette amabilité.  »

À travers cette amitié, ils vont se construire et devenir des hommes talentueux, des artistes chacun dans un domaine bien particulier. Malcolm deviendra architecte, JB peintre de renom, Willem acteur à succès, et Jude avocat.

 » Il y avait eu des périodes entre ses vingt et ses trente ans où il regardait ses amis et éprouvait un contentement si pur et si profond qu’il aurait souhaité que le monde autour d’eux s’arrête tout simplement, qu’aucun d’eux ne quitte plus cet instant, où tout avait atteint un équilibre et son affection pour eux était parfaite. Mais bien sûr, cela ne devait jamais être : un battement de plus, et tout se modifiait, et l’instant se volatilisait en silence.  »

La vie poursuit son chemin, les succès s’enchaînent mais parfois les échecs amènent une ombre au tableau. Les amours, les amies, les emmerdes, le boulot, le fric, la vie dans toute sa splendeur avec ses hauts et ses bas.

« Parfois la pression pour atteindre le bonheur devenait presque oppressante, comme si celui-ci était une chose à laquelle tout le monde devait et pouvait accéder, et que le moindre fléchissement dans cette quête vous était en quelque sorte imputable.  »

Au centre de cette épopée, Jude, s’impose avec force. Il reste une énigme et cache sous ses costumes de multiples blessures que seuls l’amitié et l’amour pourront estomper.

 » La journée s’était avérée étonnamment riche en souvenirs, l’une de celles où le voile qui séparait son passé de son présent s’était révélé étrangement transparent. Toute la soirée, il avait discerné, comme en vision périphérique, des fragments de scènes flotter devant lui et, pendant le dîner, Il avait lutté pour rester ancré dans le présent, pour ne pas se laisser dériver en direction de ce monde obscur, à la fois familier et effrayant, des souvenirs.  »

Pas à pas, j’entre dans l’histoire, j’apprivoise les personnages, je m’imprègne de l’atmosphère, je découvre cet univers masculin non démuni de sentiments et d’emblée je m’y attache. Je parcours la ville avec eux, je communie avec cette bande de potes pour mieux les comprendre et les apprécier. Ils me font rêver, ils me bouleversent, et je me prends à envier cette amitié si forte, si belle, sans contre-partie, sans jalousie, une amitié hors norme, gigantesque, véritable, si proche du véritable amour.

Je partage leurs vies, leurs souvenirs, leurs joies, mais aussi leurs peines, leurs douleurs. Et plus la trame du récit se précise , plus Jude prends de l’importance et plus le récit me percute.

Une vie comme les autres n’est pas un roman comme les autres. Il est à la fois fascinant et éprouvant. Aussi attachant que révoltant, beau et triste à la fois.

L’amitié, fil conducteur de l’histoire vole la vedette à l’amour même si elle s’en approche fortement. Car une telle amitié est impossible sans une once d’amour.

Un roman ambitieux, qui met en scène bien plus que quatre amis, il nous offre un regard sur la beauté de l’amitié, mais aussi sur la famille réelle ou adoptive, sur l’identité raciale, et l’orientation sexuelle parfois incertaine, sur l’argent le nerf de la guerre. Mais aussi sur la maltraitance, les traumatismes qui engendrent des souffrances éternelles et avec lesquelles il faut vivre, voire survivre.

Une vie comme les autres de par sa force m’a secoué, bouleversé.

Une vie comme les autres de par son style m’a captivé.

De par son intensité Une vie comme les autres m’a hypnotisé.

De par la puissance de ces mots Une vie comme les autres m’a impressionné.

J’ai aimé, j’ai rêvé, j’ai souri, j’ai pleuré, beaucoup pleuré pour ces amitiés masculines où l’amitié et l’amour se mêlent à la douleur.

Mais je suis heureuse d’avoir désormais dans mes souvenirs et dans mon cœur ce roman aussi atypique que peut l’être Une vie comme les autres.

Il risque d’en effrayer plus d’un, mais que serait la vie sans un minimum de risque ?

Il serait dommage de se priver d’un si beau roman épique américain plein de souffle et de style.

Un livre unique en son genre.

 » – C’est une excellente histoire (…) Je vais te raconter.

Avec plaisir. Je t’écoute, ai-je dit.

Et il a raconté… »

Hanya Yanagihara vit à New York où elle est journaliste et écrivain.

Je remercie Claire et les Éditions Buchet Chastel pour ce monument littéraire de toute beauté.

Publicités